SE RECEVOIR DE DIEU

Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 1994)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

e viens de proclamer un des évangiles qui, à mon sens, est un des plus beaux passages et en même temps un passage très mystérieux. Vous l'avez compris d'abord, celui qui est nommé ici Nathanaël, c'est l'apôtre Barthélemy. Une tradition récente, mais les choses récentes ne sont pas forcément fausses, met le même personnage sous ces deux noms. Nathanaël, en hébreu, signifie "le don de Dieu" Dans cet évangile la foi, le don de Dieu se reçoit toujours par l'Église, ici personnifiée, signifiée par Philippe. Pierre lui-même avait reçu la première révélation par son frère André. C'est ainsi que la présence du Christ, le visage du Christ, la Parole du Christ se transmet d'abord dans la simplicité, la banalité du bouche à oreille. Ceci est une première réflexion. Est-ce que nous qui avons reçu par quelqu'un cette première annonce de la foi, ayons la simplicité et le courage de dire à d'autres ce que Philippe dit à Nathanaël : "Celui dont parlent la Loi et les Prophètes, nous L'avons rencontré, c'est Jésus !" C'est la première parole de l'annonce de l'évangile, c'est la première parole de la mission, c'est la première parole de toute activité apostolique. Elle est aussi simple que cela.

C'est peut-être à cause de cela que nous le fai­sons si rarement car nous sommes souvent préoccupés à mettre en route des organisations, des organigram­mes, des commissions ou des plans. La première an­nonce de l'évangile est une parole très simple, dite d'une bouche à une oreille : c'est Jésus, le fils de Jo­seph !

La deuxième réflexion c'est que l'homme qui reçoit cette parole, se reçoit lui-même comme un don de Dieu, Nathanaël, comme tout homme, il cherchait un sens à sa vie, il approfondissait ce qu'il avait appris de l'Écriture. Peut-être était-il assis sous son figuier, comme une sorte de temps sabbatique, se retirant un peu de certaines activités, pour se reprendre, pour profiter d'un certain repos et trouver ce que son cœur désirait, ce que son intelligence cherchait ! Il se reçoit comme un "don de Dieu" parce que Jésus lui dira : "Avant que tu Me voies, Moi Je t'ai vu !" Est-ce que vous vous recevez comme un don de Dieu, avant toute analyse de vous-même ? comme un don de Dieu. Est-ce que vous croyez qu'avant que vous cher­chiez, que vous trouviez Dieu, Dieu vous a regardé ? Dieu vous a vu ? Et que, quelle que soit votre vie, quelles que soient vos questions ou les solutions que vous trouvez, vous êtes enveloppé de façon définitive dans la lumière, dans la beauté du regard de Jésus sur vous ? Le troisième élément, c'est l'acte de foi qui, de façon étonnante, a la même caractéristique que la première annonce de l'évangile car il est d'une simpli­cité désarçonnante. Je ne pense pas que Nathanaël fut un homme très simple au niveau de l'intelligence ou de sa vie. C'était un homme qui réfléchissait beau­coup, trop peut-être, je n'en sais rien. Et sa proclama­tion de foi tient en un seul mot : "Tu es le Fils de Dieu !" Pourquoi ? Parce qu'il a adhéré à ce que Jésus lui a dit : "Avant que tu Me voies, que tu Me connaisses, Moi je te connais !" Là encore, nous avons de multi­ples difficultés à vivre la foi. Est-ce que le temps d'aujourd'hui est plus complexe, plus difficile que le temps d'hier ou d'avant-hier ? C'est possible, mais il n'empêche que la foi sera toujours cette adhésion, simple, immédiate, sans détour, sans contour à la Pa­role du Seigneur : "Je t'ai vu ! Je te connais !" Là encore c'est une chose difficile parce qu'elle est trop simple.

Là encore notre foi s'encombre de questions, de raisonnements, d'argumentations. Et je crois qu'on peut le comprendre. C'est le régime humain, c'est ce que faisait Nathanaël sous son figuier jusqu'au jour où il n'a pas pu faire autre chose que d'abandonner les modalités ou le style de sa propre recherche pour ad­hérer immédiatement, de tout son cœur, de toute sa vie, de toute sa recherche à Celui qu'il découvrait être son Seigneur parce qu'Il venait de lui dire que, Lui, le regardait, l'aimait bien avant qu'il ne Le connaisse.

Et le dernier élément : "Tu crois parce que je t'ai dit : Je t'ai vu !" Et bien ta foi s'achèvera dans un même regard : "Tu verras les cieux ouverts". Tu crois parce que je t'ai dit : "Je t'ai vu." Et bien, la perfection de cette foi sera de contempler, à cœur ouvert, à ciel ouvert, sans obstacle, sans limite, sans brume, sans voile le visage du Seigneur debout !" C'est ce qui est signifié par les anges qui montent et qui descendent.

Ainsi, en ce très court évangile ...

 

AMEN