LA DJIHAD DE SAINT LOUIS

1 R 3, 11-14 ; Mt 5, 38-48
St Louis - (25 août 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, je crois que le zèle a ceci de dangereux qu'il consiste généralement à imposer ses propres idées aux autres. Nous voulons très souvent faire le bonheur des autres malgré eux, et je crois que saint Louis est une personnalité politique qui a justement découvert le danger de la conversion forcée, et l'échec même de la croisade, non seulement l'échec politique et géopolitique, historique, mais aussi l'échec dans le cœur des hommes. Je vous rappelle qu'il est mort au large de Tunis en espérant convertir le roi de cette ville.

J'aurais voulu appliquer à l'itinéraire de saint Louis un mot d'origine arabe que vous connaissez tous puisqu'il est tellement galvaudé aujourd'hui, c'est le mot "djihad". Généralement, quand on entend parler de la djihad, c'est la guerre sainte, ce sont des gens qui mettent des explosifs autour de leur ceinture, et qui tuent des innocents. Mais on oublie que ce concept de djihad au départ, est un concept très noble et beau, puisqu'il consiste tout d'abord à se faire la guerre contre soi-même. Le fondement de la djihad, c'est la capacité d'abord de se convertir, et non pas de convertir les autres de force. Je crois que l'expérience des croisades chez les chrétiens, les occidentaux, chez les "francs" comme on les appelait, qui partaient en croisade à Jérusalem, l'expérience de ces chrétiens est très proche de cette notion musulmane.

Effectivement, saint Louis est au départ, un homme qui a décidé d'abord de vouloir apporter le christianisme. Il a voulu partir en croisade pour changer Jérusalem et a reprendre aux musulmans, pour les convertir, afin de les acquérir à la cause chrétienne. Mais cela a été la Bérézina ! Il faut dire que tout le monde attendait saint Louis comme un sauveur, et son arrivée a été une catastrophe. Il a été fait prisonnier en 1250, et il est resté pendant quatre ans en Palestine, sans jamais pouvoir rentrer dans la ville sainte, sans jamais pouvoir rentrer dans Jérusalem et voir la ville de ses propres yeux.

En rentrant de Palestine dans son pays, c'est là que saint Louis a compris que la véritable croisade était pas d'abord une croisade armée contre les autres, mais d'abord une véritable conversion de son cœur. C'est pour cela que saint Louis est d'abord le modèle du père de famille par excellence, non seulement avec sa femme, mais aussi tous ses enfants, mais aussi parce qu'il a essayé de convertir son royaume, non pas dans cet esprit galvaudé d'une croisade, en convertissant son peuple de force, mais bien au contraire, en essayant d'y appliquer une justice et une vraie charité. On connaît tous ces fameuses justices de saint Louis, rendues sous son chêne, on oublie trop qu'il a été aussi un des premiers à donner les fondements d'un premier type de parlement où les personnes pouvaient véritablement discuter de l'avenir politique d'un pays.

Saint Louis est mort devant Tunis, en prononçant ces deux derniers mots : Jérusalem, Jérusalem. Cette ville qu'il n'a jamais vu de ses propres yeux, ces églises dans lesquelles il n'a jamais pu rentrer pour pouvoir y prier, ce tombeau du Christ qu'il n'a jamais pu toucher, et pourtant, je crois qu'en prononçant ce mot de Jérusalem, au moment de sa mort, on peut dire que saint Louis avait réussi à faire naître quelque chose du royaume de Dieu sur terre. Il avait peut-être compris que Jérusalem n'est peut-être pas une ville située géographiquement dans un pays, comme on le pense trop souvent, comme certains extrémistes palestiniens, et israéliens aussi d'ailleurs, mais que la véritable Jérusalem est d'abord une Jérusalem céleste, et qu'elle est dans notre propre cœur et que nous contribuons à la construction de cette Jérusalem à chaque fois que, comme saint Louis, nous essayons d'ériger un monde de charité et de justice.

 

AMEN