ET LE SEMEUR SORTIT POUR SEMER …
1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 1980)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Mouriès : Saint Césaire
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ous fêtons aujourd'hui une figure assez étrange et paradoxale : saint Césaire d'Arles. C'est un homme de l'Est qui a eu ce bon sens de penser que l'évangile était plus facile à vivre sous le soleil de Provence que dans les brumes de sa Bourgogne natale. C'est pourquoi il est venu à Lérins. On lui a très vite confié la mission de cellérier, on dirait aujourd'hui d'économe, mais très vite on la lui a retirée devant sa conception de l'austérité de la vie pour ses frères. Ensuite, pour son propre compte, il avait une conception de la vie si austère qu'il tomba malade. C'est ainsi qu'on l'envoya à Arles. Il connut là des hommes très cultivés, notamment un rhéteur qui essaya de lui faire comprendre ce qu'était la rhétorique, ce qui ne l'intéressait pas beaucoup. Il préférait vivre de manière très humble dans le monastère de Gallègues, de l'autre côté du Rhône, et il avait attiré l'attention de son évêque Eonius, à la mort duquel, en 502, il fut choisi pour lui succéder.
Toute la vie de saint Césaire, de 502 à 542, se résume précisément dans cette parabole du semeur, dans ce souci de semer, de jeter la Parole à tout vent. Et il ne faut pas croire que c'était facile. C'était un temps de crise, un temps où les Provençaux se voyaient tout à coup assaillis par les Ostrogoths, les Wisigoths, et ce n'était pas drôle. Toute la culture tombait, il n'y avait plus de culture. Comment enseigner la Parole de Dieu quand effectivement il reste peut-être un vieux fond aristocratique et cultivé tout imprégné de culture romaine, mais quand il y a tous ces gens qui arrivent, qui s'implantent, s'installent, qui ont certes beaucoup de bonne volonté, mais pas beaucoup de finesse ?
Alors le grand effort de Césaire qui connaissait lui, les Burgondes, les Francs, a été d'abord de dispenser la parole de Dieu, peut-être de façon moins éloquente et cultivée que celle de saint Augustin qu'il citait pour ne pas dire qu'il recopiait page après page. Son souci a été de l'adapter, de faire une prédication qui essaie de toucher le plus possible. Le grand souci de Césaire c'est que la parole porte du fruit, c'est que le royaume de Dieu ait une certaine efficacité, au moins dans l'implantation et l'utilisation des moyens. Mais saint Césaire était convaincu qu'il n'y avait pas simplement cette œuvre de transmission et de vulgarisation de la Parole de Dieu et de la foi chrétienne. Il se rendait bien compte que ce n'était pas seulement par son éloquence, même si l'on a gardé de lui plus de deux cents sermons, tant elle était goûtée. Il se rendait compte que la véritable Parole, ce n'était pas d'abord la parole qui était annoncée, prêchée, mais c'était la Parole qui dictait le mode de vie, la manière d'être et d'exister pour Dieu C'est pourquoi, dès qu'il a été évêque, saint Césaire a voulu être évêque à la tête d'un monastère. D'abord d'un monastère de ses frères qui sont restés à Gallègues pendant tout le temps où il était à Arles, puis le monastère a été transféré à Arles même, mais également une vie qui parle non seulement dans le cœur des prêtres qui vivaient avec lui, mais aussi dans le cœur des religieuses, des moniales qui se sont rassemblées en communauté autour de la sœur de saint Césaire, Césarie.
Pour Césaire le grand souci de la Parole de Dieu, c'est que cette parole de Dieu s'incarne vraiment dans la vie, au cœur de la communauté, et qu'elle s'incarne, à travers toute leur vie, la vie de prière liturgique, la vie de service de leurs frères, la vie du ministère apostolique, puis que cette vie rayonne à travers tout un mouvement d'itinérance et de prédication. On dit que saint Césaire n'hésitait pas, quand il savait que telle ou telle paroisse de Camargue n'avait pas de prêtre pour célébrer la messe, à y aller et à prêcher.
On remarque que cette prédication était extrêmement colorée parce que les thèmes de prédication sont difficiles. Il explique, par exemple que la Parole de Dieu c'est comme pour un commerçant. Un commerçant n'amasse pas une seule richesse, il en amasse le plus possible. Pour la parole de Dieu, c'est la même chose. Il ne faut pas seulement entendre la Parole de Dieu au cours d'une liturgie, mais il faut l'inscrire et lui faire porter du fruit en dehors de l'Eglise.
Le souci de Césaire est de rejoindre son peuple dans ses préoccupations et d'illuminer, pour ainsi dire, à travers ses préoccupations les plus simples, les plus quotidiennes et qui ne devaient pas voler très haut à cette époque de crise où il fallait d'abord survivre, de leur faire comprendre que la Parole de Dieu était une réalité qui les touchait au plus intime d'eux-mêmes et au plus profond, au plus courant de leur vie, de jour en jour.
Par son intercession nous supplierons le Seigneur pour que nous sachions, nous qui traversons aussi un temps de crise, même si ce ne sont plus les Ostrogoths et les Wisigoths qui viennent envahir la Provence, trouver ce même sens de la simplicité de la Parole de Dieu qui veut nous rejoindre dans le plus immédiat de notre propre vie. Que par cette eucharistie, mystère de Dieu qui se rend proche, la Parole de Dieu soit gravée non seulement sur nos lèvres, mais dans notre cœur et dans notre chair.
AMEN