LA SAGESSE DU BON ROI LOUIS

1 R 3, 11-14 ; Mt 5, 38-48
St Louis - (25 août 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

F

 

rères et soeurs, nous célébrons donc en ce jour la fête de saint Louis, roi de France, qui a vécu en plein treizième siècle. Saint Louis est un personnage très contrasté, il a fait l'objet de différents travaux, entre la gauche qui essaie absolument de contrer la sainteté de ce roi et à l'extrême, ceux qui essayaient d'expliquer que saint Louis était un roi parfait, qui n'avait jamais péché.

Bien sûr, vous l'aurez compris, la vérité est plus contrastée. Il reste vrai que du côté de l'ombre, saint Louis a quelques petites choses à se reprocher, qui nous dérangent énormément, nous chrétiens de ce vingt-et-unième siècle à la suite de la seconde guerre mondiale. Saint Louis est quand même le roi qui a marqué les juifs avec l'écrouelle de couleur jaune. Pour nous, cela évoque beaucoup de choses, mais il ne faut jamais confondre cet antijudaïsme latent qui a existé pendant des siècles dans la société chrétienne avec l'antisémitisme qui a frappé à mort la communauté juive pendant la seconde guerre mondiale. Ce n'est pas vraiment la même chose.

Saint Louis est aussi un homme du passé, car alors que la plupart de ses contemporains se détournent de la croisade (effet de mode passé), lui, saint Louis, veut y retourner ce qui va lui valoir quelques mots avec Joinville qui va lui expliquer qu'à la place d'essayer de reprendre le tombeau du Christ, il vaudrait mieux réformer le royaume de France. Saint Louis va aller en croisade, mais il faudra qu'il revienne dans son royaume pour comprendre la mesure de ce que disait Joinville, à savoir que la meilleure croisade que nous avons à entreprendre ce n'est pas contre les autres, mais c'est contre soi-même. Savoir d'abord se réformer soi-même avant de vouloir réformer les autres.

Mais je voudrais en venir aux côtés plus lumineux de saint Louis. Il a été extrêmement bien préparé à sa mission de roi à travers les deux grandes vertus qui étaient enseignées aux jeunes avant d'accéder à la royauté : la vertu de justice et la vertu de paix. Dans notre imaginaire, nous avons gardé ce fameux chêne sous lequel saint Louis venait rendre la justice, ce qui est tout à fait exact. D'une manière plus historique, il faut rappeler que saint Louis était un homme qui considérait que son peuple qui était humilié par certains barons, devait avoir la possibilité de venir se plaindre à lui. Dans les faits, il est vrai que touts les gens de la France ne pouvaient pas venir rencontrer saint Louis au pied de son chêne et lui exposer tous leurs griefs, et c'est la raison pour laquelle saint Louis a créé le "Parlement". Il fallait prendre contact avec le Parlement en vue d'exposer tous les cas d'injustice par rapport à tel ou tel noble ou tel baron. La Parlement était donc comme la justice de saint Louis.

Dans les vertus, la justice, mais aussi la paix. Malgré ce que je disais tout à l'heure par rapport aux croisades, saint Louis est quelqu'un qui n'a eu de cesse d'essayer d'aplanir les problèmes avec les rois qui l'environnaient, et qui a véritablement recherché la paix. Pour lui, la guerre était la pire des choses, c'était le péché le plus énorme qu'un homme pouvait commettre.

Il y a un autre point qui nous permet de mieux comprendre la sainteté de saint Louis, mais aussi notre propre sainteté. Saint Louis a écrit un testament qui est magnifique, dans lequel je soulignerai un passage qui me paraît très intéressant. Il s'adresse à son fils Philippe le Hardi, qui va monter sur son trône après sa mort, et il lui dit ceci : "Confesse-toi souvent, et choisis des confesseurs prudhommes qui te sachent enseigner ce que doit faire et de quoi tu dois te garder. Si tu as quelqu'afficlition de cœur, dis-la aussitôt à ton confesseur ou à quelque prudhomme, ainsi tu la porteras plus légèrement. Garde que tu aies en ta compagnie tout prudhomme, soit religieux, soit séculier. Aie souvent parlement avec eux et fuis la compagnie des méchants".

Vous l'aurez remarqué, le mot que l'on retrouve dans ce passage c'est "prudhomme". Cela n'a rien à voir avec ce qu'on appelle les prud'hommes aujourd'hui, mais le prudhomme c'est la personne sage. On découvre là que le roi n'est pas celui qui exerce par sa propre sagesse, sa propre volonté pour remettre les choses à leur place. En fait, le roi qui doit être sage ne peut véritablement exercer sa sagesse que s'il est entouré de personnes sages. Il est faux de dire que l'homme qui est au pouvoir l'exerce en solitaire. Ce n'est pas vrai. Il y en a que cela arrange parce qu'ils cherchent le pouvoir pour l'exercer pour eux seul, malheureusement certains vivent le pouvoir comme coupé du reste de la population et des autres.

Ce passage du testament est très intéressant parce que, je le redis, saint Louis est quelqu'un qui considère que la royauté n'est pas sa propre possession, mais que pour l'exercer le mieux possible, il doit s'entourer de prudhommes (excusez-moi mesdames, mais à l'époque, les femmes n'étaient pas encore admises au pouvoir), le roi cherche des personnes sages. Je laisse cela à votre propre méditation : la personne la plus sage c'est celle qui est assez humble pour reconnaître ses limites et ses péchés, et qui a au moins la sagesse de s'entourer de personnes sages. Même si nous ne sommes pas toujours capables d'exercer un quelconque pouvoir, je crois que le minimum syndical de la sagesse, c'est de savoir s'entourer de bonnes personnes qui vous aideront dans votre charge.

Pour terminer, je crois qu'on en revient à l'image du roi David accompagné de Nathan, le prophète. Qu'est-ce que le roi dans l'Antiquité en Israël ? C'est celui qui exerce le pouvoir avec le prophète. Le prophète, c'est ce prudhomme qui sait dire au roi quand il fait bien, et qui sait dire au roi quand il fait mal. Rappelez-vous l'histoire de David et Bethsabée, où après avoir exposé une petite parabole au roi pur éclairer son forfait, le prophète lui dit : "Cet homme c'est toi !"

Frères et sœurs, nous n'exerçons pas une charge royale à l'égal de saint Louis ou de quelqu'autre roi dans le monde, mais n'oublions pas qu'en tant que chrétiens, nous sommes prêtres, prophètes et rois, et que lorsque nous essayons tant bien que mal d'exercer notre royauté baptismale, nous sommes invités à le faire avec sagesse et surtout à chercher des hommes et des femmes prudhommes pour nous aider à exercer cette charge.

 

AMEN