TU VERRAS MIEUX ENCORE !

Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Barthélemy

L

 

a liturgie nous invite à identifier l'apôtre Bar­thélemy avec Nathanaël dont nous parle l'évangile. Dans l'évangile de saint Jean, les rencontres de Jésus avec les premiers disciples sont très personnalisées. Pour Philippe, c'est une rencontre brève, presque brutale si je puis dire. Jésus se contente d'un mot : "Suis-Moi !" et Philippe vient. Dans le cas d'André et de Jean, ce sont eux qui, aler­tés par une parole du Baptiste : "Voici l'Agneau de Dieu !" se mettent à suivre Jésus qui se retourne et leur dit : "Qui cherchez-vous ?" Et ils répondent : "Où habites-Tu ?" Jésus leur dira les paroles mêmes que Philippe répétera à Nathanaël : "Venez et voyez !" Quant-à Pierre, c'est son frère André qui l'amène à Jésus, et Jésus prend en quelque possession de la per­sonne de Pierre qui s'appelait Simon, en changeant son nom, et en annonçant ce qu'il dira plus tard : "Tu es Pierre et sur cette Pierre je construirai mon Église!"

Pour Nathanaël, la rencontre est tout à fait particulière. D'abord, Nathanaël ne veut pas croire. Nazareth n'est qu'une médiocre bourgade de Galilée : "Que peut-il sortir de bon de Nazareth ?" Nathanaël était sans doute de Cana, une ville plus importante et il méprisait sans doute la bourgade voisine. Il consi­dère donc les choses d'un point de vue tout à fait hu­main. Et pourtant, Jésus, le voyant venir, va faire son éloge : "Voici un véritable israélite en qui il n'y a pas d'artifice" pas de ruse, pas de double pensée. Et c'est un grand éloge que fait là le Christ. Nathanaël est un homme au cœur droit, en qui il n'y a pas trace de mensonge, de duplicité. Peut-être Nathanaël n'est-il pas spontanément bien disposé à l'égard de quelqu'un qui vient de Nazareth, peut-être n'a-t-il pas l'intuition que Jésus est le messie, mais il a au moins le cœur net, le cœur droit, sans pensée tortueuse, et il va le prouver tout de suite. Jésus ayant reconnu en lui un cœur capable d'entendre l'appel de Dieu, un cœur suffisamment droit et clair pour être rempli par la lumière de Dieu, Jésus s'adresse au plus intime du cœur de Nathanaël en lui rappelant un fait qui nous échappe : "Avant que Philippe t'appelles, je t'ai vu sous le figuier !" Nous ne saurons jamais ce que fai­sait Nathanaël sous le figuier, ce qui est certain, c'est que Jésus lui manifeste ainsi une très grande intimité. Il pénètre jusqu'au cœur de sa vie personnelle et Il lui manifeste aussi sa divinité puisqu'il a connu cet évè­nement qu'humainement Il ne pouvait pas connaître car Jésus n'en avait pas été témoin.

Devant cette révélation de Jésus, tout à la fois de cette capacité de lire dans le fond des cœurs et de devenir l'intime de celui à qui il s'adresse, Nathanaël, immédiatement, est conquis. Il ne résiste pas une se­conde. C'est là que la droiture de son cœur se mani­feste. Lui qui, a priori, n'était pas bien disposé, voilà que d'un seul coup il confesse que Jésus est le Fils de Dieu, le Roi d'Israël, le Messie, Celui qu'on attendait. Cela même que Philippe lui avait dit et que jusque-là il n'avait pas pris au sérieux voilà que Nathanaël y adhère d'un seul coup à la parole de Jésus. C'est l'homme d'un seul élan, c'est l'homme qui se donne tout entier, sans retour, et qui ne se reprendra jamais. C'est pourquoi Jésus va aller plus loin encore et lui confier : "Ce que je t'ai dit n'est rien à côté de ce que tu vas découvrir maintenant". Je t'ai simplement ma­nifesté que je lisais dans ton cœur, que j'étais infini­ment proche du plus profond de ton être, mais tu ver­ras mieux encore. Et s'adressant à tous les autres dis­ciples présents : "En vérité, je vous le dis, vous verrez les cieux ouverts et les anges de Dieu monter et des­cendre au-dessus du Fils de l'Homme." C'est une allu­sion au songe de Jacob qui, au moment où il fuit la colère de son frère Esaü, s'arrête et s'endort dans la campagne en ayant seulement une pierre sous la tête. Et voici que, dans la nuit, Dieu fait alliance avec lui et lui révèle jusqu'où ira cette alliance. Dieu lui montre une sorte d'échelle, non pas comme celles d'aujour­d'hui, mais sans doute plutôt l'escalier d'une de ces tours que les ancien élevaient vers le ciel et dont il est fait allusion à propos de la tour de Babel : un escalier montant jusqu'au ciel, c'est-à-dire faisant communi­quer le Ciel et la terre. Et les anges de Dieu, c'est-à-dire ceux qui se tiennent constamment devant la face du Seigneur, montaient et descendaient, établissant ainsi la communication que le péché de l'homme avait rompu entre Dieu et l'humanité. C'était le signe que Dieu n'abandonnerait pas l'humanité mais qu'il vien­drait Lui-même par cette échelle renouer son alliance. Et en Jésus c'est cela qui se réalise, et c'est cela que Jésus annonce à Nathanaël : Dieu, en ma personne, est venu jusqu'auprès de vous. Et désormais, le ciel est ouvert, les hommes pourront accéder à l'amitié de Dieu.

C'est de cela que Barthélemy sera le témoin, c'est sur son témoignage qu'est fondée notre foi, notre espérance. Nous voyons le ciel ouvert, le Christ, vrai Dieu et vrai homme descendre jusqu'à nous pour réta­blir entre nous et le Père, l'amitié que nous ne cessons de rompre mais qui sans cesse nous est rendue gloire soit au Seigneur.

 

AMEN