VIE ET MORT
Ap 11,19-12,10; 1Co 15, 20-26; Lc 1,39-56
Assomption de La Vierge Marie - (15 août 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Assomption - Corneilla
|
F |
rères et sœurs, pour atteindre le mystère de l'Assomption, il faut beaucoup de courage, de persévérance, il faut laisser de côté la signification que cette fête a prise pour la plupart de nos contemporains, signe d'embouteillages, signe de ponts, signe de problèmes de transports, signe de vacances, de retours de vacances. Il faut aussi laisser de côté les esprits chagrins pour quitter tout ce qui est signé par le mot "dogme" et qui signifie donc l'idéologie, et tout le reste. Il faut laisser aussi de côté l'erreur que l'on commet quand on donne au terme de "privilège" le fait que c'est quelque chose que Marie se serait gardé pour elle-même et que l'Église, c'est bien connu qui est très misogyne, a essayé de se racheter en donnant enfin un peu de privilèges aux femmes.
En fait, c'est beaucoup plus sérieux et beaucoup plus beau ce que nous célébrons ce matin. Ce matin, il est question de vie et de mort. Je n'ai pas dit : de vie ou de mort, j'ai dit de vie et de mort. Vous aurez remarqué en écoutant la première lecture extraite de l'Apocalypse combien ce que nous appelons mort et vie sont intimement liées. La femme, celle qui a le soleil pour manteau, était enceinte, elle crie torturée par les douleurs de l'enfantement. La vie peut être cause de souffrance et de mal. "Le dragon se tenait devant la femme qui allait enfanter afin de dévorer l'enfant dès sa naissance". La mort est toujours tapie comme une bête à notre porte, et pourtant, c'est la naissance de cet enfant et la vie qui sont plus fortes que cette souffrance et que ce mal. Dans ce texte ce qui nous est dit, plutôt redéfini, c'est ce que le mot "vie" veut dire, et ce que le mot "mort" veut dire. Je suis très présomptueux de vouloir définir la vie parce qu'on n'y arrive pas toujours véritablement, mais on peut s'accorder généralement en disant que la vie est ce principe qui est capable d'animer un corps ou même quelques cellules.
C'est bien ce que l'homme moderne et scientifique essaie de trouver même au fin don de l'espace. La vie si elle n'existait pas sans la biologie, ce n'est pas non plus une survie, même si parfois nous savons qu'il faut survivre pour enfin, un jour, vivre.En fait, ce que nous dit le texte de l'Apocalypse, c'est que la vie c'est cet enfant qui est porté par une femme. Autrement dit, il n'y a pas de vie sans projet. Le cœur de la vie ce n'est pas de vivoter, de survivre, d'essayer de trouver le mystère dans les cellules, mais c'est un projet. C'est à la fois porter un projet qui vient de nous, comme une femme porte cet enfant qui vient d'elle, et en même temps, c'est porter un projet qui va au-delà de ce que nous sommes et sur lequel nous n'avons pas de contrôle. Les mamans et les papas le savent trop bien, eux qui n'ont pas toujours le contrôle sur leurs propres enfants et cela ne s'arrange pas avec le temps qui passe.
Que nous dit aussi ce texte sur la mort ? C'est vrai, et d'ailleurs, quand nous avons été touchés de près par la mort, c'est avant tout une double séparation. La séparation d'un corps qu'on voit dans cette église entre quatre planches, et puis cet esprit dont on pense qu'il est parti quelque part … selon les gens, c'est très vague ou vaste, ce que l'on peut imaginer ou croire. Et puis, pour les plus croyants d'entre nous, c'est la séparation de l'être aimé et nous-mêmes qui restons ici sur cette terre. Or, si je continue la nouvelle définition de la vie que l'Apocalypse nous a offert, c'est-à-dire la vie en tant que principe de début d'un projet, d'une nouveauté, d'un futur, en fait, la mort, même si cela peut choquer, ce n'est pas d'abord le problème de la mort physique, mais c'est l'absence totale de futur et de projet, c'est croire que il n'y a pas de porte ouverte. C'est là que nous faisons le jeu du diable, nous baissons les bras et nous disons cette phrase que le diable adore : "A quoi bon !" A quoi bon porter la vie, à quoi bon porter des projets de vie ensemble et que de toute manière la mort va frapper parce qu'elle doit faire son œuvre et que tout va finir.
Le mystère de Marie, c'est cela. C'est cette femme qui, envers et contre tout, a porté en son sein non seulement un enfant, mais un projet qui dépassait tout ce que Marie pouvait imaginer. Et quand l'Église dit que Marie, c'est l'Église, quand nous disons que nous, qui sommes l'Église, nous sommes aussi les enfants de Marie, nous pouvons aussi nous appliquer cette définition de la vie et de la mort. Pour chacun d'entre nous la vie ce n'est pas la vie ou la mort. Mais nous découvrons au cœur de notre vie et toutes les morts que nous traversons, qu'il y a toujours un projet de vie qui est plus fort que cette mort terrestre et physique. Avec ce mystère de l'Assomption, nous explorons un domaine très compliqué. Les Pères de l'Église se sont posé la question : est-ce que Adam et Eve seraient morts physiquement s'il n'y avait pas eu le péché ? La réponse à cette question est à la fois compliquée et simple, Adam serait peut-être mort physiquement, mais il n'aurait jamais été coupé de la vie avec Dieu et c'est cela qui importe.
Quand nous célébrons le mystère de l'Assomption, que célébrons-nous ? Nous célébrons le fait que la Mère de Dieu a porté ce projet jusqu'à son aboutissement et comme elle le dit dans l'évangile que nous avons entendu dans le Magnificat, elle a aussi laissé Dieu faire les choses. Dieu ne nous demande pas de combattre à sa place, il nous demande de porter des projets et Dieu sera à nos côtés pour combattre avec nous et pour que nous puissions porter ses projets et leur donner vie. Il ne faut pas mélanger les rôles. Qu'est-ce que l'Assomption ? C'est une révolution sur ce que nous appelons la mort. Avec l'Assomption la mort a un nouveau visage. Et ce visage quel est-il ? C'est le corps de l'Église qui rejoint la tête qui est le Christ monté au ciel. Je vous livre une définition encore plus simple : qu'est-ce que l'Assomption ? C'est un autre nom pour dire la mort.
AMEN