LE MYSTÈRE DE MARIE
Ps 44, Ps 83 et Ps 90
Assomption de la Vierge Marie (15 août 1992)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Walcourt : Assomption
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ue de trésors la liturgie de l'Église nous offre à chaque fête en nous donnant de comprendre ce qu'est la vie chrétienne. A travers tout le mystère de l'Église se construit et se révèle le visage du chrétien. Ce soir, je voudrais m'arrêter sur les trois psaumes que nous avons chantés. Le premier est un psaume théologal, le deuxième est spirituel et le troisième ecclésial. Et à eux trois, ils nous font contempler tout le mystère de Marie en son Assomption.
Le premier psaume est théologal et comme tout, en théologie il est centré sur Dieu ou plutôt sur le Christ (Ps 44) "Tu es beau, le plus beau des enfants des hommes. La grâce illumine la parole de tes lèvres!" Il s'agit pour nous de regarder le visage du Christ, de découvrir dans ce visage la beauté même de notre humanité. En contemplant le visage de Dieu de remarquer tous les traits de beauté de notre univers. A l'encontre parfois de nos catégories au niveau de la beauté ici sur terre, cette beauté est fondée sur un principe intangible, celui de la vérité. Ce psaume 44 nous fait entrer directement dans le mystère de l'Assomption car la première partie chante la gloire du Roi. Le roi est établi. C'est le personnage ou la personne qui, représentant toute l'humanité, est placée à son faîte pour que cette humanité soit le point culminant de la gloire du monde. Et c'est ainsi que tout honneur rendu à la gloire du Roi est, en fait, rendu à notre humanité. Et cette gloire rejaillit sur chacun et donc en premier lieu sur le visage d'une femme, Celle qui est choisie par le Roi, son épouse qu'il fait entrer dans les demeures. Il s'agit pour nous de comprendre que la vierge Marie est déjà auprès du Roi, auprès de son Fils comme celle qui entraîne à sa suite tout un cortège car une épouse ne va jamais seule, elle est accompagnée de tous ceux qui sont invités à entrer dans les demeures de Dieu.
Et c'est dans le deuxième psaume, le psaume 83, que nous découvrons et contemplons la force spirituelle qui sous-tend notre célébration. C'est celle de l'âme du chrétien, du croyant face au désir des demeures divines. Comme nous l'avons entendu dans l'évangile, le Christ est parti nous préparer une demeure. Nous n'avons plus hélas l'habitude de saisir ce qu'est une demeure. Nous changeons très souvent d'appartement, nous allons de studio en duplex et nous n'avons pas une conception très juste de ce qu'est la demeure. Or demeurer signifie rester, signifie aussi que celui qui veut faire une demeure doit y mettre tout son cœur et tous ses moyens pour la réaliser.
L'âme du chrétien est déjà en construction sur cette terre, mais elle va trouver sa perfection c'est-à-dire toute origine de vie, de foyer, de chaleur, d'humanité dans la source même de la vie qui est Dieu. C'est ainsi que les spirituels comprendront que le corps et l'âme chrétienne deviennent, pour celui qui est à l'origine même de toute vie, la demeure où Dieu aime venir. Mais Dieu ne fait que répondre au désir de l'homme d'être toujours auprès de Lui. Et auprès de Dieu, on ne s'ennuie pas. Un petit garçon disait à sa maman : "Nous nous ennuierons auprès de Dieu". Sa mère lui a répondu : "Est-ce que tu t'ennuies auprès de tes parents ? - Non - Est-ce que tu veux être toujours avec nous ? - Oui ! - Et bien avec Dieu c'est pareil". C'est cela le désir de l'âme du chrétien.
Mais nous ne sommes pas des forteresses. Et c'est le troisième psaume qui nous fait pénétrer dans le secret de la célébration. Il n'y a de demeure qu'ecclésiale. Ce psaume 90 nous présente l'Église sous le terme de Sion. L'Église qui est à la fois demeure et épouse. Préfigurée par Marie, demeure de Dieu, en accueillant en son sein la deuxième personne de la Trinité, en construisant dans cette humanité et en tissant dans cette humanité le Verbe de vie qui lui a donné naissance, Marie est aussi la figure de l'Épouse qui est présentée toute pure et toute vierge pour manifester comme l'Église, sans tache ni ride, que l'Épouse est appelée à devenir mère. Et il faut savoir quel est le désir profond de Dieu. C'est qu'il préfère Sion à toutes les demeures de Jacob, car c'est Lui, le Seigneur qui l'a fondée. L'Église est donc la préférence de Dieu et chaque chrétien qui se trouve dans l'Église devient l'objet particulier de la dilection divine.
Ainsi, c'est dans l'Église que se révèle déjà et que se façonne le visage de notre éternité. C'est ainsi que, peu à peu, comme nous l'avons chanté ce soir, notre intelligence est touchée car nous sommes ceux qui contemplent la beauté de Dieu. Notre cœur est touché parce que Dieu vient perfectionner le désir d'être auprès de lui dans sa demeure. Tout notre être est enveloppé et gracié par la vie que Dieu nous donne en étant dans son Église. Il nous lave, Il nous purifie dans les eaux du baptême, Il met sur notre tête le parfum de la joie et du salut pour que, corps et âme, notre cœur se tourne vers Lui et qu'en le contemplant nous soyons rassasiés de sa beauté, qu'en étant rassasiés de sa beauté nous le désirions encore plus, qu'en le désirant encore plus notre amour et sa miséricorde n'aient point de fin dans les siècles des siècles.
AMEN