L'HUMOUR DE DIEU

Jg 16, 1-3 ; Mt 18, 21-35
St Césaire d'Arles - (26 août 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

P

our des raisons pratiques ou pédagogiques, très souvent quand on raconte l'histoire d'un saint, on a souvent tendance à diviser les saints en deux parties, les premiers qui sont saints déjà de toute éternité dans le cœur de Dieu, dont on discernait déjà les signes dans leur enfance, et puis d'autre part, ceux qui n'étaient pas saints au départ, l'exemple type étant saint François qui a accumulé un nombre incalculable de bêtises et qui est devenu un grand saint, il a su se convertir.

Je crois que l'humour de Dieu est de nous montrer qu'il n'y a pas différentes catégories de saints, mais il y a autant de catégories de saints que de saints. Je crois que le saint que nous célébrons aujourd'hui, saint Césaire d'Arles est exactement de ce type-là. Ce qu'il a en commun avec tous les saints, c'est l'humour de Dieu. Je vais essayer en quelques minutes, à tra­vers une brève biographie de saint Césaire d'Arles de vous montrer justement l'humour de Dieu dans la vie de cet homme.

Saint Césaire d'Arles descend de la Bourgo­gne, et va vers l'île de Lérins qui était déjà très connue à la fin du cinquième siècle, pour devenir moine. C'est quelqu'un de très zélé qui s'efforce de vivre une vie très ascétique. Tellement ascétique qu'on l'avait nommé cellérier, c'est-à-dire que sa fonction était de s'occuper de ses frères, de veiller à ce qu'ils aient ce qu'il faut pour vivre, d'être en quelque sorte l'économe de la maison, de la famille si vous préférez. Il y a eu des plaintes de la part des moines, parce que Césaire était beaucoup trop strict, beaucoup trop rude, non seulement avec lui-même mais aussi avec les autres. Au bout d'un moment, il a dû quitter l'île et il est ar­rivé à Arles. Déjà le problème de cet homme, est un problème lié à la discrétion, c'est-à-dire qu'il avait du mal dans sa vie de zèle à vivre sa vie de l'évangile, et il se rendait compte que tout le monde ne pouvait pas aller à son rythme, d'ailleurs lui-même non plus ne pouvait pas tenir ce rythme.

Deuxième expérience intéressante, quand il arrive dans la ville où il sera évêque, il se lie à un petit cercle d'amis, je dirais les intellectuels d'Arles de l'époque, lui qui n'avait pas tellement de lettres, va apprendre à découvrir les grands auteurs latins. Jus­qu'au jour où il va faire un rêve, il rêve qu'il s'endort avec un livre païen dans la main, ce n'est ni l'évangile ni la Bible, et un serpent sort de ce livre et lui dévore la main. Prenant cela comme un signe de Dieu, il ar­rête de lire la littérature païenne. Ensuite, il devient prêtre, et évêque. Je crois que ce qui est intéressant, ce sont ces deux expériences que saint Césaire a vécu avant d'être évêque. Ce qui est extraordinaire, dans sa vie d'évêque, c'est qu'il va, vers la fin, réussir à mon­trer une très grande discrétion. Cet homme qui était si entier, si dur et ascétique avec lui et avec les autres, va découvrir dans cet appel à l'épiscopat combien justement la discrétion est de savoir annoncer l'évangile selon la situation des gens. On ne peut pas tout de suite, demander à quelqu'un de courir l'évangile en dix secondes et sept centièmes. Ce n'est pas possible Je crois que non seulement l'évangélisation est pour les foules mais est aussi quelquefois l'évangélisation du pasteur. Il ne faut pas oublier que le pasteur est lui-même évangélisé par son peuple. Première chose, et je qualifierai cela de l'humour de Dieu, c'est que cet homme qui n'était pas capable de se mener lui-même, de cet homme qui n'était pas capable de mener ses frères, d'une manière charitable et douce, a été appelé à l'épiscopat et a su par la grâce de Dieu arriver à conduire le peuple qui lui était confié. Deuxième chose en rapport avec sa deuxième expérience par rapport aux lettres latines, la littérature païenne, cet homme qui avait peur en fait de cette littérature a su, dans une grande intelligence, garder le meilleur, la forme de la littérature latine afin d'annoncer de la meilleure manière possible, l'évangile à son peuple. C'est ainsi que quand on lit les textes de saint Césaire d'Arles, ses homélies, grâce à cette formation latine qu'il a eue, il a une manière claire d'annoncer, d'une manière vive et intransigeante l'évangile à son peuple.

Frères et sœurs, je crois que l'enseignement que nous donne saint Césaire d'Arles, ce n'est pas nécessairement d'aller chercher notre sainteté très loin, comme Césaire l'a fait en traversant toute la France et en allant en terre de Provence, sur cette île de Lérins, mais au contraire de découvrir que la grâce du Seigneur nous attend là où nous sommes les plus fragiles et les plus pécheurs. De cette manière, je crois qu'un évêque qui est capable de montrer dans l'exer­cice de sa charge épiscopale, cette qualité qu'avait Césaire d'annoncer l'évangile, et la douceur intransi­geante qu'il y mettait, il était la preuve vivante que la sainteté est cette grâce que Dieu nous donne pour travailler au cœur de notre péché et de notre faiblesse.

 

 

AMEN