SAINT BERNARD, L'AMI
Ct 8, 4-7; Lc 11, 5-13
St Bernard - (20 août 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, la personnalité de saint Bernard est aussi riche et complexe que le douzième sièc
le. Je vais essayer d'attirer votre attention aujourd'hui sur un point particulier de sa vie, non pas le chantre de l'amour et c'est la raison pour laquelle nous avons entendu en première lecture le Cantique des Cantiques, non pas l'importun, cet homme insupportable qui cassait les pieds à quelques grands de ce monde, mais un autre saint Bernard : l'ami.
Saint Bernard était l'ami d'un homme qui s'appelait Guillaume de saint Thierry, et était de cinq ans son aîné. Guillaume est mort cinq ans avant saint Bernard, en 1148. Guillaume a été abbé de saint Thierry près de Reims, monastère, il est bon de le préciser, bénédictin, alors que saint Bernard était cistercien. A la fin de sa vie, Guillaume a quitté la vie monastique sous la règle bénédictine pour entrer dans un monastère cistercien. Il est rentré comme simple moine à l'abbaye de Signy.
Saint Bernard et Guillaume se sont rencontrés dans leur jeunesse, Bernard avait 29 ans, il était déjà jeune abbé de Clairvaux, et Guillaume avait 34 ans. Assez rapidement, il faut l'avouer, Guillaume a développé vis-à-vis de saint Bernard une certaine dépendance affective. Le plus âgé s'est montré le plus fragile psychologiquement, et il est venu se réfugier sous les ailes du plus jeune. saint Bernard était très jeune, mais il savait manier les gens et en même temps, il savait se faire obéir, puisqu'à l'âge de 22 ans, il avait réussi à tirer au monastère, à le suivre, une partie de sa famille son oncle, et même un de ses frères qui était déjà marié. Nous avons affaire à un homme qui ne recule pas devant les décisions difficiles à prendre et sait se faire obéir.
Il est intéressant de s'interroger sur le rapport qui existait entre une personne plus âgée demandeur vis-à-vis d'un plus jeune à la personnalité très marquée. saint Bernard va-t-il profiter de la situation et mettre sous sa coupe, Guillaume de saint Thierry ? Le rapport amical entre ces deux hommes est pour nous une amitié qui n'est pas dénuée d'intérêt, car elle va nous enseigner sur ce qu'est l'amitié spirituelle, mais aussi ce que peut être l'amitié dans une communauté paroissiale. En fait, si Guillaume veut quitter l'abbaye de saint Thierry pour devenir simple moine à Clairvaux, vous l'avez compris comme saint Bernard, c'est tout simplement parce qu'il veut retrouver son ami. Bernard pressentant cet attachement à sa personne va le décourager. Il va l'empêcher de rentrer à Clairvaux. Il va lui expliquer qu'une amitié si belle soit-elle doit se passer sous le pouvoir de Dieu. Cela n'empêchera pas Guillaume à la fin de sa vie d'entrer dans une abbaye cistercienne, mais ce ne sera pas à Clairvaux.
C'est déjà un premier enseignement de saint Bernard vis-à-vis de la vie amicale, c'est que lorsqu'on croit que quelqu'un veut se mettre sous notre propre coupe, la véritable amitié est de savoir mettre le "holà" et d'empêcher la personne de rester un petit bébé. Mettre une barrière pour obliger l'autre à grandir. C'est la première règle que saint Bernard nous donne dans sa relation amicale avec Guillaume de saint Thierry. Par conséquent, la résistance que nous avons à mettre vis-à-vis de quelqu'un qui veut s'attacher à nous n'est pas une résistance égoïste, mais une résistance qui est faite pour obliger l'autre à grandir et à se trouver.
Quelque temps plus tard, en 1015 Guillaume va écrire une fois encore à Bernard en lui disant: "mon frère, tu ne m'aimes pas". La preuve, c'est que je te noie sous un déluge de lettres, et toi, tu ne m'écris jamais. Comment Bernard va-t-il répondre à cette attaque de Guillaume qui disait, je t'aime plus que toi parce que t'écris davantage ? Il y a plusieurs étapes dans la manière de faire de saint Bernard. D'abord, il va lui donner une petite leçon : c'est facile de juger les autres sans d'abord se connaître soi-même, et deuxièmement : c'est facile de juger les autres sans les connaître. Ensuite Bernard va prendre un exemple tiré de la Bible en disant à Guillaume : le plus important dans l'amour n'est pas nécessairement de t'écrire un déluge de lettres, mais c'est que l'amour et l'amitié se reconnaissent aux actes. Tu peux m'invectiver, tu peux me dire que je ne t'écris pas assez, mais à aucun moment, tu ne peux dire que je ne t'ai jamais aimé, j'ai toujours été là pour t'aider et te protéger. Et puis, Bernard va se tourner vers le Seigneur, en disant : Seigneur, c'est vrai, je suis un mauvais frère, je n'écris pas assez à mon frère, mais je te demande de me donner la grâce afin de grandir et de pouvoir l'aimer. Ce qui soit dit en passant, souligne de la part de saint Bernard que l'amitié ne provient pas de notre propre cœur, mais de la grâce que le Seigneur met en nous. A la fin, Bernard va s'humilier, il va accepter le reproche que Guillaume lui fait, et il va s'humilier vis-à-vis de Guillaume en se mettant plus bas que terre.
Frères et sœurs, je crois que dans cette relation amicale qui existait entre Bernard et Guillaume nous pouvons en tirer quelques leçons pour nous-mêmes, à la fois dans notre vie familiale mais aussi dans la vie de la communauté chrétienne. Car lorsque Bernard écrit à Guillaume que lui dit-il ? Tu as voulu m'aimer comme si Dieu était en moi alors que je ne suis qu'un homme, tu as mis tout ton espoir en un homme alors qu'il faut le mettre uniquement en Dieu. Ne cherche pas plus dans le cœur de l'autre ce qu'il ne peut y avoir, car je reste un homme. Je crois que c'est une bonne leçon que nous avons à prendre de saint Bernard pour notre vie amicale et notre vie spirituelle. Il est vrai que régulièrement, nous avons besoin de chercher un mentor, un père spirituel dans lequel nous mettons toutes nos attentes et tout ce que nous ne sommes pas capables de faire nous-mêmes, et de le charger tant et tant que nous en restons des petits enfants face à un modèle qui n'existe pas. Par conséquent, le vrai ami n'est pas celui que nous imaginons être, celui que nous chargeons de ce qu'il n'est pas, de toutes les qualités possibles et imaginables, mais que le véritable ami est peut-être celui qui humblement, est capable de nous dire : je ne suis pas à la hauteur de ce que tu recherches, car ce que tu recherches ne peut être que dans le cœur de Dieu et ton ami n'est pas là d'abord pour ton plaisir, mais aussi pour te faire grandir, pour te faire résistance.
Frères et sœurs, que ce lien spirituel qui existait entre saint Bernard et Guillaume de saint Thierry soit pour nous l'occasion de nous interroger sur ce que nous demandons dans le cœur des autres.
AMEN