QUAND LE BIEN-AIMÉ PARLE

Ct 8, 6-7; Lc 11, 5-13
St Bernard - (20 août 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

 

Sylvanès : Le cloître 

D

emandez et vous recevrez ! Frappez et l'on vous ouvrira ! Cherchez et vous trouverez !" Ces paroles du Seigneur peuvent être la devise de saint Bernard. En effet, je crois qu'à travers les vicissitudes de l'époque, une époque très troublée, très confuse où saint Bernard a dominé de sa haute stature spirituelle tous ces évènements tout en étant lui-même dans la mêlée, saint Bernard a essayé de vivre cette parole du Seigneur car il savait que la seule chose qu'il fallait trouver, la seule réalité qui devait s'ouvrir à nous, c'était le mystère même du Christ, le mystère du Verbe.

       C'est pourquoi saint Bernard a écrit, parmi les plus belles pages mystiques de l'Église occidentale un commentaire du Cantique des Cantiques. J'aimerais vous lire quelques passages d'une de ces homélies qui constituent ce commentaire et qu'il donnait, régulièrement à ses moines, à Cîteaux. Il commente simplement cette phrase : "Voici que me parle mon Bien-Aimé !" et il explique tout le mystère de la visite du Bien-Aimé qui est Jésus-Christ, la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu, au cœur de l'Église et au cœur de chaque homme.

       "Voici que me parle mon Bien-Aimé !" Observez les progrès de la grâce et les degrés de la divine bonté. Voyez avec quelle finesse la vigilante Épouse du Cantique discerne l'approche de l'Époux, son Seigneur, et remarque ses moindres gestes. Il vient, Il se hâte, Il s'approche, Il se tient là, Il regarde, Il parle : aucun de ses actes n'échappe au regard exercé de l'Épouse, qui en saisit aussitôt tout le sens. Il vient dans les Anges, Il se hâte dans les Patriarches, Il s'approche dans les Prophètes, Il est là, incarné, Il nous regarde dans ses miracles, Il nous parle dans ses apôtres. Ou encore, Il vient par amour et par désir de pardonner, Il se hâte pour nous porter secours, Il s'approche en s'humiliant, Il est là pour les hommes qui l'entourent, Il regarde les générations futures, Il parle du Royaume de Dieu. Ainsi se fait, la venue de l'Époux. Les riches bienfaits du salut L'accompagnent : tout ce qui tient à lui est délicieux, tout plein de mystères joyeux et salutaires. Cependant celle qui l'aime veille, les yeux ouverts. Heureuse l'âme que le Seigneur trouvera occupée à l'attendre ! Il ne passera pas auprès d'elle sans s'arrêter, sans lui parler, et ses paroles seront d'amour, paroles d'amant. Elle dit bien : Voici la voix de mon Bien-Aimé car Il lui adresse des discours amoureux et non des réprimandes."

       "L'Épouse est si fine, si intelligente, si attentive qu'elle l'a vu venir de loin, elle l'a regardé qui accourait, bondissant par-dessus la tête des orgueilleux et s'approchant humblement d'elle parce qu'Il est humble. Puis, bien qu'Il se soit caché derrière le mur, elle a connu sa présence et deviné qu'Il la regardait à travers les fenêtres et les treillis. Et maintenant, pour la récompenser de son attente, Il lui parle. S'il l'avait regardée sans un mot, elle eût pu en être inquiète et croire que ce regard était d'indignation plutôt que d'amour. Car enfin Il regarda Pierre sans lui adresser la parole, et ce silence fut sans doute la cause des larmes de Pierre. L'Épouse, elle, mérite que L'Époux lui parle après l'avoir regardée. Vous voyez par là que le regard de Dieu qui est toujours semblable à lui-même, peut avoir des effets différents, parce qu'il se conforme aux mérites de chacun, frappant les uns de crainte, apportant aux autres la consolation et la paix. Il regarde la terre et la fait trembler, mais aussi Il regarde Marie et verse en elle sa grâce. Il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante, dit-elle, et désormais toutes les générations me diront bienheureuse. C'est là le langage de quelqu'un qui n'est pas dans la tristesse ou dans la crainte, mais dans la joie. Dans notre Cantique, l'Époux a regardé l'Épouse de cette même façon : elle n'a pas tremblé, elle n'a pas pleuré comme Pierre, car elle n'était pas comme lui attachée à la terre et les paroles de l'Époux ont comblé son cœur de joie, car elles attestent que le regard était de tendresse."

      Je crois que cette méditation sur ce jeu d'approche entre l'Époux et l'Épouse entre le Seigneur et l'Église peut nous aider à comprendre nous-mêmes, aujourd'hui, le mystère de l'Église, même si, à certains moments, nous nous demandons comment est l'Église aujourd'hui. Même si elle nous surprend ou nous déconcerte, nous devons toujours savoir qu'elle est la Bien-Aimée et que, quoi qu'il arrive c'est le regard de tendresse et de douceur que l'Époux pose sur elle, qui la constitue comme Église. Et plus nous-mêmes, au fond de notre cœur, nous reconnaîtrons ce visage et cette lumière du regard de l'Époux qui se pose sur nous, davantage peut-être parviendrons-nous à réaliser le mystère profond de l'Église, cette mère qui nous a enfantés à la Parole de Dieu.

      AMEN