CÉSAIRE : MOINE, EVÊQUE ET PASTEUR

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

 

rères et sœurs, saint Césaire est sans doute celui qui a façonné de la façon la plus durable et la plus profonde, la vie chrétienne et la vie de la foi en Provence. Lorsque nous énumérons les gloires de la sainteté provençale, nous pensons tout de suite aux Saintes Maries de la mer. Cela nous fait très plaisir de savoir que tout l'évangile est venu chez nous, mais je crains quand même qu'il n'y ait là que quelque exagération qui n'est pas tout à fait de l'ordre de l'histoire.

En revanche, saint Césaire, est vraiment une figure tout à fait importante et décisive dans l'histoire du christianisme provençal. C'est un Burgonde, un Bourguignon dirions-nous aujourd'hui, mais à cette époque, il ne faut pas lire l'Europe comme des nations, mais ce sont plutôt des tranches de populations qui se sont installées. Les Burgondes s'étaient installés depuis la région de Champagne, Dijon, Bourgogne, et dans la vallée du Rhône, si bien que pour saint Césaire, lorsqu'il est jeune et qu'il éprouve la vocation monastique, son idée est d'aller dans le monastère le plus réputé de cette bande régionale qui va de la Champagne à la Provence, c'est-à-dire d'entrer à Lérins. Là, un peu comme saint Augustin qui veut au moment de sa conversion, devenir moine et s'en va avec quelques amis au bord du lac Majeur en Italie du Nord, Césaire commence un itinéraire qui ressemble étonnement à celui de son maître, qui a vécu deux ou trois générations avant lui.

A Lérins, malheureusement, est-ce parce que Césaire est un tempérament un peu angoissé, ou un peu scrupuleux, son souci de la perfection monastique (je crois qu'à Lérins, c'était assez sévère comme règle), son souci perfectionniste lui fait réaliser de telles pénitences, de tels jeûnes, qu'il se détraque complètement la santé. Ce n'est pas très prudent dans la vie monastique de se détraquer la santé par l'ascèse, ce n'est pas du tout recommandé, mais Césaire est tombé dans le panneau. Les moines embarrassés de ce pauvre homme, c'est toujours comme ça, les gens qui ont l'air complètement malades sont toujours ceux qui vivent le plus longtemps et c'est le cas de saint Césaire, les moines l'envoient à Arles pour se refaire une santé. Là, il le savait sans doute, il s'est trouvé qu'un de ses parents lointains, Éone, était évêque d'Arles. Il a trouvé que ce jeune moine très vertueux et passionné par la vie monastique serait peut-être bien à sa place comme successeur. En ce temps-là, on ne demandait pas la permission à Rome pour nommer son successeur, on se le trouvait tout seul. C'est ce que fait Éone, il décide d'ordonner prêtre Césaire, et peu après, lorsque Éone meurt, il a si bien préparé le terrain que c'est Césaire qui prend sa place comme évêque d'Arles.

Il aura un long épiscopat, quarante ans. Aujourd'hui, on ne voit plus tellement cela, quoique Aix soit un peu la spécialité des longs épiscopats puisque Monseigneur de Provenchères a été évêque pendant trente-trois ans. Cela fait partie de ces épiscopats "longue durée" qui peuvent être parfois calamiteux, mais qui peuvent aussi être extrêmement bénéfiques, cela a été le cas de saint Césaire. Pratiquement de 503 à 543, Césaire est évêque d'Arles. Ce n'est pas vraiment un cadeau parce que Arles, comme toute la région, est dévastée par ce qu'on appelait les invasions barbares. C'est pourquoi Césaire hérite d'une ville d'Arles qui est en train de tomber dans la décapilotade, c'est un peu cette représentation d'Arles où les gens se construisent des baraquements dans les monuments anciens, comme l'amphithéâtre pour leur servir de forteresses et de remparts contre les envahisseurs. D'autre part, la campagne est très dispersée car la Camargue à l'époque était sans doute plus peuplée que maintenant, c'était de moins grands domaines, et par conséquent, Césaire va devoir comme saint Augustin d'ailleurs, et c'est un autre point commun, avoir une vie itinérante comme évêque, allant de villa en villa, de groupe de fermes en groupe de fermes, pour célébrer la messe, célébrer l'office, rencontrer les membres de sa communauté, et créer ainsi un lien. A l'époque, il faut le savoir, il n'y avait pas encore les paroisses. Un évêque, quand il était en charge de la ville d'Arles, recevait aussi tout le pays des alentours, et devenait ainsi évêque itinérant. Césaire a fait le tour de tous ces petits points d'humanité un peu dispersés dans toute la plaine de la Camargue et de la Crau, pour exercer son ministère.

