LA MARCHE DE PÈLERIN

Ct 8, 4-7; Lc 11, 5-13
St Bernard - (20 août 2003)
Cathédrale saint Tugdual de Tréguier
Homélie du Frère Yves HABERT

 

V

ous me permettrez simplement de rappeler que si je m'appelle Yves, c'est parce que mon grand-oncle était curé ici. Je suis assez ému de célébrer ici pour la première fois l'eucharistie dans cette cathédrale.

Saint Bernard et saint Yves ont un point commun, ce sont tous les deux des contemplatifs. La recherche de Dieu et la recherche des frères, ils l'ont trouvé tous les deux. Et la recherche de saint Bernard a trouvé aussi dans la communauté de ses frères le soutien pour parcourir l'Église jusqu'à prêcher la croi­sade, saint Yves lui, est le premier prêtre diocésain canonisé. Le souci qu'il avait pour ses paroissiens rejoint ainsi le souci que portait saint Bernard, c'était le souci de l'Église tout entière. Il y a en lui cet aspect de la contemplation, et aussi celui de l'action, du ser­vice, de la passion des frères.

Tous les deux ont marché. Tous les deux, comme l'homme du Moyen-Age marchent ! Ils mar­chent plus que nous ce matin, on aurait voulu faire plus sur le chemin des douaniers. Il est important aussi que l'on prenne le temps de marcher. L'homme du Moyen-Age marche, et c'est là que se forme son âme. C'est là qu'il trouve aussi dans cette alliance très particulière d'un travail et d'un autre, une sorte de respiration en Dieu, et cette ardeur au service de l'humanité. La marche est une sorte d'acte contempla­tif, de chemin de sainteté. Cet hommes marche comme le cheminot, il ne marche pas comme celui qui s'ennuie de son travail, et qui un jour s'arrête et un jour meurt là. Il ne marche pas comme le représentant de commerce, qui doit faire des affaires, qui a quelque chose à rendre, qui a un échange, qui doit gagner sa vie en marchant. Il ne marche pas pour le plaisir comme le touriste qui n'a besoin que du plaisir d'un instant, qui n'a pas de but précis, il regarde et repart sous la canicule, et se contente du moment présent. Il faut marcher comme un pèlerin, c'est la grande diffé­rence avec le tourisme. Certains disent qu'il faut faire le chemin de saint Jacques de Compostelle à pied, comme on devrait faire le Tro Breiz à pied et non pas en autocar ! Le problème ne réside pas dans le moyen de locomotion, qui est sans doute assez accessoire. Le pèlerin a besoin de toucher, il a besoin de constater, il a besoin de toucher ces reliques, comme par exemple ce que vous avez pu voir ici, le chef de saint Yves. Le besoin de toucher, c'est quelque chose de très charnel. Je suis sûr que toutes ces merveilleuses églises que l'on visite non pas comme des touristes, mais que l'on visite comme Marie qui rendait visite à sa cousine Elisabeth, c'est la visitation, le pèlerin a besoin de voir ces églises comme on a besoin de voir l'événement, il a besoin de trouver un sens à ses pas.

Aujourd'hui, c'est en quelque sorte de zénith de notre pèlerinage, parce que nous sommes au mi­lieu. Nous nous sommes recueillis déjà auprès de saint Patern, de saint Pol, de saint Corentin, après il y aura saint Brieuc, saint Malo et saint Samson. Aujourd'hui, il y a ce petit Tabor, et il faut rester fidèle à cette marche. Toutes les courses, on les gagne dans les derniers mètres, toutes les courses, on les gagne quand on touche le but, la victoire.

 

 

AMEN