HUMOUR ET PATIENCE

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

S

aint Césaire est quelqu'un dont on peut dire qu'il est un Père de l'Église. Nous avons donc cette chance dans notre diocèse d'être héritiers d'un homme qui a été considéré un peu comme le saint Augustin de ce qui avant ne s'appelait pas la France mais la Gaule. Ainsi, il était si comparable à saint Augustin que parfois on a confondu ses écrits avec ceux de l'évêque d'Hippone.

Saint Césaire d'Arles est né vers 470, c'est un bourguignon, il est né à Châlons-sur-Saône. Il est parti dans cette jeune abbaye de Lérins que l'on appelle l'abbaye où vivent les saints, et là, comme d'ailleurs ses prédécesseurs au siège d'Arles, il s'est enraciné d'abord dans la vie contemplative et dans la vie de prière. Il a été appelé par son oncle, saint Éone, pour se reposer à Arles, car il était si soucieux de la vérité de la vie monastique qu'il voulait mener, qu'il avait mis à mal sa santé. Là, son oncle le fait ordonner prêtre et supplie ses diocésains d'en faire leur évêque. C'est ainsi que saint Césaire devient évêque d'Arles alors qu'il ne l'avait pas du tout prévu. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il va mettre autant de souci, de sérieux et de travail à parler de Dieu, à enseigner ses diocésains, qu'il l'avait fait à rechercher le Seigneur dans la prière. Il a ainsi évangélisé une terre qui n'était pas facile et les curés d'Arles savent encore aujourd'hui combien il est difficile de faire de la pastorale sur cette terre, mais il n'a pas baissé les bras. Il a été en effet attentif à tous, d'abord à son clergé, dont il a essayé d'en faire de véritables moines, réunis autour de lui en presbyterium, capables d'enseigner. Il disait aux prêtres que s'ils n'étaient pas capables de lire leur sermon, il fallait qu'ils le fassent lire. Pour lui, il était donc essentiel que la Parole soit annoncée comme on le voit dans l'évangile, les grains sont semés partout, mais la terre où ils tombent ne dépend pas forcément du semeur.

La terre du diocèse d'Arles a été ensemencée par la parole de saint Césaire qui a pu constater parfois des fruits mais aussi souvent de réelles difficultés. Les difficultés étant entre autres, qu'il vivait à une époque où régnait le pélagianisme, il a essayé de défendre cette doctrine de saint Augustin qui dit que malgré tout les efforts que l'on peut faire, seule la grâce de Dieu nous est donnée sans conditions. Ainsi, sauvegardant la liberté humaine il ouvrait son peuple, ses diocésains au fait qu'ils étaient d'abord dépositaires de cette grâce de Dieu et qu'ensuite c'est cette grâce qui pouvait les mettre en route, qui pouvait les aider à faire des efforts. Dans les Conciles, il a réussi à faire voter plusieurs textes qu'il avait lui-même écrit de façon très claire sur de nombreux points de doctrine, dont celui que je viens d'évoquer, et il a manifesté l'authenticité et le fait que l'on doit s'accrocher à la vérité comme à quelque chose d'essentiel pour la vie du peuple de Dieu. Cet attachement à la vérité lui a valu d'être exilé par deux fois.

C'était un évêque très aimé, parce qu'il avait d'abord et avant tout le souci du pauvre. C'est vrai que dans cette époque, au cinquième siècle, il y a une très grande différence, certains diraient aujourd'hui les fractures sociales, elles existaient déjà à l'époque, ce n'était pas tout de dire des mots, il fallait aussi appor­ter les remèdes. C'est ce que fait saint Césaire en or­ganisant un véritable service social, celui du plus pauvre dont il a toujours eu le souci, il dit d'ailleurs que le pauvre est le "coffre-fort" du Christ. Très aimé aussi parce qu'il ne s'est pas contenté d'être plongé uniquement dans l'action, mais il a suscité au sein même de son diocèse des moniales dont il est le pre­mier à avoir écrit une règle pour les faire vivre en­semble afin qu'elles se consacrent à leur Seigneur, qu'elles vivent vraiment ce principe commun de la charité, de la fraternité, et de porter ainsi tous les sou­cis que peut porter un évêque, surtout en ce temps-là.

Il ne manquait pas non plus d'humour, parce que même si ses sermons étaient très écoutés et bril­lants, il savait aussi rappeler à l'ordre. On connaît ainsi un sermon qu'il adresse à quelques femmes à qui il avait permis de s'asseoir parce que les lectures étaient très longues et que ces femmes étaient mala­des, et finalement parfois toutes les femmes et aussi des hommes prenaient l'habitude de s'asseoir dès qu'il leur semblait que cela devenait trop long, et il leur dit qu'ils ne doivent pas s'asseoir, parce que rien ne les empêche d'entendre la Parole de Dieu, et qu'ils ne doivent pas papoter entre eux quand ils sont assis, mais qu'ils doivent rester debout, si une raison les oblige à s'asseoir, que ce soit dans une écoute atten­tive de la Parole. Il dit aussi : "Je vois que plusieurs d'entre vous ne sont pas venus, donc je vous charge d'aller le répéter aux absents !"

Saint Césaire était attentif à tous et à toutes, et il nous enseigne encore aujourd'hui, je le crois, car pour nous il y a une nécessité à recevoir son ensei­gnement, parce qu'il a été celui qui a voulu être confi­guré au Christ qui enseigne, qui a souci de son peuple et qui en est le pasteur. Il a aussi un mot que j'aime bien : "A quoi sert à un livre d'être bien relié si on ne le lit pas". Il a ainsi non seulement un souci d'authen­ticité, de pragmatisme, mais surtout que la Parole écoutée porte vraiment du fruit. Le livre relié ne sert à rien, c'est comme le bon grain qui tombe sur les ro­chers ou dans les ronces, il faut que les paroles s'épa­nouissent en nous.

Que saint Césaire nous y aide sur tous les plans, que nous ne négligions ni la contemplation ni la prière, ni l'étude ni la Parole de Dieu, ni le silence, ni l'accueil des plus pauvres, ni le souci de celui qui est malheureux ni celui qui vient nous demander et nous déranger pour ainsi avoir la perfection en nous, celle qui nous vient, comme le disait saint Césaire, non pas grâce à nos efforts mais par la grâce de Dieu.

 

 

AMEN