Cela lui a été très bénéfique parce qu'il a repris la catéchèse à zéro. Il a fait un peu comme saint Augustin, sans en avoir le génie, une catéchèse de base pour essayer de redonner à cette population très faiblement christianisée, une certaine vitalité à la fois de compréhension du christianisme, donc il se sert largement des ouvrages de saint Augustin, et puis pour donner aussi une certaine orientation pratique de comportement de ces nouvelles générations chrétiennes. De ce point de vue-là, il est un peu comparable à saint Martin, c'est encore une lutte assez féroce et tenace contre l'idolâtrie.

Une autre caractéristique de saint Césaire, comme il n'avait pas perdu son idéal de vie monastique, même s'il ne pouvait plus le vivre dans l'endroit où il se trouvait, et à cause du poste qu'il occupait, il en avait gardé la nostalgie. C'est là que sa sœur, Césarie a manifesté le désir de vie monastique. Saint Césaire a sans doute été celui qui a adapté au féminin la règle que saint Augustin avait écrite pur ses frères moines dans son monastère d'Hippone. La première règle connue de la vie monastique féminine, comme règle, comme texte (il y a sans doute eu des couvents avant, puisque saint Ambroise avait sa sœur qui était directrice d'un monastère à Milan), ce n'est pas d'une imagination folle, il passe au féminin ce qui était écrit au masculin dans la règle de saint Augustin, mais il a réussi à adapter quelque chose qui a été très valable et a tenu un certain nombre d'années. Il a même inventé une spécialité pour les moniales que je ne trouve pas toujours très heureuse quand elle devient trop stricte, on pense que c'est lui l'inventeur de la clôture. Ce n'était pas pour les raisons d'aujourd'hui, ce n'étaient pas encore les grandes mystiques du jardin bien clos du Cantique des Cantiques, mais c'est parce que les invasions barbares avaient de temps en temps des conséquences sur la vie des couvents, parce que les chefs de hordes pas très dégrossis considéraient que ces petites colonies de jeunes filles étaient bien sympathiques. Il fallait donc les défendre, et Césaire a instauré un système strict de clôture, c'était un mur infranchissable, c'était une petite place spirituelle fortifiée. Cela a été assez prospère et le monastère de sainte Rusticule a été une pépinière de sainteté et de vocations monastiques féminines qui a duré assez longtemps.

Ce qu'on peut retenir de saint Césaire, c'est cette ardeur à la fois de l'apôtre qui annonce à ceux qui ne sont pas encore tout à fait en éveil vis-à-vis de la foi, les données essentielles de la vie chrétienne et les données du salut, donc une vraie vie de pasteur, et d'autre part, un véritable souci de sainteté. On prépare des gens à vivre le baptême, il faut leur proposer de la perfection chrétienne, et c'est ce qu'il a pensé réaliser de la façon la plus adéquate dans la communauté monastique dirigée par sa sœur.

Demandons aujourd'hui à saint Césaire que la grâce qu'il a valu à ce diocèse puisse continuer sous des formes diverses, plus adaptées au contexte moderne et qui soient profitables à la fois pour l'humanité d'aujourd'hui et pour chacune de nos communautés chrétiennes.

 

AMEN