LE DÉSIR DE LA GLOIRE
Ap 11,19-12,10; 1Co 15, 20-26; Lc 1,39-56
Assomption de La Vierge Marie - (15 août 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ermettez-moi de vous partager mon étonnement en cette fête de l'Assomptions, étonnement qui doit conduire un peu plus avant dans la mystère que nous célébrons, de la vierge Marie qui entre avec son corps dans la gloire de son Seigneur. Mon étonnement est celui-ci : Marie avec ses yeux corporels n'a pas vu Jésus ressuscité. Certes, certains saints comme saint Ignace, par exemple, dans un mouvement de dévotion qui les dépassaient sans doute, ont imaginé une rencontre de Jésus, du Ressuscité avec Marie. Mais, de cette rencontre, il n'est pas question dans le Nouveau Testament.
Saint Luc est le narrateur fidèle, le laudateur fidèle, le témoin fidèle, de la vierge Marie. C'est lui qui raconte l'Annonciation, la Visitation que nous venons d'entendre, la Présentation de Jésus. D'autres évangélistes comme saint Jean associent Marie au mystère de Cana, associent Marie d'une manière particulière au mystère de la croix. Saint Luc qui est celui qui a rédigé les Actes, suivant toute la Tradition, saint Luc ne parle pas d'une apparition du Ressuscité à Marie, par contre, aussi bien dans les évangiles que dans les Actes, on voit de nombreuses apparitions à Marie-Madeleine, aux apôtres, à Thomas, aux disciples au bord de la mer, à cinq cents disciples à la fois.
Il y a donc là, quelque chose comme un flou artistique. Il n'est pas dit que Jésus soit apparu, ou qu'Il ne soit pas apparu. Ce flou artistique a sûrement aussi un poids pour nous. Saint Luc au début de son évangile dit : "Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé mi aussi, (et il précise), après m'être infirmé exactement de tout depuis les origines, d'en écrite pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile". Il n'est pas dit que la vierge Marie était vivante au moment de la Passion de son Fils et Seigneur, et il n'est pas impossible que saint Luc ait demandé à Marie. Et le Père Bruckberger dans une sorte d'audace poétique, de licence poétique, avec une sorte de pointe d'humour, raconte l'interview de Marie par saint Luc, puisqu'il s'était informé exactement, Bruckberger se dit : il a dû interroger la mère de Jésus. Je cite : "Marie, oui ou non, Jésus vous est-il apparu ?" Réponse de Marie : "Non, il ne m'est pas apparu comme à Marie-Madeleine et les apôtres". - "Assistiez-vous à l'Ascension ?" - "Non, je n'y assistais pas". - "Comment expliquiez-vous cela ? " - "Je ne l'explique pas, je constate et je témoigne". Saint Luc répond : "Jamais je n'oserais écrire cela noir sur blanc, on va croire que Jésus vous a renié, qu'il ne tenait pas compte de sa mère". - "C'est vrai, ce n'était pas un fils comme les autres". - "Que faire dit saint Luc ?" Et la réponse de la vierge Marie : "Votre devoir est de ne pas mentir, de ne pas inventer". Et saint Luc n'a pas rapporté l'apparition de Jésus à sa mère.
Marie est là au plus noir de la Passion, Marie est là au pied de la croix, c'est certain (Jean 19). Marie est là dans la gloire, c'est ce que l'Église a toujours cru, l'Église en a fait un dogme au premier novembre 1950. Et entre les deux, pourquoi n'y a-t-il pas eu une apparition ? Je crois qu'il fallait que Marie accompagne la toute jeune Église, puisque saint Luc toujours, nous dit que Marie était là avec les apôtres, avec quelques femmes, il fallait que Marie accompagne l'Église dans sa foi. Il fallait que Marie, suivant la belle expression de Jean-Paul II, poursuive son pèlerinage de foi sur la terre. Il fallait que Marie nous accompagne nous aussi sur ce chemin de foi, elle qui n'a pas vu son Fils ressuscité, mais qui devait attendre de la voir dans la gloire. Marie est celle à qui le Seigneur a le plus donné : préservée du péché dès sa conception, elle a porté le Verbe de Dieu, elle a vécu ce compagnonnage, même si on a vu quelquefois dans l'évangile que ce n'était pas toujours évident, elle a reçu aussi cette gloire que nous célébrons aujourd'hui, c'est-à-dire que sa mort fut une sorte de mort de communion. Elle n'a pas connu les affres de la mort et du tombeau, elle est passée comme sur un nuage, de la terre au ciel. Marie aussi est la personne à qui le Seigneur a le plus demandé. Il a demandé poliment avec son ange, son consentement. Il a demandé qu'elle soit transpercée d'un glaive, qu'elle n'accepte pas tout ce que pouvait dire ou saisir son Fils. Il a fallu qu'elle vive dans la foi aussi en suivant son Fils. Puis, il a tellement exigé d'elle aussi qu'il a exigé d'elle quelle soit présente au pied de la croix, pour que l'Église qui était figurée à travers elle se reçoive de la croix du Seigneur. Mais il a aussi exigé d'elle, qu'elle reste fidèle dans la foi. Il a exigé d'elle quelle reste attentive à tout ce que le Seigneur avait déposé dans son cœur pour être là, à attendre la gloire, pour être là à attendre sa gloire.
En ce week-end, le corps est à l'honneur. Le corps des athlètes, de ceux qui ont trimé pour arriver à décrocher une qualification aux jeux olympiques et qui ont défilé vendredi soir, toutes ces nations qui étaient là rassemblées, toutes ces nations qui parfois se font la guerre, on avait l'impression que tout à coup la planète était devenue une sorte de village. Et puis, il y avait les corps des ces athlètes qui portaient leur espérance, l'espérance aussi d'une nation, d'un peuple, des espérances très diverses et qui guettaient tous la victoire. Il y a aussi ce week-end le corps de tous les malades, et Jean-Paul II est un parmi eux, qui attendent, qui guettent aussi une résurrection, un soulagement de leur souffrance, qui guettent un apaisement, qui guettent une consolation. Et quand je dis que ces corps, aussi bien ceux des athlètes que ceux des malades sont des corps désirant la victoire ou la guérison, je dis le corps, mais c'est toute la personne, c'est mon corps, toutes ces personnes qui attendent.
Et là, nous fêtons aujourd'hui en ce quinze août, la vierge Marie qui a attendu dans la foi avec tout ce qu'elle est, qui a attendu dans la foi avec tout son corps, avec tout ce qu'elle est comme femme, qui a attendu dans la foi non pas la victoire, non pas la guérison, mais qui a attendu la gloire. La fête de l'Assomption est la fête du ciel, de cette femme qui est glorifiée par son Fils, qui est glorifiée dans son Fils, mais c'est aussi, je crois la fête du désir de l'Église, de ce grand corps qui est l'Église, qui, portée par le désir de Marie, portée par cette attente patiente de la foi, désire la gloire, désire le compagnonnage avec Jésus, désire ce qu'aucun entraînement ne pourra nous donner, ce qu'aucune idée ne pourra nous donner, mais que nous recevons de Dieu.
AMEN