LA DÉCOUVERTE DU SALUT

Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e passage d'évangile qui nous relate la voca­tion de Nathanaël que la tradition assimile à Barthélemy est très suggestif pour mieux ré­aliser ce que signifie la vocation et la fonction des apôtres dans l'Église. En effet, la vocation de Natha­naël commence, sinon dans le doute, du moins dans un certain scepticisme : "De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ?"

L'apôtre est un homme, et ce n'est pas un homme qui, au départ, est plus averti qu'un autre du mystère de Dieu et des réalités divines. L'apôtre est un homme qui connaît la faiblesse des hommes. Qu'il s'agisse de Pierre, qu'il s'agisse de Nathanaël, qu'il s'agisse de Paul qui dit : "Moi-même, j'ai persécuté l'Église de Dieu", la grandeur de l'apôtre est tout en­tière dans l'appel de Dieu. Cet homme, Nathanaël qui ne veut pas croire et qui a une manière un peu mépri­sante et condescendante de traiter l'invitation de Phi­lippe, voici que cet homme est appelé. Et cependant, à partir du moment où il est sous le regard de Dieu, alors deux choses changent fondamentalement.

La première, c'est qu'il se sait connu de Dieu. "Avant que Philippe t'appelle, quand tu étais sous le figuier, Je t'ai vu !" Avant même que tu ne Me ren­contre. Cela signifie pour Nathanaël qu'il commence à reconnaître la vocation de Dieu sur lui. Avant même qu'il en ait pris conscience, avant même qu'il en ait mesuré toutes les exigences, le Christ l'a déjà saisi pour en faire son messager. Et quand Nathanaël est étonné, le Christ lui révèle une seconde chose. Celui-là même qui, juste auparavant, doutait voici qu'il est appelé à "voir les cieux ouverts et le Fils de l'Homme monter et descendre avec les anges" ce qui signifie l'œuvre même du salut : la mort, la résurrection, l'exaltation de Jésus dans la gloire.

Ainsi, en quelques versets, est tracé le por­trait-type de l'apôtre, celui dont la matière première au plan humain est parfois si fragile, si déficiente et même souvent pécheresse. Puis ce premier regard du Christ qui transforme l'être qui est ainsi appelé et qui lui donne de découvrir ce qu'il est vraiment : appelé par Dieu à ce mystère de salut et de filiation, et enfin témoin du mystère de Dieu tel qu'il s'est déployé par la Pâque du Christ.

Ce portrait de Barthélemy, nous pouvons l'appliquer à chacun d'entre nous. Et c'est pourquoi, aussi, d'une certaine manière, nous sommes apôtres. Nous aussi, nous avons douté, nous aussi nous n'avons pas voulu, à certains moments, entrer immé­diatement dans l'invitation qui nous était faite, de venir voir Celui qui avait été découvert et trouvé, Jésus le Sauveur. Puis, nous aussi, nous avons perçu ce regard posé sur nous et qui fait de nous les annon­ciateurs du Salut, au cœur même de ce monde. Et enfin, nous savons, c'est notre foi et notre espérance, que nous sommes appelés, un jour, au moment de notre mort, à "voir les cieux ouverts" et à rencontrer le Seigneur, Celui-là même qui a vécu sa Pâque pour que nous entrions avec Lui dans sa Pâque.

 

AMEN