SAINT LOUIS, ROI ET FILS DE DIEU

1 R 3, 11-14 ; Mt 5, 38-48
St Louis - (25 août 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Anvers : Saint Louis

E

 

t si nous en profitions pour parler politique, puisque nous fêtons saint Louis. On ne s'est pas gêné pour le récupérer au profit d'un certain nombre de visions de la France chrétienne, de l'état chrétien. Or en réalité, je crois que ce qui est beau dans l'attitude de saint Louis, comme dans l'attitude de tous les grands monarques du Moyen-âge, béatifiés ou canonisés, peut-être précisément parce que tout le monde était chrétien à cette époque, ce qui est remarquable c'est qu'ils avaient un sens très aigu de la séparation des ordres. Quand on était roi, on était roi. Si on voulait être saint, on pouvait l'être. Mais on ne mêlait pas les deux choses. Un jour saint Louis a eu cette répartie qui peut nous paraître un peu choquante. Il parlait avec des clercs et disait que les laïcs ne devaient jamais se préoccuper de théologie avec ceux qui ne croyaient pas ou contredisaient la loi de Dieu. Il a même ajouté cette phrase : quand un laïc se trouve en présence de quelqu'un qui maudit la loi de Dieu, il doit simplement lui enfoncer son épée dans le ventre aussi profond qu'il le peut. C'était le seul pouvoir qu'il se reconnaissait, pas de discuter du point de vue théologique. Je ne sais pas si l'anecdote est vraie, mais elle révèle très exactement ce que devait être la mentalité de saint Louis.

Il était roi et il avait la responsabilité de son royaume et il a essayé de gérer ce royaume comme un bon roi. Il se trouve qu'il était aussi fils de Dieu, enfant de Dieu par son baptême et qu'il a voulu vivre comme un saint. Mais les deux choses avaient chacune leur ordre et sa préoccupation n'était pas d'abord de faire un certain royaume chrétien dont l'idée ne passait pas dans l'esprit des gens du Moyen-âge. Il y avait le sacerdoce, il y avait la noblesse, il y avait le peuple, mais il n'y avait pas cette espèce d'interférence entre les deux.

Je crois que ce que saint Louis peut nous apprendre et que nous demanderons par son intercession, c'est ce sens de la vérité des ordres. Il y a dans notre vie, dans notre existence plusieurs ordres, plusieurs as niveaux de profondeur. Il y a le plus essentiel et le plus profond qui est notre vocation à la sainteté. Et là saint Louis peut nous aider. C'est pour cela qu'il est canonisé. C'est parce qu'il nous montre comment on peut devenir un saint. Et Dieu sait avec quelle humilité, avec quelle simplicité de cœur il l'a fait sans arrêt. Mais il y a d'autres ordres dans notre existence, celui de notre vie sociale, de notre vie civique. Et je crois que c'est une espèce d'hygiène mentale pour nous aujourd'hui que de ne pas vouloir faire trop interférer ces deux ordres, l'un sur l'autre, sinon cela ne peut engendrer que du désordre, au moins au niveau mental.

C'est donc à cause de ce sens profond de la vérité que saint Louis était roi d'un royaume terrestre et il le gérait comme un royaume de la terre, avec tout ce que lui avait donné Dieu de qualités et de grâce mais il n'essayait pas d'implanter le royaume de Dieu sur la terre. Il n'y a jamais eu cela dans l'idéal médiéval des princes. Et, parce qu'il se savait par ailleurs enfant de Dieu, il a essayé par toute sa vie, de devenir de plus en plus un enfant de Dieu et un membre du royaume des cieux. Nous sommes dans une société qui, pour le coup, a terriblement accentué la rupture entre le royaume de Dieu et les royaumes de la terre. Sachons simplement demander au Seigneur de nous garder au plus profond de notre cœur d'abord, comme des enfants de son royaume. Et je crois que plus nous tiendrons au Royaume des cieux, mieux nous saurons nous comporter dans les royaumes de ce monde.

 

AMEN