L'ÉCHELLE ET LE FIGUIER
Ap 21, 9-14 ; Jn 1, 45-51
St Barthélémy - (24 août 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Jeune figuier
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rères et sœurs, curieuse destinée que celle de ce saint Barthélemy que nous fêtons aujourd'hui et qui avait pour ainsi dire une double identité. Vous l'avez entendu dans l'évangile de saint Jean, on relate la rencontre de Jésus avec un certain Natanaël. Comme on ne trouve pas de Natanaël dans les listes des apôtres mais un Barthélemy, et que l'on connaît tous les autres, on en a déduit que Natanaël et Barthélemy étaient une seule et même personne. Qui aurait changé son nom ? pour quelle raison ? Nous n'en savons rien. Natanaël voulait dire vraisemblablement "Don de Dieu" ou "Dieu a donné". Pourquoi s'est-il appelé plus tard Barthélemy ? Ce n'est pas une traduction grecque, par conséquent, le mystère reste entier.
Mais ce qui est intéressant pour la fête que nous célébrons aujourd'hui, c'est effectivement cet épisode de Natanaël. Pourquoi ? Parce que c'est un apôtre un peu mauvaise tête. Philippe lui annonce tout heureux : "On a découvert le Seigneur", et lui, il répond : "Qu'est-ce qu'il peut sortir de bon de Nazareth ?" C'est le genre de personnage un peu blasé, il en a trop vu, cela ne marche pas et ne le convainc pas. Et pourtant, Jésus lui dit une chose toute simple : "Je t'ai vu quand tu étais sous ton figuier". Cela a l'air de transformer complètement l'attitude de Natanaël, qui est un des premiers apôtres à confesser la messianité de Jésus. Et Jésus le caractérise en lui parlant de son figuier. Or, sous le figuier dans l'Ancien Testament, dans la mission des prophètes d'Israël, c'est un peu la tradition de la fin des temps. Chacun est dans sa vigne ou sous son figuier, cela veut dire qu'enfin, c'est le bonheur, les vacances, la plage, mais au lieu que ce soit en plein soleil, c'est à l'ombre du figuier. D'une certaine manière, c'est l'attitude de repos, de quasi sieste spirituelle, et il ne se passe rien.
Précisément, Natanaël est comme bousculé par la venue de Jésus et il est obligé de quitter son figuier. Il est obligé de quitter cette attitude apparemment très statique, très calme et immobile. Et Jésus continue en lui disant : "Tu verras mieux encore", Jésus fait allusion à l'échelle de Jacob avec les anges qui montent et qui descendent au-dessus du Fils de l'Homme. Cet épisode se situe dans la Genèse au moment où Jacob fuit devant son frère, et donc ici, on retrouve un peu le Natanaël qui est obligé de quitter son figuier, de partir, et Jésus lui explique que le fait de se retrouver maintenant dans la nouvelle situation, le situe un peu comme les anges qui montent et descendent le long de l'échelle en accompagnant le Fils de l'Homme.
C'est sa vocation apostolique qui est ainsi évoquée par Jésus. Désormais, Barthélemy-Natanaël ne restera plus sous le figuier, mais il sera comme les anges qui montaient et descendaient pour communiquer le message de la Bonne Nouvelle qui vient des cieux sur la terre et conduire les hommes de la terre jusqu'au ciel.
Evidemment, à partir de là on a pu y voir une sorte de vocation presque prototype de l'apôtre, puisque l'apôtre est celui qui a reçu à travers le Messie, la Bonne Nouvelle du salut de Dieu, et qui, à ce moment-là, est chargé de conduire les hommes pour avancer vers le Royaume de Dieu. Toujours est-il que pour nous, ce que cela veut dire aujourd'hui : notre condition de disciple de Jésus-Christ, ce n'est pas de rester immobile sous le figuier, mais c'est d'apprendre à monter et descendre pour recevoir la bonne parole de l'évangile et pouvoir la transmettre et l'annoncer à tous.
AMEN