DE LA BOURGOGNE À LA PROVENCE
1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Césaire (Mouriès)
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rères et sœurs, contrairement à ce qu'on pourrait croire spontanément, saint Césaire n'était pas provençal. Je ne crois pas qu'il représente le prototype du tempérament provençal. C'était ce qu'on appelait à l'époque, un Burgonde, on dirait aujourd'hui un Bourguignon, mais il l'en avait ni la truculence ni l'accent rocailleux. Il était originaire d'une famille barbare qui s'était implantée dans cette région qui deviendra la Bourgogne, et cette implantation descendait jusque dans le midi, car à cette époque-là, les Burgondes étaient très présents en Provence. C'est d'ailleurs un peu le sort de la Provence d'avoir été toujours un lieu de populations très mélangées.
Donc, saint Césaire, originaire de Bourgogne on ne sait pas exactement de quel endroit, a eu très tôt l'appel à la vocation monastique. Il est né vers 470, c'est l'époque des grands bouleversements dans toute la Gaule, il pense que le monastère qui lui conviendra le mieux (il n'y en avait pas beaucoup d'autres), ce sera le monastère de Lérins. Il y devient moine non-prêtre, la plupart des moines de ce temps n'étaient presque jamais ordonnés prêtre, sauf le père abbé et deux ou trois autres pour présider à l'eucharistie. Il est très zélé, il est très sérieux, c'est un peu un homme du Nord, il prend à la lettre toutes les rubriques des observances, et au bout d'un moment, il arrive ce qui doit arriver, il tombe malade. A force de s'imposer des jeûnes et des privations, il en perd la santé. Il fait partie de ces personnes un peu maladives et apparemment de santé fragile, mais qui nous enterrent tous ! Il arrivera à soixante-treize ans après quarante années de charge épiscopale. Malade, il a à peine trente ans, on a pitié de lui, et comme il fait partie d'une famille de notables on l'envoie à Arles pour se refaire une santé. Je ne sais pas si le mistral remettait les gens d'aplomb et si c'était considéré comme un lieu de cure pour revigorer les gens, mais Arles était encore un peu la vitrine de Rome. L'empire romain y avait beaucoup investi dans les monuments, et on visitait encore les cryptoportiques, les amphithéâtres, tout cela pour être en compétition avec Marseille, c'était déjà comme aujourd'hui.
Il est accueilli dans la famille de son proche parent, Éone. Etant fatigué, Éone décèle en Césaire un personnage de grande valeur et le fait consacrer comme évêque d'Arles en 503. Son ministère est assez impressionnant, la grâce l'avait sans doute remis en bonne santé, son épiscopat sera extrêmement fécond. Même si nous avons beaucoup de dévotion pour les Saintes Maries de la mer, qui sont sans doute les fondatrices de notre foi et de notre religion en Provence, la vraie base vient de saint Césaire qui a toute la richesse de l'expérience monastique et qui, ensuite, s'est montré un excellent pasteur. Les difficultés ne lui ont pas été épargnées et les pires ennuis sont venus de la part de ses confrères ce qui est souvent le cas.
Saint Césaire était pétri de la théologie de saint Augustin qui est la théologie de la grâce, le salut donné généreusement par Dieu. Or, il y avait en Provence sans doute avec de bonnes intentions pastorales, un courant appelé semi-pélagien, qui disait : oui, la grâce, mais il faut d'abord faire des efforts. Il faut reconnaître que dans ce domaine, ces idées ont eu une certaine postérité. Devant ce courant, saint Césaire a réagi avec une grande loyauté et une rectitude théologique absolue disant que ce ne sont pas d'abord les efforts humains et la discipline intérieure qui sauvent, mais c'est d'abord le don de la grâce. Les autres évêques considéraient qu'il était plus simple de galvaniser le peuple en les orientant vers les efforts, prenant la religion au sens le plus banal du terme. Césaire a défendu son point de vue ce qui lui a valu quelques ennuis, il a été soupçonné deux fois de laxisme théologique et moral, on l'a exilé à Bordeaux, et ensuite à Ravenne. C'est Théodoric qui l'a exilé, et par deux fois, il a été innocenté, il a démontré que sa prédication était correcte et que les pouvoirs temporels de l'époque n'avaient rien à lui reprocher.
Ce qui est extraordinaire chez saint Césaire, c'est que, un peu comme saint Martin qui a vécu deux bonnes générations avant lui, il a compris que la société devenait rurale. Les villes n'étaient plus sûres, les remparts étaient souvent abîmés ou détruits, l'urbanisme ancien était en train de s'effilocher, et beaucoup de gens, simplement pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires faisaient un retour à la campagne. On en retrouve des traces grâce aux photos aériennes dans la région, où l'on découvre des tracés d'implantations de villas, sortes de grands domaines agricoles de l'époque. Césaire a compris qu'il fallait évangéliser ce monde-là et au lieu d'inviter les gens à venir dans la cathédrale, il a pris son bâton de pèlerin visitant l'une ferme après l'autre, y rassemblant maîtres et valets, il célébrait et prêchait, les formant à la religion.
C'est assez beau parce que cela nous montre la grande finesse pastorale de Césaire qui a su adapter un christianisme qui, il faut bien le dire, jusque les années 450, était presque exclusivement urbain. Il a commencé à l'adapter à la suite de saint Martin, à un christianisme rural. Son intuition était que l'annonciateur de l'évangile pour être tout à tous, devait pouvoir et savoir tenir compte des conditions de la société dans laquelle il annonçait cette Bonne Nouvelle du salut.
De ce point de vue-là, saint Césaire reste une référence et un modèle, parce que ce qu'il a réalisé sur notre terre de Provence est assez décisif, et c'est un peu tard qu'on l'a choisi comme patron secondaire du diocèse d'Aix et Arles. Nous le prierons pour qu'il soit un inspirateur non seulement auprès des évêques et des clercs, mais auprès de nous tous, de ces méthodes d'évangélisation qui consistent à rechercher à atteindre la population de la façon la plus profonde à travers les moyens les plus adaptés.
AMEN