UN ÉVÊQUE D'ARLES

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


C

'était l'époque où la Provence du point de vue spirituel était un peu "fin de race". Après un moment de culture et de civilisation romaine et de christianisation assez intense surtout sous l'influence des moines venus d'Orient, Jean Cassien étant la grande figure de ce monachisme importé en Gaule et installé à Marseille puis à Lérins, après une grande période de rayonnement, voici que vers la fin du cinquième siècle commencent à déferler les invasions des Wisigoths et d'une certaine manière c'est l'écroulement.

C'est d'abord l'écroulement humain, social de toutes les structures de l'empire romain qui subitement disparaissent, non pas qu'on ait voulu les détruire comme on le pense souvent car les Barbares étaient moins barbares qu'on ne le pense et avaient un grand désir d'assimilation, mais ils n'en étaient pas capables. Toute une civilisation disparaît parce que les princes barbares veulent prendre la place de l'administration romaine mais ne sont pas à la hauteur. Du coup, il ne reste qu'une structure sociale un peu valide et vivante : c'est l'Église. Ce n'est pas tout à fait son métier de s'occuper de ces affaires-là, mais dans ce cas-là on n'a pas le choix et comme Léon le Grand l'a fait pour Rome un certain nombre de grands évêques vont le faire dans les diverses régions de la chrétienté occidentale. Saint Césaire est l'un de ces grands évêques. Il dominera toute la Provence parce qu'il est lui-même évêque d'Arles, métropole provençale.

Ce n'est pas un tempérament très commode, c'est un bourguignon qui arrive ne Provence avec un idéal d'ascète, de vie monastique à Lérins. Des amis l'invitent à fréquenter un rhéteur dont il va recevoir toute l'éducation littéraire et grâce auquel il deviendra un très bon prédicateur et il écrira de très beaux sermons en latin. Un autre évêque d'Arles, Eone, remarqua Césaire et le nomma à Ganègues, et à la mort d'Eone, Césaire contraint et forcé accepta d'être évêque d'Arles. Ce qui est très beau, dans sa vie, c'est pourquoi nous lisons la parabole du semeur, c'est que devant l'écroulement dont je vous parlais au début, saint Césaire pensa qu'il n'y a qu'une chose à faire : c'est de semer la Parole de Dieu, c'est de semer l'évangile. Il devient un prédicateur infatigable. Il ira même prêcher dans les campagnes de la Camargue, dans les villas romaines. C'est pourquoi très souvent sa prédication revêt ce caractère un petit peu rural : des comparaisons tirées de la terre, de l'élevage, de la vie des animaux, coloration très pittoresque, très savoureuse. Saint Césaire est obligé de faire face à deux fronts.

Le premier est celui de la déliquescence de la vie des communautés chrétiennes laïques et il faut les revitaliser. Là il a une prédication extrêmement vigoureuse, inspirée des grands thèmes de saint Augustin. Le deuxième front est beaucoup plus dangereux qui vient des milieux monastiques eux-mêmes, ce qu'on a appelé le semi-pélagianisme provençal. Devant la décadence de la société, des moines pensent que c'est l'homme lui-même qui doit être la condition du salut que Dieu accorde. C'est une pseudo-théologie assez fausse dans laquelle l'homme est celui qui pose les conditions de l'action de Dieu dans l'homme. Là saint Césaire devra manifester que le salut est pure gratuité, pur don de Dieu. A la fois il a donné sa vie sans compter, il a fait tout ce qui est en son pouvoir et cependant il a toujours gardé cette lucidité sur le peu de choses que nous sommes et sur l'absolu de l'action de Dieu pour sauver l'homme.

Au cours de cette eucharistie, demandons au Seigneur que par l'intercession de saint Césaire, dans une époque qui, par certains côtés ressemble à celle dans laquelle a vécu saint Césaire, même si notre barbarie à nous est encore plus inhumaine que celle du sixième siècle, qu'au cœur de cette barbarie culturelle dans laquelle nous vivons aujourd'hui nous puissions, très simplement, être les témoins de cette Parole de Dieu qui est semée discrètement au cœur des hommes, au cœur du monde, de la façon la plus inattendue. Et que nous ayons la grâce d'en être les témoins, les éveilleurs attentifs de cette action de Dieu.

 

AMEN