UNE PORTE VERS LE MYSTÈRE

Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

D

e Barthélemy on ne sait pas grand-chose, on ne sait par exemple pas où il est enterré, ce qui me dispensera l'année prochaine de faire un pèlerinage sur son tombeau, revenant de celui de saint Jacques. Les évangiles synoptiques le nomment à chaque fois et de même saint Luc dans les Actes des apôtres. Mais on peut aller un peu plus loin avec ceux que la tradition a toujours associé à Barthélemy, l'as­socier au point de le rendre identique, c'est Natanaël dont il est parlé dans l'évangile. On a toujours relié... mais peut-être pas les Pères de l'Église qui ont aimé distinguer les deux hommes, sans doute parce qu'il y avait les évangiles apocryphes à l'époque qui les dis­tinguaient. On les a toujours associés, puisque vous le savez, saint Jean n'a pas de liste des apôtres dans son évangile, mais il parle deux fois de ce Natanaël, dans l'évangile que nous venons d'entendre, au premier chapitre, et dans le chapitre vingt-et unième, après la résurrection.

Ce qui me frappe chez ce Natanaël-Barthé­lemy, qui ressemble fort à un surnom, quelque chose qui n'aurait pas une valeur juridique, mais qui aurait au contraire la valeur de l'affection, la valeur de la proximité, la valeur de l'amitié, ce qui me frappe chez lui, c'est ce que nous rappelle chacun des apôtres que nous fêtons, c'est qu'il n'y a pas dans la foi chrétienne, de "self made man", il n'y a pas de personne qui se soit faite toute seule. La foi, la vocation, nous venons de l'entendre, même ce que nous recevons des autres aussi au plan de notre conduite, nous est forcément révélé par un autre. C'est dit dans cette conversation, c'est dit aussi dans le livre de l'Apocalypse : les apô­tres sont des portes, les apôtres laissent entrer, les apôtres ce n'est pas la muraille de Jérusalem, mais ils sont les portes, comme des pierres précieuses par les­quelles on entre. Les apôtres sont ces portes par les­quelles on peut pénétrer dans le mystère, ils nous ré­vèlent Dieu. Je crois que tout dans la foi chrétienne se reçoit. Nous n'avons pas à prendre, mais nous avons à recevoir, nous avons à recevoir dans le cadre agréable d'une conversation où l'Esprit n'est pas absent : "Voici un véritable israélite, un homme sans artifice", c'est-à-dire voici un véritable fils de Jacob, celui qui a acheté par ruse à Esaü le droit d'aînesse, il y a ce jeu de l'humour, il y a ce jeu plus subtil encore du regard, il y a ce jeu de la démarche, il y a tout ce jeu même aussi de la faiblesse. Dans cette conversation sur ce chemin, il y a un homme qui se laisse toucher et qui accepte de se laisser recevoir d'un Autre, il y a un homme qui accepte d'être conduit pas un Autre. Dans cette aimable conversation, il y a tout le jeu de l'Église, il y a tout le jeu apostolique, il y a tout le jeu qui nous révèle Dieu par un médiateur, par un intermédiaire, par la grâce d'un Autre.

Entrons dans cette Eucharistie, entrons dans ce partage du pain et du vin que nous recevons d'un Autre en ayant cette sorte d'assurance que tout ce que nous tenons de Dieu nous l'avons reçu, tout ce que nous tenons au niveau de notre foi, de notre conduite, de tout finalement, nous l'avons reçu d'un Autre.

 

AMEN