MÈRE DES ENFANTS DE DIEU : MARIE ET L'ÉGLISE

Ap 11,19-12,10; 1Co 15, 20-26; Lc 1,39-56
Assomption de La Vierge Marie - (15 août 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

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n signe merveilleux apparut dans le ciel, une femme, le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles". Devant cette magnifique image, que nous livre le livre de l'Apocalypse, l'Église, tous les commentateurs, la liturgie d'aujourd'hui reconnaissent en cette femme Marie. Marie remplie de la lumière du soleil, c'est-à-dire de la lumière de son Fils ressuscité, couronnée de douze étoiles, c'est-à-dire des douze tribus de l'Israël nouveau, qui est l'humanité sauvée, la lune sous ses pieds. Marie dans le mystère de son Assomption, c'est pourquoi nous avons lu ce texte tout à l'heure.

De fait, si nous lisons la suite : "Elle est enceinte et elle mit au monde un enfant mâle celui qui sera le berger de toutes les nations et qui les mènera avec un sceptre de fer". Un dragon s'efforce de dévorer cet enfant mâle, et nous voyons bien toutes les forces de l'enfer, du mal, toutes les puissances de ce monde qui se sont déchaînées autour de l'enfant de Marie jusqu'à le crucifier sur une croix, mais Dieu l'a ressuscité. En effet, Dieu l'a enlevé jusqu'à son trône tandis que la femme s'enfuit au désert pour y rester dans un refuge pendant mille deux cent soixante jours. C'est un chiffre symbolique qui correspond à deux ans, un an et la moitié d'un an, ce qui manifeste dans le langage symbolique des chiffres de l'Apocalypse le temps de ce monde qui est inachevé. Trois et demi, c'est la moitié de sept, le chiffre sacré et cette moitié d'année montre l'incomplétude de notre temps. Voilà donc que la femme est mise dans un refuge au désert pendant le temps de ce monde.

Tout cela nous parle de la vierge Marie, et pourtant, il y a un détail qui nous invite à aller plus loin. Je viens de le sauter quand je vous ai fait la lecture : "Elle est enceinte, et elle crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement." Toute la tradition de l'Église nous a dit que Marie, parce qu'en vue de sa maternité divine avait été préservée du péché originel, Marie n'a pas vécu les conséquences du péché originel. Vous vous souvenez peut-être qu'après la faute d'Adam et Eve, une des conséquences de ce péché est l'enfantement pour la femme, dans les douleurs. Ces douleurs n'ont pas atteint Marie, c'est ce que la tradition s'est plue à dire, et ce détail dans le texte de l'Apocalypse ne correspond plus tout à fait à ce visage de Marie. Cela nous invite, et a invité les commentateurs et l'Église à ne pas voir seulement dans cette femme, seulement Marie, mais aussi l'Église. Marie et l'Église dans le mystère de notre foi c'est tout un. Car Marie est non seulement le premier membre de l'Église, la première des sauvés, des rachetés, le membre par excellence de ce corps du Christ qu'est l'Église et de même que Marie est mère du Fils de Dieu, de la même manière, l'Église est aussi la mère de Dieu.

En effet, l'Église est bien dans les douleurs de l'enfantement, car c'et à travers les épreuves, les persécutions, les doutes, les errances, c'est à travers toutes ces difficultés que l'Église avance peu à peu vers le Royaume, vers ce Royaume où Marie est entrée dès le moment de sa mort. Ainsi, l'Église st comme une sorte de démultiplication du mystère de Marie. A travers toutes les épreuves, les douleurs l'Église enfante, met au monde non pas un enfant mâle, mais tous les enfants de Dieu. C'est le mystère du baptême. Et c'est pourquoi nous allons tout à l'heure demander au Seigneur d'envoyer son Esprit sur Emma pour que mise au monde par l'Église, elle qui est déjà l'enfant de ses parents, elle devienne enfant de Dieu, quelle puisse dire à Dieu : notre Père.

