L'ÉGLISE D'ARLES ET SON ÉVÊQUE

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

S

 

aint Césaire, une des figures les plus presti­gieuses des évêques auxquels a été confiée l'Église d'Arles au début du sixième siècle, était un "estranger" comme on dit ici. Il était Bur­gonde et c'est auprès de l'évêque de Châlons qu'il avait connu les premiers rudiments de la vie monasti­que et cléricale, avant d'être envoyé à l'abbaye de Lérins. C'est de là, à cause des très fréquents contacts qui unissaient Lérins et les principales villes de la région, notamment Marseille et Arles, que Césaire est devenu évêque de cette ville pendant une trentaine d'années.

En recevant la charge de l'épiscopat il a dû éprouver le désarroi qui traversait toute l'Europe de­vant l'invasion barbare, qui n'était pas tellement le fait de l'insertion d'étrangers venus de l'Est que le fait de sentir progressivement toute la société de l'époque perdre sa cohérence, sa consistance sociale, politique, souvent même parfois dans des proportions assez dramatiques au point de vue économique. Les villes de la région ont subi plusieurs mises à sac et c'est sans doute dans une ville d'Arles qui n'avait pas très belle allure que saint Césaire a dû exercer son ministère épiscopal.

Ce qui est très beau, c'est que précisément, au milieu même de ce déclin, de ce temps où l'on sentait de toutes parts comme une sorte de noyade, saint Césaire ait réagi avec la plus extrême rigueur dans son sens de la vie monastique et de la vie ecclésiale. Il a su vivre cette parole de l'évangile que nous avons entendue : la parabole du semeur. Il a perçu, dans la foi et dans la fermeté de son ministère, que s'il fallait que cette société, ce pays traversent les crises très profondes qui le secouaient à l'époque, il convenait de s'en tenir avec toute la rigueur nécessaire aux paroles du Seigneur et de savoir que le grain devait être jeté en terre, pour grandir et porter du fruit. Et ce grain ce fut précisément ce souci d'implanter des communau­tés monastiques autour de lui, et de favoriser l'essor du monachisme dans toute la région.

Nous avons de saint Césaire deux règles de vie monastique, l'une pour des moniales car il avait demandé à sa sœur Césarie de fonder un monastère tout près de la ville d'Arles. C'est pour elle que, pen­dant de longues années il a élaboré cette règle et l'a rodée au fil des années, ça ne lui est pas tombé comme ça tout d'un coup sous la plume mais il lui a fallu longtemps pour la mettre au point. Ensuite sem­ble-t-il, beaucoup plus rapidement il a pu rédiger celle des Frères, sans doute parce qu'il y avait déjà un cer­tain nombre de précédents fameux auxquels il pouvait se référer, notamment la règle de saint Augustin.

Mais dans tout cela, c'est dans cette espérance très ferme qu'au moment où une civilisation, une culture fait l'épreuve de sa propre mort ou de sa fragi­lité intérieure qu'elle peut redécouvrir le trésor que Dieu a jeté dans la terre à travers la Parole de Dieu, à travers la présence sacramentelle et eucharistique du Seigneur au cœur de son Église. C'est en misant pré­cisément sur ces moyens-là que Césaire a permis sans doute de donner à ce pays, à cette région, de durer d'abord dans les réalités humaines et surtout de durer dans la foi. C'est pour cela que nous devons être rem­plis d'action de grâces car nos ancêtres dans la foi ont vécu sans doute des épreuves beaucoup plus lourdes et beaucoup plus longues à porter que nous-mêmes ne pouvons en vivre et en tolérer. Nous avons toujours tendance, et c'est un peu notre péché, à porter la vie douloureusement, péniblement. Et cependant, il faut savoir que nous sommes portés par ces générations qui, très humblement, en s'en remettant totalement à la prière, à l'annonce de la Parole de Dieu, à la vie sacramentelle de l'Église, ont su que l'essentiel était là et que c'était une source de renouveau permanent pour tous ceux qui vivaient dans ce pays.

Aujourd'hui nous porterons plus spécialement dans notre prière tous les habitants de ce pays d'Arles et d'Aix, les croyants, ceux qui ont reçu dans leur cœur la Parole du Seigneur afin que leur cœur de­vienne de plus en plus une bonne terre. Nous prierons aussi pour tous ceux qui ne croient pas ou qui ne croient plus, afin qu'à travers le témoignage de l'Église dans notre région, ils découvrent la surabon­dance de l'amour de Dieu pour eux et pour le monde entier.

 

AMEN