L'ONCTION DES MALADES

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Césaire a été évêque d'Arles à la jointure des cinquième et sixième siècles en une pé­riode extrêmement difficile. C'était la fin de l'Antiquité, le début de ce qu'on appellera le Moyen-Age, une époque violente, dure, où les chrétiens n'étaient pas encore profondément évangélisés. Saint Césaire a dû beaucoup se dépenser pour approfondir la foi de ses fidèles d'Arles comme d'ailleurs bien d'autres évêques. Mais la force de sa prédication, la simplicité de son enseignement, sa proximité pleine de douceur et de sagesse avec tous ceux qui lui étaient confiés, font qu'il est le type de ces évêques évangéli­sateurs de la fin du Monde Antique.

Deux points sont particulièrement intéressants dans la prédication de Saint Césaire car ils manifestent des habitudes liturgiques et sacramentelles très différentes des nôtres. Le premier est celui de la confession. Les premiers chrétiens étaient une poignée fervente à cause des persécutions. Ils considéraient que le baptême reçu à l'âge adulte était une conversion si définitive, si profonde qu'elle ne pouvait pas être suivie par de nouveaux péchés. Le baptême qui donnait une vie nouvelle, effaçait tous les péchés et, il devait suffire à vous introduire dans une vie de sainteté. De ce fait le sacrement de Pénitence était à l'époque comme une seconde planche de salut pour le cas où des baptisés tomberaient dans un péché et l'on ne le donnait qu'une fois dans la vie. Voyez à quel point les choses étaient différentes de ce que nous connaissons aujourd'hui. Ce sacrement donnait lieu à une célébration extrêmement solennelle. Or à l'époque de saint Césaire, les persécutions étaient finies, le christianisme était devenu la religion d'Etat comme celle de tout le monde, on baptisait de plus en plus des enfants à la naissance. Donc il y avait longtemps que le baptême était passé et quand on avait commis beaucoup de péchés, il n'y avait que cet unique sa­crement de pénitence. Les chrétiens ne savaient donc plus comment s'y prendre. Ou bien ils se confessaient et ensuite il leur fallait absolument vivre comme des saints. Ou bien ils retardaient leur confession, parfois jusqu'à leur lit de mort ce que d'ailleurs un certain nombre d'évêques ou de prêtres leur conseillaient par prudence. Moyennant quoi la plupart des chrétiens se trouvaient remplis de péchés sans pouvoir recevoir un pardon sacramentel trop rare et trop sévère. Saint Cé­saire n'avait pas de moyen d'ouvrir le pardon des pé­chés. Soit dit entre parenthèses, nous sommes bien ingrats de renâcler devant la confession et de faire tant de difficultés pour avouer nos péchés alors que nous avons une chance que les chrétiens de cette épo­que-là auraient bien désirée.

Un autre point très intéressant, c'est celui du soin des malades. Depuis le début de l'Église le sa­crement des malades avait pris la suite des guérisons miraculeuses du Christ qui manifestaient la miséri­corde et la tendresse de Dieu pour ceux qui souffrent dans leur corps, pas simplement pour les pécheurs, pas simplement pour ceux qui sont angoissés, mais aussi qui sont atteints de difficultés physiologiques ou psychologiques. Du temps de saint Césaire, cette onction des malades était pratiquée par n'importe quel laïc voire par le malade lui-même qui oignait son propre corps d'huile sainte solennellement bénite par l'évêque. Les chrétiens n'étaient pas encore très soli­des dans leur foi et de cette pratique de l'Onction des malades, ils versaient facilement dans la superstition, voire dans la magie. Quelquefois, ils remplaçaient l'huile sainte bénite par l'évêque par une huile re­cueillie auprès de la tombe des saints ou que l'on se procurait auprès de quelque sorcier car il y en avait beaucoup à l'époque. Saint Césaire a dû manifester la différence entre la miséricorde de Dieu et les amulet­tes ou autres objets superstitieux dont toutes les âmes crédules sont friandes.

C'était donc dans un contexte difficile, dans un contexte rude et encore insuffisamment pénétré par le sens profond de l'évangile de la tendresse et de la miséricorde de Dieu que saint Césaire a dû évangéli­ser cette ville d'Arles si proche de nous. Il faut que nous soyons conscients de la richesse que représen­tent pour nous les siècles de foi pendant lesquels, peu a peu, le cœur de nos pères, de nos ancêtres a été pé­nétré par l'évangile et dont nous sommes les héritiers. Pour nous je l'espère, nous ne sommes plus tentés de mélanger la foi et la superstition, de mélanger la foi et la sorcellerie ou la magie, même si parfois le mer­veilleux nous tente un peu. Il faut que nous sachions nous défendre contre ces tentations et vivre dans son intégrité, dans sa grandeur, dans sa profondeur ce qu'est la foi chrétienne. Ce n'est pas un ensemble de pratiques plus ou moins complexes ou magiques, mais l'adhésion du fond de notre cœur à ce Dieu de miséricorde, de proximité, de tendresse qui vient au secours de ses enfants parce qu'Il les aime, parce qu'Il sait que leur corps est fragile et faible, que leur péché a besoin de pardon et que la miséricorde doit s'étendre à la totalité de leur être. Soyons confiants dans ce Dieu plein de tendresse que saint Césaire a prêché et qui est venu jusqu'à nous.

 

 

AMEN