PAUVRETÉ ET SAGESSE

1 R 3, 11-14 ; Mt 5, 38-48
St Louis - (25 août 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Image de dévotion - Gravure du XIXème siècle

F

rères et sœurs, j'aurais voulu éclairer un aspect de la vie de saint Louis ce matin qui n'est pas nécessairement connu, ce sont les rapports particuliers que saint Louis et sa famille ont entretenus avec les franciscains. Saint François et les débuts de l'ordre franciscain, notamment à travers la figure de saint Bonaventure premier maître de l'ordre franciscain et saint Louis, sont contemporains. On sait que Blanche de Castille, la mère de saint Louis avait déjà une dévotion particulière pour la figure de saint François, on sait aussi que la fille de saint Louis avait comme confesseur un franciscain, Guillaume de saint-Pathus, qui lui-même a écrit une biographie de saint Louis. On sait aussi que les franciscains ont envoyé à la famille de saint Louis, à la mort de saint François le coussin sur lequel saint François avait reposé, et on sait aussi que saint Louis a entendu une bonne vingtaine de fois, saint Bonaventure prêcher à Paris. Il avait également des liens particuliers avec des théologiens franciscains de la Faculté de théologie de Paris.

Ce que je viens de dire, ce n'est pas anecdotique car la question qui se pose, c'est d'essayer de comprendre comment un homme qui a la responsabilité du pouvoir peut être imprégné par l'air du temps et plus particulièrement par l'esprit des ordres mendiants qui viennent de naître et qui opèrent une révolution profonde dans la mentalité religieuse de l'Europe de ce moment. On commence à être très loin de la religion habituelle telle qu'elle a été développée par les ordres bénédictins ou cisterciens. C'est là que nous pourrons tirer des bénéfices pour notre propre vie aujourd'hui en 2011.

Je disais donc tout à l'heure que le confesseur de la famille avait écrit une biographie de saint Louis et il a cherché à mettre en parallèle très régulièrement le comportement d'une part de saint François, et en même temps le comportement de saint Louis. Il nous dit que tous les deux avaient une haute idée de leur charge publique. Saint François dit : "Je veux vivre auprès de Dieu comme si je me trouvais sous le regard des hommes". Or, souvent, c'est plutôt l'inverse, on a plutôt l'impression de vivre au milieu des hommes et de faire un peu attention quand on est quand même sous le regard de Dieu. "Si les gens me considèrent comme un saint, et si moi, je ne menais pas la vie qui convient à un saint, je serais un hypocrite". De fait, que ce soit saint François ou saint Louis, ils n'ont eu de cesse de faire en sorte que ce que les gens pensaient d'eux soit la réalité. C'est un premier point.

Un deuxième point se situe à la fin de leur vie. Saint François au moment de mourir a demandé que son corps soit couché nu sur la terre et les bras en croix. Saint Louis, lui a demandé à reposer sur un lit de cendres, les bras en croix. Là, c'est toute l'humilité à la fois du saint qui est déjà largement reconnue, qui a énormément de disciples, dont la réussite en termes de communauté religieuse aurait pu lui tourner la tête, non, saint François reste humble et conscient de sa condition humaine. Saint Louis de la même manière ne se laisse pas emporter par l'orgueil, mais à la fin de sa vie, il sait que l'homme est fait de terre et de poussière et la chose la plus importante qu'il sait, c'est qu'il devra rendre des comptes auprès de son Créateur.

Il y a un autre épisode très célèbre, dans lequel saint François a entendu cette voix qui lui disait de reconstruire son Église. Il a pensé que c'était une église avec un petit "e", il s'est attelé à la reconstruction de la petite chapelle de Saint Damien, comprenant par la suite qu'en fait ce dont il s'agissait c'était l'Église avec un grand "E". Le biographe de saint Louis nous rappelle que dans sa jeunesse, il avait participé en charriant lui-même des tonnes de pierres en vue de la reconstruction de certains bâtiments en lien avec l'ordre de Cîteaux. C'est une belle image d'une personnalité politique dont la charge n'est pas de venir se nourrir sur le mouton, mais cette charge est un service, et le roi a pour fonction d'élaborer le Royaume de Dieu et l'Église qui est sur terre.

Je finirai sur une dernière anecdote très belle. Saint François était un homme extrêmement simple, qui avait une dévotion particulière pour Dame Pauvreté, c'est la raison pour laquelle saint François aimait s'asseoir par terre pour manger. Il nous a été rapporté par son biographe que saint Louis aimait s'asseoir simplement par terre, sans tapis. C'est une anecdote très belle qui nous rappelle qu'être saint, ce n'est jamais loin d'être sain, c'est-à-dire cette santé mentale et spirituelle qui nous rappelle ce que nous sommes en toute humilité, ni trop, ni trop peu. Saint François avait fait cette découverte à travers Dame Pauvreté de cette juste place qui était la sienne, de cette révolutionnaire qui n'a pas quitté l'Église contrairement à d'autres, et de saint Louis qui lui, a peut-être fait moins appel à Dame Pauvreté en tant que telle, mais qui a fait appel, comme la première lecture le disait, à la Sagesse.

Frères et sœurs, nous pensons parfois qu'il y a un abîme profond qui se creuse entre les saints et nous-mêmes, nous pensons que quelquefois pour les imiter, il faut les suivre dans leur originalité. Ce qui est très intéressant dans ce parallèle, c'est de constater que saint Louis n'a pas eu besoin de quitter sa charge royale pour être un enfant de Dieu, il est quelqu'un qui a suivi saint François selon le modèle franciscain en l'adaptant à sa charge laïque. C'est la vraie révolution du treizième siècle, le fait qu'à partir de ce moment-là, suivre le Christ ne nécessite plus obligatoirement de rentrer dans les Ordres, c'est la révolution instituée par les ordres mendiants dont le roi saint Louis a été un éminent représentant. C'est sur ce chemin que nous sommes conviés maintenant.

 

AMEN