Il y a donc un parallèle très étroit entre la mise au monde de Jésus par Marie, et la mise au monde d'Emma et de tous les enfants de Dieu par l'Église. Ce que Marie a accompli dans la splendeur de sa virginité, l'Église l'accomplit dans les douleurs de l'enfantement. Cette femme couronnée d'étoiles, remplie du soleil, c'est bien Marie, mais c'est aussi l'Église qui met au monde ses enfants de Dieu qui sont aussi le Christ. Nous croyons que l'ensemble des enfants de Dieu c'est le corps du Christ, nous sommes les membres du Christ. Par le baptême, nous portons précisément en nous l'Esprit du Christ qui nous donne la vie du Christ, et comme le dit saint Paul, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. Nous sommes non pas simplement des amis de Jésus, mais nous sommes participants de sa vie, membres de son corps. Quand l'Église nous met au monde par le baptême, elle met au monde les membres du corps du Christ, qui est le rassemblement de tous les élus et des sauvé de toutes les tribus de l'Israël nouveau, qui comme douze étoiles couronnent la tête de cette femme qui est l'Église.

Mais nous pouvons faire un pas de plus encore car peut-être que cette interprétation de la femme de l'Apocalypse par l'Église va nous permettre d'ajouter quelque chose encore à notre première interprétation, celle par Marie. Si l'Église est la mère des enfants de Dieu, des membres du corps du Christ que nous sommes, nous devons comprendre aussi que Marie est la mère de tous les hommes. C'est un mystère qui s'est réalisé au pied de la croix. Quand Jésus est élevé sur la croix, l'évangile nous dit qu'au pied de sa croix se tenaient Marie sa mère et Jean le disciple bien-aimé. Jésus dit à Marie en lui montrant Jean : "Voici ton Fils", et à Jean, Jésus dit : "Voici ta mère". Ce n'est pas un privilège qui appartiendrait au seul apôtre Jean parce que c'était le disciple bien-aimé du Christ. Jean est là comme prototype de tous les disciples. Quand Jésus dit à Marie : "Voici ton fils", ce n'est pas uniquement de Jean qu'il s'agit, mais c'est de tous les disciples, de vous, de moi, de chacun d'entre nous, d'Emma, de tous les enfants de Dieu. Marie est la mère de tous les enfants de Dieu. Elle partage avec l'Église cette mise au monde.

De même que la cuve baptismale dans laquelle l'eau va régénérer Emma par le baptême, cette cuve qui est appelée par toute la tradition le sein maternel de l'Église, de la manière au moment de mourir sur la croix, Jésus donne à Marie comme enfants tous les enfants de l'Église. Marie qui accepte d'offrir son Fils au moment de son sacrifice sur la croix, accepte à travers ce sacrifice de devenir la mère non seulement de Jésus mais aussi de tous les frères de Jésus. C'est pourquoi nous pouvons dire à ce moment-là que Marie en nous mettant au monde au pied de la croix a connu les douleurs de l'enfantement. C'est dans la mort de son Fils, dans sa compassion à la Passion de son Fils, dans sa propre participation par l'amour qui l'unité à lui, à la mort de son Fils, que Marie est devenue notre mère. Si elle n'a pas connu les douleurs de l'enfantement au moment de la naissance de Jésus à Bethléem, elle connaît jour après jour les douleurs de l'enfantement avec l'Église en participant avec elle à notre mise au monde du ciel.

C'est tout à la fois Marie et l'Église qui nous sont présentées dans cette femme couronnée d'étoiles, enveloppée de soleil, la lune sous ses pieds. La gloire de Marie comme la gloire de l'Église n'est pas autre chose que la participation à la croix du Christ. N'oublions jamais que ces images de splendeur, de lumière, de rayonnement et de gloire sont toujours des images du mystère de la Pâque du Christ, et cette Pâque est indissociablement sa mort et sa résurrection. Participer à la vie du Christ, à sa Pâque, comme va le faire Emma par son baptême et par toute sa vie baptismale ensuite, c'est entrer dans le mystère d'une vie qui jaillit de la mort. Cela veut dire que tout au long de sa vie, Emma sera assimilée à la plénitude de la vie du Christ non seulement dans les moments heureux et de gloire, non seulement quand elle sera enveloppée dans le soleil, et quand elle aura les étoiles autour de la tête, mais aussi quand elle sera à sa place sur la croix.

La vie est aussi un mystère de douleur, comme les douleurs de l'enfantement, c'est à tout cela que nous allons introduire Emma comme nous l'avons été chacun d'entre nous au moment de notre baptême, comme nous le sommes jour après jour tout au long de notre vie qui est une vie baptismale, comme nous le serons au jour de notre mort qui sera avec Marie notre entrée dans la gloire.

 

AMEN