UNE AUSTÉRITÉ TRÈS PARTICULIÈRE
1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 1998)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, saint Césaire évêque d'Arles dont nous faisons mémoire aujourd'hui, a vécu à un moment assez difficile de notre Église, tout à la fois parce que la paix constantinienne avait transformé le christianisme en religion d'état, et de ce fait, tout le monde était chrétien, ainsi évidemment pas tout le monde avec la même ferveur, et aussi parce que les invasions barbares n'ont cessé de menacer la paix de cette chrétienté de France en général, et de Provence aussi en particulier.
Saint Césaire a été essentiellement un pasteur, c'est-à-dire, un homme très proche de son peuple, qui s'est penché avec une sollicitude quotidienne, il prêchait chaque jour, et nous avons plus de deux sermons de lui, avec une sollicitude extrême il se préoccupait des besoins non seulement matériels, mais surtout spirituels de ce peuple qui lui était confié. J'ai déjà eu l'occasion de dire cela une autre année, mais enfin, je reviens un moment sur ce problème, qui a été véritable à l'époque de saint Césaire : c'est que le sacrement de pénitence n'avait pas encore pris la forme qu'il a aujourd'hui, celui de la confession privée, où chaque pécheur vient trouver le prêtre pour lui faire part de ses fautes et recevoir de lui l'absolution.
A l'époque, la pénitence était publique, non pas parce qu'on avouait ses fautes en public, mais parce que après avoir avoué les fautes, on entrait en situation de pénitence, c'est-à-dire qu'on jeûnait, on s'abstenait de relations conjugales, on portait des vêtements de bure, etc ... et cela pendant un temps assez considérable, puisque les pénitents restaient en situation de pénitence pendant un an, dix ans, vingt ans, selon la gravité de la faute. Par-dessus le marché, cette pénitence publique était donnée une seule fois dans la vie, c'était donc une occasion à ne pas rater, on ne pouvait pas se permettre de pécher régulièrement, et donc de se confesser aussi régulièrement. Ce n'est que plus tard que l'Église a établi ce que nous connaissons aujourd'hui, et que peut-être nous délaissons trop, car, c'est une immense grâce qui nous est faite,que de recevoir la pénitence telle que nous la connaissons aujourd'hui et qui est tellement plus facile d'accès et tellement plus aidante pour des pécheurs qui retombent sans cesse dans leurs fautes.
Par conséquent saint Césaire se trouvait en face d'un peuple grossier, encore mal civilisé. Terrorisé, persécuté par les barbares, mal évangélisé, donc enclin à des péchés assez vulgaires et saumâtres, et qui cependant n'avait pas à sa disposition le moyen que nous avons nous d'aller se confesser pour obtenir le pardon de ses péchés. Alors, puisque cette pénitence était publique, les gens, par crainte de rater l'occasion, la retardaient jusqu'à leur lit de mort. Ce qui fait qu'au fond, ils vivaient toute leur vie, en traînant un péché, et ils ne recevaient l'absolution qu'au moment de mourir, c'était un avantage supplémentaire, puisque la longue pénitence se trouvait considérablement raccourcie, entre le moment de l'absolution et le dernier soupir, ils mouraient assez rapidement.
Que faire dans des circonstances pareilles ? Saint Césaire n'avait pas les moyens, d'inventer une nouvelle manière de recevoir le pardon, alors, il a exhorté ses chrétiens, à défaut de sacrement de pénitence, de pratiquer un certain nombre d'austérités et de privations, et surtout, les bonnes œuvres, c'est-à-dire de se dévouer à leurs frères, de partager le plus largement possible leurs biens, de telle sorte qu'à défaut d'une absolution sacramentelle, Dieu leur tienne compte de tous ces efforts accumulés pour se purifier de leurs péchés et que donc, il les maintienne dans sa grâce. Alors, si nous lisons les sermons de saint Césaire, nous voyons avec quelle constance et en même temps avec quelle proximité, quelle simplicité, il ne cesse d'exhorter son peuple dans ce sens.
