ARLES ET SON ÉVÊQUE

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous fêtons aujourd'hui une des gloires de la Provence. A vrai dire, c'est une pièce rap­portée. Il est né en Bourgogne vers 470 et le jeune Césaire a sans doute été attiré par le soleil du Midi et il est entré chez les moines de Lérins. Il a passé là un certain nombre d'années, mais l'air marin n'a pas suffi à le mettre en bonne forme, et au cours d'une maladie, on a pensé que l'air d'Arles était peut-être plus bénéfique encore. Là il a été distingué par l'évêque Eone qui lui a demandé de fonder un mo­nastère dans la ville. Césaire en a même fondé deux parce qu'il a demandé à sa sœur Césarie (décidément les parents ne brillaient pas par leur imagination dans le choix des prénoms de leurs enfants), de prendre en main un monastère de femmes. Césaire a écrit la règle pour les deux monastères. Comme on était à l'époque des grandes invasions, Césaire a inventé pour les mo­niales la règle de la clôture. C'est grâce à saint Césaire que toutes les moniales sont bouclées dans leur cloître, parce que c'était le meilleur moyen de les soustraire au déferlement des hordes ou aux regards des chevaliers qui passaient par là.

A la mort du vieil évêque Eone, le peuple a élu Césaire pour le remplacer. Peut-être celui-ci avait-il exercé un véritable rayonnement par sa sainteté. Je ne sais pas s'il s'était remis de ses ennuis de santé, mais il a été assez vigoureux pour assurer un épisco­pat de quarante ans, ce qui laisse subodorer qu'il avait beaucoup plus de résistance qu'il n'y paraissait. C'est souvent comme cela d'ailleurs, c'est souvent ceux qui paraissent un peu malingres ou mal fichus qui sont les plus résistants et les plus solides. De cinq cent trois à cinq cent quarante trois, il a été évêque d'Arles, ce qui est quand même un record. Quand vous pensez que Monseigneur de Provenchères qui dit-on a exercé longtemps a eu un épiscopat de trente trois ans, c'est déjà pas mal, mais quarante ans, c'est encore mieux.

Cela dit, ce devait être un épiscopat épuisant. On est en plein crise à la fois politique, sociale et spi­rituelle. La crise politique c'est l'effondrement de l'empire romain. Les empereurs romains sont à Ra­venne, sur la côte Adriatique, comme en position de repli devant l'invasion barbare. Ils sont d'ailleurs eux-mêmes quasi barbares. Ce sont Theodoric et Alaric qui exercent le pouvoir politique. Tout l'Empire est désorganisé. La plupart des grandes villes, et Arles en est un à l'époque, perdent complètement leur structure politique Les pouvoirs civils démissionnent et la seule institution capable de faire face c'est l'Église. Césaire est un des premiers évêques des Gaules qui a assumé à la fois le pouvoir spirituel qui lui revenait, mais aussi le pouvoir temporel, ce qui n'était pas une petite affaire, à cause des difficultés de ravitaillement en blé. Tous les grands évêques de cette époque, à com­mencer par les évêques de Rome, avaient essentielle­ment une fonction de ravitaillement des populations. C'est d'ailleurs pour cela qu'on choisissait souvent des diacres comme évêques car ils étaient d'excellents administrateurs.

En même temps il y avait de grandes crises doctrinales. Depuis soixante-dix ans, l'Occident était travaillé par un courant issu de milieux monastiques, du moine irlandais Pélage qui prétendait que, pour que la grâce de Dieu soit efficace dans le cœur de l'homme, l'homme devait faire le premier pas. Déjà saint Augustin s'était battu contre cette position. Cette hérésie était mêlée d'une prédication extrêmement moralisante du salut et de la foi qui avait un certain succès en Gaule. Saint Césaire a participé à plusieurs conciles pour défendre l'exacte doctrine de la grâce, de l'amour de Dieu premier pour le salut et non pas conditionné par l'effort humain. Je crois que ce pauvre saint Césaire doit encore se retourner dans sa tombe ou dans le ciel, car ce pélagianisme n'est pas encore totalement extirpé de notre christianisme occidental. Il y a encore beaucoup de gens qui pensent que le salut dépend des efforts que l'on fait, alors qu'en ré­alité, le salut est grâce.

Et sans doute parce qu'il y avait des rivalités entre différents évêques Césaire a été plusieurs fois inquiété par les pouvoirs publics. Il a été deux fois exilé par les empereurs, peut-être parce que son rayonnement portait ombrage à Théodoric ou Alaric qui l'ont envoyé en disgrâce à Bordeaux puis à Ra­venne.

Tout cela pour vous dire que c'est cela l'his­toire de l'Église de la Provence. Césaire fait partie de ces hommes qui ont semé, et le terrain a été extrême­ment varié. Nous le voyons encore aujourd'hui, et il ne faut pas croire trop vite que nous, nous sommes de la bonne terre. Il y a de tout dans notre cœur, toutes sortes de terre. Cependant ce qui fait la grandeur de cette Église, la grandeur de ces évêques, c'est que sans relâche, sans se décourager, ils ont toujours semé, ils ont toujours donné la Parole de Dieu. Et petit à petit le grain a levé, malgré les épines qui ont poussé, les oiseaux qui sont venus picorer. Ce qui compte c'est que la Parole de Dieu soit annoncée, c'est que l'Église d'Aix et Arles continue à se réjouir de la grâce qui nous est donnée et à marcher péniblement sous le soleil quand il fait chaud mais à marcher quand même vers le Royaume de Dieu.

 

AMEN