LES DOUTES DE LA FOI

Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Cernay-l'église : Saint Barthélemy

 

D

e Barthélemy, en dehors de son nom sur la liste des douze apôtres, nous ne savons rien dans l'évangile. Cependant une tradition l'identifie avec Nathanaël dont vient de nous parler saint Jean et qui est nommé une seconde fois lors de l'apparition de Jésus au dernier chapitre de ce même évangile de saint Jean. Si Barthélemy s'identifie avec Nathanaël cette page d'évangile que nous venons d'entendre est très précieuse pour nous.

Les apôtres ont été choisis par Jésus pour être les témoins de la vérité de la Révélation de la Parole de Dieu. C'est sur la foi des apôtres que s'édifie notre foi. De façon habituelle, nous pensons que cela se réfère à la prédication des apôtres à travers le monde qui ont répandu le message et qui par la force com­municative de leur foi ont engendré la foi de l'Église. Ceci est profondément vrai et c'est le sens premier selon lequel notre foi s'enracine dans la foi des apô­tres. Mais dans le cas de Nathanaël-Barthélemy d'une part et de Thomas d'autre part, il y a une autre ma­nière dont notre foi s'appuie sur la leur.

Ces deux apôtres, l'un au début de l'évangile et l'autre à la fin, ont commencé par refuser de croire, et ils ont été en quelque sorte vaincus par la force et la puissance de la révélation du Christ qui a remplacé leur refus de croire, leur incrédulité par un acte de foi plus grand encore que s'ils n'avaient pas résisté et en tout cas pour nous plus exemplaire, car il n'est pas toujours facile de croire et il est bon que ceux qui sont les fondements de notre foi aient connu, eux aussi, cette difficulté de croire, aient été obligés d'être brisés intérieurement par la lumière de la révélation de Dieu. Thomas ayant touché la chair du Christ ressuscité s'écrie, avec une force de conviction décuplée : "Mon Seigneur et mon Dieu !" Il touche la chair humaine du Christ cette chair passée par la mort mais ressuscitée et il discerne la présence vivifiante de Dieu qui est la vie. Notre foi en la résurrection s'appuie plus forte­ment sur celle de Thomas que sur celle des autres apôtres, car lui a connu le doute, l'impossibilité de croire et il s'est incliné.

Pour Barthélemy-Nathanaël, il en est à peu près de même. Alors que lorsque Jésus leur dit : "Suis-Moi !" ou que Jean-Baptiste leur désigne l'Agneau de Dieu, les autres apôtres se mettent spon­tanément à tout quitter pour marcher à sa suite, comme l'a fait Pierre, Philippe Jean, André, Jacques le Majeur. Ils se soumettent de façon immédiate à l'ap­pel impérieux du Christ. Pour Nathanaël, il en va dif­féremment. Quand Philippe lui dit : "Nous avons trouvé le Messie !" Il répond : Je n'en crois rien. Si c'est Jésus de Nazareth que tu prends pour le Messie. "De Nazareth, que peut-il sortir de bon ?" Nous connaissons ce village, sa population, nous savons que c'est peu de chose. Comment cela pourrait--il donner naissance au Messie ? Et quand Jésus l'appelle et dit : "Voici un Israélite sans artifice !" Nathanaël ne se laisse pas émouvoir. "D'où me connais-Tu ?" de cette façon un peu brutale de celui qui ne veut pas s'en laisser conter. Et il faudra que Jésus, comme pour Thomas, lui donne une preuve de cette présence au cœur de sa vie :"Avant que Philippe t'appelle, quand tu étais sous le figuier, Je t'ai vu !" Quel que soit l'événement auquel Jésus fait allusion et que nous ne connaîtrons jamais, Nathanaël comprend que Jésus est tout prés de lui, en lui, avant même qu'il entende par­ler de lui, avant même que Philippe lui ait transmis le message, avant que cette parole l'atteigne, déjà Jésus était là, puisqu'Il le voyait. Alors Nathanaël rend les armes et il proclame ce qu'aucun apôtre n'avait encore pu dire car ils étaient seulement au tout commence­ment de la séduction du Christ : "Tu es le Fils de Dieu, le Roi d'Israël !" Et Jésus lui répond : "Parce que je t'ai dit : Je t'ai vu sous le figuier tu crois, tu verras beaucoup plus que cela, tu verras le Fils de l'Homme transformé en échelle, c'est-à-dire en com­munication du ciel et de la terre, et les anges de Dieu monter et descendre sur cette échelle", c'est-à-dire faisant communiquer la grâce qui vient du Père résu­mée dans le Christ.

De même que Thomas est le témoin de la Ré­surrection de Jésus, Barthélemy est le témoin de l'In­carnation du Christ. C'est le premier qui a proclamé que cet homme qu'il voyait était plus qu'un homme, était le Fils de Dieu. C'est la première profession de foi, bien avant celle de Pierre à Césarée.

Quand notre foi est difficile, quand nous avons du mal à croire dans le Seigneur, quand nous mettre à genoux devant Lui nous coûte, quand le doute nous assaille, au lieu de nous décourager, de nous croire en dehors de l'Église, disons-nous bien que c'est le moment où le Christ veut se révéler plus profondément à nous et que ce doute est la porte d'entrée pour une foi plus grande, peut-être différente, peut-être pas aussi facile, peut-être obscure mais plus enracinée encore en nous. Préparons-nous alors à une rencontre plus vraie, plus décisive, plus radicale avec Dieu pour devenir témoin de la foi à partir de cette victoire de la lumière de Dieu sur nos ténèbres.

 

 

AMEN