L'OBÉISSANCE DE LA FOI

Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

E

n cette fête de saint Barthélemy, je vous propose de nous arrêter sur l'obéissance, l'obéissance de la foi, cette obéissance qui est suscitée par Philippe quand il demande à Natanaël de le suivre, et de venir voir Jésus. "De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon"? L'objection de celui qui est de Cana est balayée par ce : "Viens et vois !" qui suscite dans le cœur de Natanaël, le désir de suivre Philippe. Philippe alors présente à Jésus un Natanaël qui est déjà rempli du désir d'aller plus loin avec Jésus.

L'obéissance qui est réclamée dans l'évangile est différente de l'obéissance militaire. Dans celle-ci, il y a une sorte d'accord en vue de la victoire, en vue de remporter une victoire, une obéissance qui exige quelquefois même la soumission parce qu'il ne convient pas qu'une armée parte dans toutes les directions. Une obéissance qui exige qu'on puisse même aller contre sa volonté propre, parce qu'il en va du salut de la nation, du salut de l'armée, d'une efficacité dans la nation. Il y a aussi une obéissance dans l'entreprise. Dans l'entreprise, il y a des choses qui sont réclamées à des salariés, il faut s'accorder en vue d'un bien commun, en vue de prendre des parts de marché, en vue de la réussite de l'entreprise pour laquelle on travaille. Donc, là, il est aussi exigé quelquefois des manières d'obéir sans un accord profond de la personne, car tout cela est même régi par le droit du travail et par un contrat que l'on peut rompre. Dans une secte il n'y a pas d'obéissance, puisque c'est uniquement du conditionnement. Donc, là, il y a même cet au-delà dans la caricature de l'obéissance, l'obéissance n'est pas réclamée, mais le conditionnement des personnes appartenant à la secte seul est en vigueur.

L'obéissance ecclésiale est assez différente. Bien sûr, il y a eu des caricatures dans l'histoire de l'Église et cela existe encore aujourd'hui sans doute, où on a exigé au nom de l'obéissance, où on a forcé des consciences, au nom de l'obéissance, où l'on a parlé de directeur de conscience, où l'on a soumis des personnes à des contraintes, et on justifiait cela par un discours sur l'obéissance qui cautionnait des comportements autoritaires. Je crois que l'obéissance telle qu'elle est décrite dans l'évangile, dans ce "viens et vois", qui suggère, qui propose, qui dépose dans le cœur de Natanaël, un désir, justement cette obéissance-là qui est celle de la grande tradition de l'Église, c'est peut-être interdire des choses que l'on voudrait faire, mais c'est ne pas obliger quelqu'un à faire des choses qu'il ne veut pas faire. C'est la grande différence, et cette différence est là précisément à cause du désir. Le désir de la personne doit correspondre à ce qui lui est demandé de faire, pour que cette obéissance puise aller le plus loin, il faut qu'elle éveille dans celui qui doit obéir un désir très profond. Donc, nous sommes au cœur de ce que l'Église demande : il y a ce désir qui est premier, infiniment respectable et qui est là comme un trésor, et l'obéissance qui doit non pas aller contre le désir, sauf peut-être en ce qu'il a parfois de mauvais, mais au contraire, mener plus loin le désir dans une sorte d'accord.

C'est pour cela que l'Église est fondée sur le désir des hommes. Le Christ interdit des choses dans l'évangile, mais il n'a jamais obligé tel ou tel à faire quelque chose qui irait à l'encontre de son désir. Il voulait fonder une Église, quelque chose qui est comme la traduction de l'immense désir de Dieu, et donc, il fallait que les apôtres soient appelés sur le désir. Le Christ ne pouvait pas forcer en fait, les apôtres à le suivre. Je crois cela très important pour nous. Pourquoi ? pour creuser en nous le désir le plus grand, et puis aussi pour que nous recevions les appels de l'Église comme une réponse, une suggestion, non pas une diminution de notre désir, mais au contraire, un éveil de ce désir, quelque chose dans lequel on puisse servir du mieux possible, puisque c'est quand notre désir s'accomplit que nous pouvons réellement servir l'Église de la meilleure façon.

Prions pour ceux qui ont cette tâche de gouvernement, donc pour nous-mêmes aussi, pour que nous soyons fidèles à la fois à notre désir et aux appels de l'Église.

 

 

AMEN