QU'AVEZ-VOUS MANGÉ AUJOURD'HUI ?
1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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aint Césaire d'Arles dont nous célébrons la fête en ce jour est un homme du Nord, de la région de Châlons. Il quitte sa famille pour se diriger vers l'île de Lérins, déjà connue dans l'Occident pour la présence d'une vie monastique profonde, enracinée, et il y devient intendant. Son ministère auprès de ses frères consiste à veiller qu'ils aient tout ce dont ils ont besoin pour vivre : le vêtir, le manger et le boire. Et puis, semble-t-il, mais là les sources ne sont pas très claires, est-ce que saint Césaire qui était un homme extrêmement strict envers lui-même l'a été aussi tellement avec ses frères, en fermant le robinet ? En tout cas, il y a des plaintes à son égard, saint Césaire se montre trop dur envers les frères. D'autres sources diront que les frères étaient des moines qui avaient un peu relâché la vie monastique et qui ne voulaient pas retrouver le droit chemin.
Saint Césaire quitte Lérins et se retrouve dans la périphérie de la ville d'Arles qui était une ville très importante à cette époque. Il fait connaissance de l'évêque d'Arles, Éone qui trouve en ce jeune homme quelqu'un de fort intéressant, quelqu'un comme le dit la prière du début de cette eucharistie, à la fois simple et exigeant, ayant le désir de se convertir et de convertir les autres. Éone lui propose de recevoir l'ordination sacerdotale et il devient ainsi prêtre du diocèse d'Arles. Il faut dire qu'Éone venait de la même région à l'origine que Césaire, ce qui a certainement aidé à rapprocher les deux hommes. Éone sentant sa fin venir désigne son successeur, c'est un secret de polichinelle, le clergé sait que celui qui va succéder à Éone, c'est saint Césaire.
Saint Césaire va proposer une expérience que saint Augustin lui-même propose à ses prêtres à Hippone et d'autres évêques vont faire de même, une sorte de vie monastique pour les prêtres, ce qui est en fait aussi à l'origine de la fondation de notre fraternité, proposer aux prêtres de vivre en même temps une vie monastique, une vie de partage. Saint Césaire faisait lire des textes religieux comme dans les monastères, parce qu'il avait été fortement marqué par son séjour à Lérins, et le soir venu, il demandait aux clercs : "Qu'avez-vous mangé aujourd'hui ?" Il ne s'agissait pas de la soupe provençale mangée le midi ou de l'aïoli, il s'agissait effectivement, vous l'avez deviné, des textes qui avaient été lus à table.
Saint Césaire est un homme qui comprend que notre vie chrétienne ne peut s'accroître que si on l'alimente à la source de la Parole de Dieu, qu'on l'alimente à la source des textes des Pères de l'Église et qu'on l'aliment à la source des sacrements, notamment bien sûr au sacrement de l'eucharistie. On peut donc envisager tout le jeu entre ce souci qui habite le cœur de saint Césaire et l'évangile de ce jour. Là aussi, il n'est question que d'une seule chose : il faut porter du fruit.
Je vous livre un texte d'un sermon de saint Césaire qui s'adresse non seulement aux Arlésiens du début du seizième siècle mais aussi aux Aixois du vingt-et-unième siècle. "Les chrétiens qui s'imaginent qu'il est suffisant de ne pas faire le mal s'exclament en général : puissé-je seulement au jour de ma mort mériter d'être trouvé le même qu'au moment de mon baptême". Pour eux, la vie chrétienne qu'est-ce que c'est ? C'est une grâce que le Seigneur me donne afin de me préserver et d'être préservé de tout mal. Donc, ma prière, c'est : ô mon Dieu, au moins que je m'en sorte avec le minimum de dégâts comme au début ! Césaire continue : "Certes, il est bien d'être trouvé indemne de tout mal au jour du jugement. Mais c'est une faute grave de n'avoir pas progressé dans les bonnes actions, être tel que l'on se trouvait au sortir du baptême est bon seulement pour celui qui disparaît de ce monde aussitôt après avoir reçu le baptême. Il n'a pas eu en effet le temps de pratiquer les bonnes œuvres. Mais vraiment, à celui qui a joui d'une longue vie, et qui a eu le loisir de faire le bien, il ne suffit pas de s'être abstenu de mal faire, s'il s'est aussi abstenu de faire le bien. Je voudrais bien qu'un tel homme plantant une jeune vigne dans son champ me dise qu'il est heureux de la retrouver dans l'état où elle était dans son champ au premier jour. Et s'il greffe un olivier, allons voir s'il lui plairait de le trouver après plusieurs années tel qu'il était lorsqu'il le greffât ? Si un fils lui est né, est-ce qu'il lui plairait que cinq ans plus tard, l'enfant continue de se trouver aussi chétif à cet âge qu'à sa naissance ?" Dans le film "Tanguy", c'est le jeune qui n'arrive pas à grandir et que les parents n'arrivent pas à mettre à la porte. C'est quand même le désir de tous les parents, même si les enfants restent toujours les petits bébés de leurs parents;c'est que l'enfant grandisse. "Donc, comme personne ne veut de telles choses et que l'on se plaindrait de voir sa vigne et son olivier ou son fils végéter, que l'on se plaigne de se voir soi-même sans progrès depuis le jour où l'on est rené dans le Christ".
Quand j'ai lu ce petit passage, je l'ai vraiment trouvé important, parce que de fait, très souvent pour beaucoup de nos contemporains, la religion, la foi, l'Église ou la croyance en quelque chose ou les quelques petits signes dans la vie qui permettent d'avoir des repères, c'est souvent vu comme quelque chose qui peut nous préserver et de nous permettre de mener une vie qui fonctionne à peu près correctement. Ce qui est malheureux c'est que nous faisons de notre vie chrétienne, notre vie de relation avec Dieu, une sorte de préservation : surtout, que l'on reste dans l'état que l'on est.
Saint Césaire, ce jeune homme qui s'échappe de chez lui, qui traverse une partie de la France, qui se lance dans l'aventure de la vie monastique à l'île de Lérins, et je vous prie de croire que ce n'était pas toujours évident, un jeune homme qui se retrouve prêtre à Arles, et qui devient évêque, on comprend que ce qui l'a attiré dans sa vie avec Dieu, c'était l'aventure de vivre avec Dieu. Pour lui, il n'est pas imaginable que la vie chrétienne soit d'être préservé de tous nos petits problèmes et de tous nos petits soucis.
En regard de cette aventure, que nous dit saint Césaire ? Il faut partir à l'aventure car il n'y a rien de plus beau que de vivre une aventure avec Dieu, mais il faut nourrir cette aventure, il faut partir avec son sac à dos dans lequel on y met la Parole de Dieu, la Parole des Pères et les sacrements.
Frères et sœurs, c'est cette petite question que je vous demande de vous poser ce soir quand vous vous coucherez: "Qu'avez-vous mangé aujourd'hui ?"
AMEN