SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE
1 R 3, 11-14 ; Mt 5, 38-48
St Louis - (25 août 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Vertus : Saint Louis
|
P |
ourquoi célébrons-nous saint Louis aujourd'hui ? Sans doute parce que c'était un excellent homme, un homme qui a manifesté d'abord dans sa vie privée, beaucoup de délicatesse, beaucoup de vertu et beaucoup de patience. Et de la patience, il devait en avoir car il avait une mère qu'il tenait en révérence, Blanche de Castille, mais qui était horriblement reine-mère et qui n'a jamais cessé de regarder tant dans les affaires royales que dans les affaires privées du jeune roi. On dit même qu'à certains moments, la cour était obligée de s'interposer entre elle et le jeune couple pour que les jeunes mariés aient un peu la paix. Il avait aussi beaucoup de patience et de vertu car il a supporté son chroniqueur, Joinville, qui a une très grande réputation littéraire mais qui cache un peu ce côté grognon et bougon, avec toutes les réflexions dont il accablait sans cesse le roi et qu'il n'a pas transmises à la postérité.
Saint Louis était un homme très bon, qui a sans cesse eu le désir de quitter la charge royale pour partir chez les Dominicains ou les Franciscains, on ne sait pas trop. En tout cas, il avait beaucoup d'admiration et beaucoup de bienveillance pour les deux ordres qui en étaient à leurs premiers pas. Sans doute que toute la prière toute la vie spirituelle de ce roi a été marquée par les grands génies religieux de cette époque et que, d'une certaine manière, tout en étant un merveilleux et bon père de famille, (il a eu onze enfants, s'il vous plaît), tout en étant un roi d'une très grande justice et d'une très grande bonté, il aurait désiré être davantage au Seigneur et pouvoir Le suivre, à l'exemple de saint François ou de saint Dominique.
Mais je crois que si saint Louis, aujourd'hui, peut nous dire quelque chose c'est à cause d'un trait qui lui est tout à fait particulier, qui, j'allais dire n'est pas très français, et dont pourtant nous aurions grand besoin. Saint Louis est un roi de justice, Il avait profondément le sens de la justice, non pas de cette justice un peu revendicative, grincheuse, révolutionnaire, qui réclame toujours plus, un peu plus que le voisin, mais de cette justice profonde qui consiste à savoir que la fonction qui lui était donnée, il la tenait de la part de Dieu et que, par conséquent, la véritable justice c'était le souci et le respect de laisser grandir chacun dans son droit et dans ses devoirs. L'image d'Epinal de saint Louis qui rend la justice sous le chêne de Vincennes a eu de grands échos dans la tradition de l'histoire de France. Tous, quand nous étions enfants, avons vu cela. Mais je trouve que c'est riche d'un très grand enseignement.
Saint Louis n'a pas vécu dans une époque où l'on parlait de réformer les structures ou la société. D'une certaine manière, du point de vue de la royauté française, ce centre du treizième siècle, l'essentiel était de défendre et de garder précieusement les avantages acquis. Saint Louis n'a pas illustré sa sainteté en essayant de faire une sorte de royaume de Dieu sur la terre. Ce n'était pas du tout sa préoccupation, il a essayé d'être un roi, et en étant un roi selon la tradition de ses pères, d'être un saint. Mais précisément, ce qui est grand, c'est qu'il n'a pas mélangé les deux choses indûment, il n'a pas révolutionné son royaume. Il n'a pas changé les structures, il n'a pas modifié la société. Il a été un excellent roi parce qu'il a pensé que sa sainteté c'était d'abord d'être un roi juste, et un véritable roi aux yeux de Dieu et au cœur de son peuple. C'est précisément cela la grandeur de saint Louis. Et cette justice n'était pas cette justice un peu perverse, qu'on appuie d'ailleurs faussement sur la page d'évangile qu'on vient de lire, qui consiste à aimer plus ses ennemis que ses amis. Quand il a fallu remettre en place les barons un peu tumultueux et turbulents, saint Louis l'a fait, et l'a fait vertement. Quand il fallait défendre, parce qu'à cette époque-là c'était très important, le tombeau du Christ en face des infidèles, Saint Louis n'a jamais reculé devant le fait de prendre l'épée. Il a toujours su qu'une véritable dignité de la foi s'acquerrait au prix d'un véritable courage et d'une véritable vaillance.
Par conséquent, je crois que ce qui est grand chez cet homme, c'est d'avoir compris que c'était en faisant son métier de roi de France, modestement, avec humilité mais avec beaucoup de courage, beaucoup de force et beaucoup de sérénité, sans vouloir mélanger les deux ordres, le royaume de la terre et le royaume des cieux, que c'était précisément en préservant chaque chose et en refusant de les mélanger dans cette confusion qui, peut-être à notre époque, est plus dangereuse que jamais, que c'était précisément en refusant cette confusion des deux ordres de choses qu'il accomplissait véritablement sa sainteté.
La justice c'est ultimement cela : c'est savoir ce qui relève de César et de le rendre à César, et savoir ce qui relève de Dieu et de le rendre à Dieu. Bien entendu, les relations sont toujours très subtiles, très délicates. Si nous avons lu tout à l'heure le passage concernant la prière de Salomon qui demandait la Sagesse et que Dieu lui a accordée, je crois que ce passage s'applique fort bien à saint Louis car cette justice n'aurait pas eu toute sa force et tout le resplendissement de la sainteté si Dieu ne lui avait donné cette sagesse extraordinaire.
Au cours de cette eucharistie, prions à la fois pour nous-mêmes, pour que nous sachions que la véritable sainteté dans la vie civique c'est quelque chose qui existe, c'est quelque chose d'important et de réel, et que ce n'est pas toujours en criant et en faisant du tapage que l'on présente des revendications de justice et de sainteté, mais que c'est aussi en vivant très modestement et très bien son devoir d'état. Prions aussi pour ce pays, pour ses gouvernants afin que ne se mêlent pas trop des confusions entre je ne sais quel royaume utopique, qu'il soit royaume de Dieu ou royaume de la justice parfaite, et d'autre part la réalité de la justice dans une société telle qu'elle va, avec ses à-coups, ses imperfections, ses infidélités et ses très grandes limites que nous éprouvons tous les jours.
AMEN