LA MÉDITATION DE LA PAROLE

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

Q

uelques notes de la biographie de saint Césaire un de nos pères dans la foi qui ont marqué l'existence et le développement de la Parole de Dieu dans ce diocèse mais aussi dans l'Église univer­selle.

Césaire est né en Bourgogne vers 470 et il a fait profession monastique à Lérins où son ardeur et son application dans le respect des règles l'affaiblis­sent et le rendent malade. Envoyé au repos en Arles, l'évêque Eon, un de ses parents, le distingue, l'or­donne prêtre et lui donne la direction d'un monastère, puis il supplie qu'on en fasse son successeur sur le siège d'Arles. Devenu évêque Césaire vivra en moine, adonné à la prière et à la pénitence. Il innove en fon­dant un monastère de religieuses que dirige sa sœur Sainte Césarie, monastère où il institue le principe de la clôture monastique. Il se fait missionnaire itinérant dans tout son diocèse, multipliant et développant le lieux de culte et luttant de toutes ses forces contre toute forme d'hérésie ou de dépravation des mœurs. Il prend part à de nombreux conciles ou, disciple de saint Augustin, il défend son enseignement sur la grâce. Il a écrit de nombreux traités et il a beaucoup prêché. Ses homélies sont encore aujourd'hui une des sources non seulement de la connaissance de l'Église à cette époque, mais aussi de la vie spirituelle des chrétiens d'aujourd'hui. Comme la plupart de ses col­lègues évêques il a connu la persécution, les arresta­tions sous des propos mensongers et il fut exilé à Bordeaux par le roi Alaric. Reconnu innocent, sa libé­ration entraîna celle de ses compagnons d'infortune. Accablé par les infirmités et l'âge, après avoir dirigé son troupeau pendant 40 ans, il mourut à la veille de la fête de saint Augustin dont il était disciple. C'est le trois novembre 64 qu'il fut proclamé patron se­condaire du diocèse d'Aix et d'Arles puisque, depuis la Révolution française, le diocèse d'Arles est rattaché à Aix.

Quelques extraits de ses homélies. Saint Cé­saire parlait de façon très simple et profonde à son peuple. "Les commerçants ne se contentent pas de faire des bénéfices sur une seule marchandise. Ils s'en procurent un grand nombre pour augmenter leur fortune. Les cultivateurs s'efforcent de semer diffé­rentes sortes de semences afin de pouvoir se préparer une nourriture suffisante pour eux-mêmes et pour tous les leurs. Combien plus, lorsqu'il s'agit de béné­fices spirituels, ne devez-vous pas vous contenter d'entendre lire la Parole à l'église une fois par jour. Vous devez prolonger la lecture sacrée dans vos mai­sons, au cours de vos repas, et quand les jours sont trop courts y consacrer encore quelques heures de la nuit. C'est ainsi que vous amasserez un froment spi­rituel dans le grenier de votre cœur et rangerez dans le trésor de vos âmes les perles précieuses des Ecritu­res. Ainsi, au jour du Jugement, lorsque nous compa­raîtrons devant le tribunal du Juge éternel, selon la parole de l'apôtre, nous serons trouvés vêtus et non pas nus."

C'est une des choses remarquables et dont nous aurions, nous chrétiens d'aujourd'hui, à tirer grand profit, que les premiers grands pasteurs de l'Église, et c'est bien normal ont vécu essentiellement de la méditation quotidienne et permanente de l'Ecri­ture. Cela a vraiment été leur jardin secret, l'immense prairie où ils n'ont cessé de circuler en cueillant toutes les sortes de fruits possibles. Et c'est probablement pour cela que leur doctrine est encore si nécessaire et si profonde. C'est que ce n'est pas la leur, mais c'est ce pain de la Parole de Dieu qu'ils ont su profondément et quotidiennement ruminer pour en vivre d'abord et, par le témoignage de leur vie et de leur parole, parta­ger ce pain à leur peuple. L'image que reprend saint Césaire : "Vous serez trouvés vêtus et non pas nus" est à méditer.

Est-ce que nous ne circulons pas aux trois quarts nus ? dévêtus ? Pourquoi ? Parce que nous ne passons pas suffisamment de temps, et quand je parle de temps, je n'évoque pas seulement une chronologie, mais une intensité, nous ne passons pas assez de temps à laisser cette Parole de Dieu tisser en nous l'homme nouveau, la chair nouvelle, le visage du Christ qui Lui est Parole. Lui est Verbe, Parole qui, selon la logique de l'Incarnation, doit se faire chair. "Le Verbe s'est fait chair !" La Parole que je viens de proclamer qui est partiellement l'évangile mais qui est tout l'évangile indivis, va se faire chair dans l'eucha­ristie. C'est le même mystère. Il n'y a pas la lecture d'un côté et l'eucharistie de l'autre. Il y a la Parole de Dieu proclamée qui se fait chair dans l'eucharistie. Pour que cette Parole non seulement nous l'écoutions ou la relisions mais pour qu'elle réalise en nous la chair du Christ. Et c'est cela profondément l'objet de cette Parole qui nous est livrée continuellement, non pas pour qu'elle nourrisse nos idées, notre culture religieuse mais pour qu'elle établisse, qu'elle tisse, qu'elle fasse croître en nous une réalité charnelle qui est la chair du Christ l'homme nouveau.

Ce vêtement dont parle l'apôtre et que reprend saint Césaire n'est pas extérieur. Il est la chair même du Christ qui doit, lentement mais réellement, être tissée comme l'étoffe de la fiancée qu'est l'Église dans le cœur de chaque homme. Et cela ne peut pas se faire si ce n'est avec toutes les fibres et chacune des fibres de l'Écriture.

Alors que ces quelques paroles, à la suite de saint Césaire, nous rappellent qu'il n'y a pas de vie chrétienne profonde, il n'y a pas de Christ en nous, sans l'incarnation de sa Parole. Et pour cela il faut lui laisser le temps, tout le temps, pas simplement ni d'abord chronologique, mais le temps de notre cœur, le temps de notre désir, le désir de notre chair et de notre vie d'être renouvelés à l'image et à la ressem­blance du Christ pour que, dès aujourd'hui, Il nous reconnaisse comme son frère dans la Parole et dans la chair, et que nous puissions, un jour, participer à la table de cette fête éternelle où tous, comme nous dit l'évangile, nous serons revêtus de cette robe nuptiale qui est la chair du Christ.

 

 

AMEN