NOUS COMPARER AUX SAINTS

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

force de fréquenter les saints, nous risquons deux maladies. La première n'est pas très grave, c'est le complexe d'infériorité, la se­conde est terrible, ca s'appelle l'indifférence. Je pré­fère donc la première solution.

En effet, le complexe d'infériorité nous amène à nous trouver bien petits devant la grandeur de leur sainteté. Hier nous fêtions saint Louis, aujourd'hui c'est saint Césaire et dans les jours qui viennent saint Augustin et saint Jean-Baptiste, eux qui ont conçu et goûté la saveur du mystère de Dieu. Qui sommes-nous pour avoir à fêter ces saints ou qui sommes-nous par rapport à ces saints ?

Il y a une chose assez curieuse, c'est que nous mesurons la distance qui nous sépare de Dieu à l'in­verse des saints. Et c'est bien pour cela qu'ils sont saints. Nous, nous mesurons à partir de nous la dis­tance qui nous sépare de Dieu, et de fait elle est im­mense incommensurable, et jamais nous ne pourrons avec nos pauvres pieds et nos pauvres personnalités, atteindre ce qu'est Dieu. Le "truc " des saints, si vous me permettez l'expression c'est qu'ils ont mesuré dans l'autre sens, c'est-à-dire en partant de Dieu. C'est beaucoup plus court dans ce sens-là que du côté de l'homme. Pourquoi cela ? Parce que leur foi les a comblés et confirmés dans le fait que Dieu était im­médiatement proche, et non pas loin. En fait, ce sont des acharnés de la proximité de Dieu.

De fait, par exemple saint Césaire d'Arles par l'acharnement qu'il mettait dans l'enseignement de la doctrine au peuple d'Arles, était convaincu du fond de son être que Dieu était proche par sa Parole, et, il ne cessait inlassablement, de la proclamer et de l'ensei­gner aux arlésiens et aux arlésiennes. Voyez-vous, finalement, nous nous trompons de sens. Nous, nous sommes en bas, et nous regardons vers le haut et nous disons : "Mon Dieu qu'Il est haut !" alors que les saints eux, disent : "Mon Dieu, qu'Il est proche !". Alors avec saint Césaire, aujourd'hui, opérons ce petit renversement, du moins essayons de faire ce petit renversement qui est de mesurer non plus avec nos propres yeux d'hommes, mais avec les yeux de Dieu, c'est-à-dire ces yeux qui sont tout proches de notre cœur et qui sont là, à notre porte, nous disant : "Ou­vre-moi !"

Ceci dit, cette proximité de Dieu, ce qui fait la sainteté de ceux que nous fêtons, donne à ces hommes et à ces femmes une extraordinaire liberté par rapport à eux-mêmes. Souvent l'intelligence et même l'hu­mour ont traversé leur vie et je tiens pour exemple ce petit sermon de saint Césaire, adressé à des arlésien­nes, à des femmes comme vous, en leur demandant d'ailleurs de rester debout pendant la prédication, ce que je ne vous ai pas demandé, car vous êtes tous assis et assises. Cet humour et cette liberté nous don­nent à penser que Dieu est si proche qu'effectivement nous ne pouvons qu'être libres avec Lui.

"Il y a quelques jours, j'ai invité celles qui ont mal aux pieds ou qui souffrent de quelque infirmité, à s'asseoir modestement et si possible en silence, durant les lectures d'une certaine longueur. Maintenant, je constate que certaines qui se portent bien se sont mises à en faire autant. Nous en arrivons à ceci : on lit la Parole de Dieu, elles adoptent l'attitude de cel­les qui vont au lit, étendues mais bien peu silencieu­ses, on lit la Parole, mais elles se racontent des po­tins, elles n'écoutent pas et, bien entendu, elles empê­chent les autres d'entendre. Mes filles, je vous en sup­plie, ne vous étendez pas, à moins d'une grande fai­blesse, essayez de vous tenir s'il le faut, assises et en silence, dans une écoute attentive de la Parole. Et comme tout le monde n'est pas venu aux Vigiles, je vous prie, mes filles, de bien vouloir dire cela aux absents".

 

AMEN