SAINT BERNARD

Ct 8, 6-7
St Bernard - (20 août 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

Bar-sur-Aube : Saint Bernard 

Q

uel a été son premier geste d'adulte, son premier geste d'homme, lorsque à 21 ans, il quitte la maison paternelle, les domaines familiaux de Fontaines-les-Dijon et qu'il part vers Cîteaux, pour entrer dans la solitude à la recherche de Dieu. Mais paradoxalement il ne part pas seul vers cette solitude puisqu'il entraîne avec lui une trentaine d'amis, de proches ou de cousins.

Dans ce geste, dans ce départ de Bernard, toute sa vie est déjà inscrite. Ce fut un homme, un moine, un abbé qui aima passionnément la solitude, parce qu'il fut séduit par l'amour passionné de Dieu pour l'humanité. Et le premier texte de l'Écriture, le Cantique des Cantiques, fait écho à cette contemplation de Bernard qui, au long des années, et Dieu sait si elles ont été parfois difficiles et tumultueuses, tout au long des années, il a su, il a voulu vivre cette régularité ponctuelle de la méditation de la parole de Dieu. Cette vie spirituelle, intérieure, intime, de Bernard avec son Dieu a été marquée par ce que l'on peut appeler l'humanité du Seigneur Jésus. Il a aimé, fréquenté la Bible, l'évangile avec ce qu'il y avait de concret, d'humain, de charnel. Il a aimé le Seigneur à travers son Incarnation, à travers ses souffrances, à travers sa mort et il disait que l'aimant ainsi, il pouvait plus facilement l'aimer comme Dieu. Cette solitude a été un des pôles de la vie de Bernard.

       Et l'autre pôle, c'est paradoxal mais c'est ainsi, c'est ce que je pourrais appeler sa sollicitude pour l'Église tout entière, le monde tout entier. Parfois même on avait l'impression que le monde n'était pas suffisamment grand ou suffisamment compliqué et qu'il aurait voulu aller aider, aller chercher au-delà des limites de l'humain et du terrestre. Vous savez que saint Bernard a eu une activité absolument débordante. Il fut peut-être d'ailleurs pour l'Église, ce que l'évangile disait tout à l'heure, cet ami importun qui bien souvent à temps, et souvent aussi à contretemps est allé frapper à la porte des foules, à la porte des petits ou à la porte des grands fut-ce les rois, fut-ce le pape Eugène III à qui il s'était permis d'envoyer un directoire pour lui rappeler quelles étaient les obligations de sa charge pastorale.

Ainsi la sainteté de Bernard a été prise entre cet amour fou de Dieu dans la solitude et cet amour aussi fou de Dieu dans la sollicitude pour son peuple, pour son Église. Au cours de cette eucharistie, où nous faisons mémoire de cet homme qui a marqué son temps et qui marque encore le temps de l'Église, nous prierons pour que, aujourd'hui, qui que nous soyons,on n'a pas besoin de prêcher une croisade ou d'écrire au pape pour lui dire ce qu'il doit faire, nous soyons quand même animés, jusqu'au fond de notre cœur, jusqu'au fond de notre chair, par cet ardent amour du Seigneur Jésus, celui que nous avons pour Lui, mais surtout celui qu'Il a pour nous et pour l'humanité tout entière.

       AMEN