DISCERNER LES TRACES DU PASSAGE DE DIEU
Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous avons avec cet évangile, une sorte de condensé du premier moment de l'évangile, du premier moment de la constitution du groupe des apôtres. Dans ce "Viens et vois", il y a toute la manière de Dieu, la manière de Jésus pour appeler, sans séduire, sans capter. Il faut à la fois qu'il regroupe ses apôtres sans pour autant leur mettre la main dessus, sans emprise. Nous touchons là à la manière de Dieu qui est discrète. Il aurait pu venir de façon plus abrupte, radicale, en assénant sa vérité et son identité, et nous aurions été pris dans sa séduction, sans pouvoir en quelque sorte, non pas hésiter, mais répondre librement.
Ce n'était pas si facile pour Jésus de rassembler ses premiers apôtres sans pour autant devenir leur gourou. Il y a là une manière qui, à mon avis, est une des pointes de l'évangile. Il faut qu'il annonce son identité, ce qu'Il est, ce qu'Il est venu faire, sans nous contraindre. Il faut qu'il propose son Salut sans nous obliger. Il faut qu'Il manie à la foi le dévoilement de la vérité, qui est celle de la raison de sa venue sur terre, en nous laissant entièrement libres de le suivre ou non. C'est pourquoi Jésus dit à l'apôtre de "venir et de voir". Il lui demande de choisir de se mettre en mouvement lui-même pour que dans ce mouvement, son esprit, sans se soumettre adhère et soit épousé, soit habité et non pas dominé.
Nous préférerions psychologiquement en tout cas, et instinctivement être séduits par la figure divine, nous soumettre, nous mettre sous la coupe de cette toute-puissance. Mais Jésus procède absolument à l'opposé, Il ne veut pas nous dominer, Il veut nous épouser. C'est pourquoi, Il va sans arrêt se défaire de l'idée que les autres ont de Lui. Je ne suis pas ce thaumaturge que vous voudriez que je sois, mais je suis celui qui vient accompagner, visiter, cette humanité que vous vivez. Je vais la reprendre à la base, la parcourir avec vous jusqu'au sommet du don de la mort sur la croix.
C'est pourquoi, cette manière qu'il a d'amener Natanaël, d'ailleurs à travers des intermédiaires, puisque c'est d'abord André, ensuite, Philippe, ensuite Barthélemy, qui est ce fameux Natanaël qui est appelé : nous avons vu, viens voir toi aussi. Et il y a cette phrase finale qui est la plus incroyable, ce que j'appelle "la prévenance de Dieu", c'est : "quand je t'ai vu sous le figuier, je t'ai vu et je t'ai connu". Nous sommes précédés pas une rencontre que nous ignorons. Nous avons été visités, mais Dieu n'a pas laissé la trace de cette visite. Nous sommes déjà connus, mais, cette première rencontre, Dieu l'a gardée pour Lui. Ce n'est qu'après coup que nous saurons que nous avons été visités, connus et aimés, et que nous sommes invités. Cette prévenance de Dieu, c'est sa manière à Lui de se cacher en nous, pour nous mener à Lui. Il s'est mêlé à tous ces événements humains, toutes ces rencontres, ces arrangements qui sont des signes de Dieu. André est un signe pour Philippe, Philippe est un signe pour Natanaël. Il y a une sorte de dévoilement progressif que Dieu met en place dans nos vies, dans les événements parfois dramatiques, dans lesquels il laisse entendre son invitation, mais jamais cette invitation ne sera domination, elle ne sera jamais qu'une invitation. Pourquoi ? Parce que notre liberté humaine est la chose la plus précieuse que Dieu veut respecter en notre vie terrestre, parce que la liberté humaine c'est la condition de l'amour, c'est la condition de la réponse à l'amour de Dieu, et sans cette liberté, cet amour serait une caricature. C'est pourquoi, pour que nous restions, malgré notre finitude, partenaire de l'amour de Dieu, pour que nous puissions répondre librement sans y être contraints, même si parfois nous préférerions être bien contraints, remis sous la grande couette de l'amour de Dieu pour être sûrs de ne pas y échapper, mais cette liberté qui comporte certaines angoisses, un certain vertige, est la condition même de la rencontre entre l'homme et Dieu. A nous de déchiffrer les signes laissés dans nos vies, qui sont ces invitations douces, délicates, respectueuses, mais non moins fermes. Dieu a laissé toutes ses traces dans nos vies, à nous, en Église, de déchiffrer ces traces pour qu'à notre manière, nous le suivions, le découvrions, pour que nous restions ces hommes et ces femmes libres que Dieu veut comme partenaires de son amour divin.
AMEN