Je vous lis quelques passages d'un sermon que j'ai pris tout à fait au hasard, sur la pénitence, comme le sont un très grand nombre des sermons de saint Césaire : "Je vous demande frères très chers, d'accepter aujourd'hui encore la façon habituelle de parler de votre père. Non seulement avec patience, mais avec bon cœur, car vous le savez, grâce à Dieu, ce n'est pas pour quelque gain terrestre, mais par amour pour vous, que je m'efforce d'exprimer avec grande humilité et avec grande crainte, ce qu'il me revient de vous dire, et ce qu'il vous est avantageux d'écouter. Frères très aimés, non seulement les péchés véniels ainsi aussi les fautes les plus graves, s'efforcent jour et nuit de s'insinuer en nous. Eh bien, je vous exhorte à ne pas nous réserver pour cette pénitence reçue à une toute dernière extrémité, mais, chaque jour, aussi longtemps que nous vivons, efforçons-nous de faire pénitence, en cela, non seulement les laïcs, mais les clercs, même les moines doivent s'y exercer. Et certes, l'évêque que je suis, en faisant pénitence chaque jour, prie pour moi, mais celui qui présumant de sa propre sainteté néglige de faire pénitence, qu'il se demande qui devra suppléer pour lui ? En effet, puisque nous ne pouvons passer aucun jour sans pécher, quelle raison, en accumulant, même des péchés véniels, de produire d'immenses chutes d'eau, à partir de gouttes minuscules, la multitude des péchés qui s'accumulent en nous fait naître le désespoir, et vous le savez bien tous, il est plus facile d'arracher un jeune plant que d'abattre un arbre qui était devenu vigoureux."
Et il va prendre un exemple très simple, celui de la nécessité de nettoyer chaque jour sa maison, si on veut qu'elle demeure habitable, et de nettoyer aussi ses écuries, de peur que non seulement les hommes, n'y pénètrent qu'avec dégoût, mais aussi les animaux, qui ne voudraient plus s'y rendre.
" Si nous nettoyons chaque jour nos maison et nos étables, elles ne nous causent ni répulsion, ni fatigue. De la même façon, si chaque jour, nous arrachons les péchés véniels, nous ne pouvons engendrer ni désespoir, mais si nous sommes négligents à nous en purger, de même que les étables qui n'ont pas été nettoyées pendant longtemps, pourrissent complètement, et que fumier dégage une odeur repoussante au point que non seulement les hommes ne peuvent y entrer et qu'aucun animal même ne peut y rester, ainsi, on laisse volontairement dans son âme la saleté des péchés s'accumuler pendant longtemps, par ses actions mauvaises et néglige de s'en purifier chaque jour par des bonnes oeuvres, non seulement Dieu ne pourra pas nous visiter, mais le pécheur ne pourra pas supporter de demeurer en prière."
Vous le voyez, c'est une façon extrêmement modeste, et simple que prend saint Césaire pour s'adresser à ses diocésains, il ne prend pas des comparaisons compliquées, mais quelque chose de tout à fait quotidien, et il essaie de leur parler du risque de désespoir, du risque de découragement qui peut les habiter, et il veut les exhorter à reprendre cœur, à ne pas se laisser aller à l'accumulation du mal, qui finit par peser si fort, qu'on ne sait plus comment s'en débarrasser, ni comment y survivre.
Alors, frères et sœurs, nous ne sommes pas du tout dans la même situation pastorale que du temps de saint Césaire, mais pourtant, il est bien connu que dans le peuple chrétien d'aujourd'hui, il y a aussi une crise du sacrement de pénitence, et que beaucoup se demandent, même les croyants, c'est évident, et même les croyants pratiquants, y recourent fort peu, trop peu.
Alors, probablement que ces paroles si simples de saint Césaire s'adressent encore aujourd'hui à nous. Nous avons infiniment de chance que la grâce de Dieu nous soit si facilement accessible. Ne négligeons pas ce don que Dieu nous fait et sachons nous réconcilier avec lui, pour ne pas sombrer dans le désespoir et dans une situation irrémédiable.
AMEN