NATHANAËL
Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Barthélemy présentant sa "peau"
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'est la rencontre de Jésus avec Nathanaël qui nous est proposée en ce jour parce que, probablement, c'est le même personnage que Jean appelle Nathanaël et qui, dans la liste des apôtres est désignée par son surnom Barthélemy.
Nous ne saurons jamais à quel évènement précis Jésus faisait allusion quand Il disait à Nathanaël : "Avant que Philippe t'appelât, je t'ai vu sous le figuier." Toujours est-il que cet événement était suffisamment important dans la vie de Nathanaël pour transformer son cœur jusque-là sceptique, incrédule, bien que Jésus lui ait déjà fait ce compliment : "Voilà un homme sans artifice, un vrai Israélite !" Nathanaël était quelqu'un de franc et de droit, mais son cœur est changé et les paroles qu'il prononce alors constituent la première proclamation messianique de l'évangile : "Tu es le Fils de Dieu, le Roi d'Israël !"Fils de Dieu n'a pas encore la pleine signification de divinité, de la deuxième personne de la Trinité, mais le Fils de Dieu attendu par les juifs, c'était le Messie, le successeur de David, celui qui viendrait de la part de Dieu faire régner sur terre le pouvoir du Très -Haut.
Première proclamation messianique, et Jésus répond à Nathanaël en lui promettant davantage : "Tu verras de plus grandes choses !" Que verra donc Nathanaël ? Il verra le ciel ouvert et les anges monter et descendre au-dessus de Fils de l'Homme. Pour nous ces paroles de Jésus sont assez énigmatiques, mais elles font allusion à un évènement bien précis de l'Ancien Testament. Jacob, le patriarche, le fils d'Isaac lui-même fils d'Abraham, fuyant la colère de son frère Esaü, se rendait à travers le désert vers la région de Padam-Aram pour y trouver abri auprès le lointains parents. En chemin, Jacob s'endormit, mettant une pierre sous sa tête en guise d'oreiller, et il vit en songe le ciel ouvert et une échelle qui s'élevait au-dessus de sa tête jusque dans les cieux, reliant donc ainsi le ciel et la terre, et sur cette échelle, montaient et descendaient les anges de Dieu. A son réveil, Jacob comprenant que le lieu où il avait dormi était un lieu de la présence de Dieu, était une sorte de temple dans lequel Dieu se manifestait, Jacob prit la pierre sur laquelle il avait dormi, l'oignit d'huile et la consacra comme autel au Seigneur.
Cette vision de Jacob avait une importance capitale. Cela voulait être prophétiquement comme une promesse qu'un jour viendrait où le ciel et la terre seraient en communication, Le ciel qui était fermé depuis le péché d'Adam, depuis que le paradis avait clos et que l'homme en avait été chassé, et que l'ange à l'épée tournoyante gardait l'entrée du paradis, le ciel était fermé, c'est-à-dire il n'y avait plus cette communication de vie, cette communication d'amitié, cette communication d'amour et de tendresse et d'unité entre Dieu et l'homme parce que l'homme avait refusé cette relation, avait préféré être seul juge du bien et du mal, être donc autonome, indépendant, de cette autonomie fallacieuse du péché qui l'avait conduit à la déchéance. Désormais l'homme était coupé de Dieu, et le ciel était donc fermé. Et voilà qu'il était promis à Jacob qu'un jour, ce ciel s'ouvrirait et que c'est par lui, en quelque sorte, par lui, par sa race, par sa descendance, que s'opérerait cette nouvelle communication, cette nouvelle communion entre le ciel et la terre, de telle sorte que les anges qui sont les envoyés de Dieu, qui sont les messagers de Dieu, ceux qui nous appellent la bonne nouvelle de Dieu les anges pourraient descendre du ciel vers nous pour nous révéler le visage de Dieu, et remonter de la terre vers le ciel pour emporter notre prière jusqu'à Dieu et pour nous introduire, nous conduire jusqu'au ciel. Ces anges qui montent et qui descendent au-dessus cette échelle unissant le ciel et la terre, c'est la promesse de la réconciliation, réconciliation entre Dieu et les hommes.
Ce que Jésus affirme donc à Nathanaël c'est que l'heure de l'accomplissement de cette prophétie, l'heure de l'achèvement de cette promesse est arrivée. Il est Lui, Jésus, Celui par qui va s'ouvrir le ciel. Il est Lui-même cette échelle qui va unir la terre et le ciel et sur laquelle les anges pourront descendre et monter, réunissant le Père avec les hommes, dans le pardon du péché, dans la réconciliation au-delà de la rupture. C'est donc la promesse du salut, c'est la promesse de la Pâque, ce moment où Jésus passera de ce monde à son Père, entraînant avec Lui le monde tout entier, pour le conduire au Père par cette porte ouverte dans le ciel, par cette échelle qui nous permet, désormais, d'escalader le ciel, c'est la promesse de la Pâque que Jésus annonce à Nathanaël.
Cela est très important car c'est cela même qui fonde la vocation apostolique de Nathanaël, car la rencontre de Jésus avec lui n'est pas seulement la rencontre du Fils de Dieu, du Messie avec un homme à qui Il révèle un secret personnel celui de ce fameux figuier, mais la rencontre de Jésus avec Nathanaël implique la rencontre de Dieu avec les hommes. La vocation de Nathanaël est une vocation à dimension universelle. Il est appelé à être lui-même l'ouvrier, l'artisan, l'instrument de cette réconciliation de Dieu avec les hommes, de cette prédication du salut et de la Pâque, jusqu'aux extrémités de la terre.
Voilà donc que, à travers Nathanaël-Barthélemy, le ciel nous est ouvert, et qu'à travers la prédication des apôtres, nous sommes réintroduits dans l'intimité de Dieu. Si nous célébrons chaque année avec solennité la fête de chacun des apôtres, c'est parce qu'ils ont été choisis par le Christ pour être les messagers et les instruments de cette bonne nouvelle : Dieu s'est réconcilié avec les hommes, Dieu nous a réintroduits dans son amour, dans son amitié, Dieu nous ouvre la porte du ciel, Dieu veut que nous entrions jusqu'au cœur du mystère trinitaire pour y connaître la lumière, la vérité et le bonheur qui seul peut combler notre cœur. Soyons reconnaissants au Seigneur, rendons-lui gloire pour son Église, rendons-lui gloire pour ce salut, rendons-lui gloire pour ses apôtres qui ont été auprès de nous les messagers de cette bonne nouvelle du salut.
AMEN