ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE

Ap 11,19-12,10; 1Co 15, 20-26; Lc 1,39-56
Assomption de La Vierge Marie - (15 août 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

S

eize longues lignes d'introduction pour un texte qui fait trois lignes un quart ! Je vous fais grâce de l'introduction et vous lis le texte fondamen­tal : "La Mère immaculée de Dieu Marie toujours vierge après avoir accompli le cours de sa vie terres­tre, a été assumée corps et âme dans la gloire cé­leste". Texte court, synthétique, comme une météorite qui tomberait sur la terre, texte qui pose plus de ques­tions qu'il n'en résout, et j'aurais envie de dire que comme pour les évangiles, ce dogme de l'Assomption nous donne envie peut-être d'aller voir ailleurs et d'aller chercher des réponses dans d'autres textes. Et comme on va chercher des réponses dans les apocry­phes pour comprendre comment était Jésus quand Il était petit, ou comment étaient les apôtres après la résurrection du Christ, de nombreux textes ont fleuri pour essayer de comprendre et de percer le mystère de la mort, de la Résurrection, de l'Assomption de la Vierge Marie. Face à un texte aussi court, où derrière chaque mot se cache, peut-être pas une forêt, mais du moins beaucoup de questions et de termes théologi­ques, on a envie de baisser les bras, d'être sceptique, pessimiste, de dire que c'est le genre de texte qui ne va pas améliorer l'unité entre les chrétiens, entre les Églises. Ou encore, on se dit que si l'Église le dit, ce doit être vrai, et qu'à partir de ce moment-là on ne doit par chercher à comprendre ce dogme, mais à le dé­fendre bec et ongles sans bien le comprendre ni savoir bien l'expliquer aux autres.

Le dogme arrive-t-il comme une météorite sur la terre ? D'où vient-il ? Est-il le produit de l'affabula­tion de théologiens en manque de réflexions spiri­tuelles et théologiques, ou bien le dogme est-il enra­ciné dans la Parole de Dieu, dans le texte initial qu'est la Bible ? En fait, un des plus grands mystiques, saint Jean de la Croix, le disait déjà : tout est révélé dans la Parole de Dieu. Rien n'est inventé, rien n'est ajouté. Aussi le dogme n'est-il pas une invention des théolo­giens ou de l'Église, mais plus précisément une expli­citation, une explication de quelque chose qui est ca­ché, qui n'est pas encore bien formulé, mais qui ce­pendant est à l'intérieur de la Parole de Dieu, dans le texte initial. Les sceptiques me diront : quand nous fêtons l'Assomption, avoir en évangile la Visitation, texte que nous lisons aussi pour la fête de la Visita­tion, le 31 mai, on ne voit pas exactement le lien avec l'Assomption, même le Magnificat, quel lien a-t-il avec l'Assomption ? Quant-à l'Apocalypse, comment comprendre et rejoindre une femme qui enfante, avec un dragon prêt à lui dévorer son fils, avec un dogme aussi beau et aussi paisible que celui de l'Assomption où le Christ accueille auprès de Lui sa Mère bien-ai­mée. Éventuellement, la lecture de saint Paul sur la Résurrection serait le texte qui nous rapprocherait le plus du mystère de la fête de ce jour. Pour tout vous dire, après avoir lu ces trois textes, j'ai préféré me remémorer ce moment que nous avons passé à Rome, avec quelques paroissiens, où nous avons vu à Santa Maria de Trastevere une abside décorée de mosaïques représentant la Vierge Marie accueillie par son Fils. J'avais envie de prier la Vierge et de lui dire : mais Toi qui as accueilli ton Fils, Toi qui a su dire oui à l'Annonciation, Toi qui a été accueillie comme tu as su accueillir, par ton Fils qui non seulement t'a cou­ronnée, mais a fait ce geste si tendre et si beau de te prendre par l'épaule, où Te caches-tu, où caches-tu ton mystère de l'Assomption dans ces textes ?

Il y a peut-être une piste de réflexion, en re­montant légèrement avant, à l'Annonciation et au mystère de Marie, Mère de Dieu, c'est d'ailleurs le dogme qui a été proclamé à Ephèse dans les premiers siècles. C'est de découvrir que l'Assomption n'est pas un dogme qui arrive comme ça, mais qu'il est lui-même la conséquence de toute une histoire humaine et aussi de la volonté d'une femme d'accepter que sa propre volonté soit celle de Dieu, être la servante du Seigneur. A ce moment-là, les textes s'éclairent un peu mieux. Effectivement, on comprend que le texte de saint Paul dont il est question sur la Résurrection, passage important pour l'Assomption, dans lequel l'apôtre dit de Jésus "qu'Il est les prémices de la Ré­surrection", c'est-à-dire que c'est Lui en premier qui ressuscite, et à sa suite, ceux qui sont au Christ, les chrétiens, lors de sa venue, de son avènement. La Vierge Marie, elle qui n'a pas connu le péché, est-elle ressuscitée avec le reste de l'humanité, lors de l'avè­nement final ? Ou bien est-elle ressuscitée comme son Fils ?

En fait, l'Assomption se place exactement en­tre les deux, c'est-à-dire que si aujourd'hui nous fêtons l'Assomption, et que nous voyons souvent cette fête comme la Résurrection, il ne faut pas oublier que la première fête qui célèbre la Résurrection, c'est d'abord la Pâque. Christ est ressuscité à Pâques. Il est Celui qui va permettre la résurrection de toute l'humanité. La résurrection de Marie que nous fêtons aujourd'hui, plus exactement son Assomption, est plus précisément la preuve que la promesse que le Christ avait faite à ses apôtres concernant la résurrection, cette promesse est effective, c'est-à-dire qu'une femme, un être hu­main comme nous, faite de chair et de sang a vécu complètement l'Assomption, a été attirée par le Christ auprès de Lui. Le lien dans tout cela, c'est la chair. On dirait que comme la Vierge avait accueilli dans son sein le Fils unique de Dieu, comme elle avait enfanté le Fils unique de Dieu, son destin, sa consécration étaient pour toujours liés à son Fils. Il n'était donc pas possible que son Fils laisse sa Mère, elle qui était consacrée, dans l'attente de la résurrection à la fin du monde. Il l'a prise auprès de Lui, Il l'attirée à Lui. On découvre alors que le dogme de l'Assomption est comme une réponse au dogme de l'Immaculée Conception qui dit que la Vierge a été préservée du péché, de la mort spirituelle. Préservée de cette mort spirituelle, que lui arrive-t-il au moment de sa mort corporelle ? Elle est à ce moment-là sauvée de la dé­réliction. Pourquoi ? Parce que c'est une conséquence du fait qu'elle a été préservée du péché, à la préserva­tion du péché dans l'Immaculée Conception, répond en fait la préservation de son corps. Je crois que c'est fondamental pour comprendre que ce que nous fêtons aujourd'hui, c'est l'Assomption de la Vierge mais c'est aussi une fête qui glorifie le corps humain. La préser­vation spirituelle de l'âme n'est jamais coupée de la préservation du corps. Souvent, nous pensons à la survie de l'âme. La Vierge Marie est là pour nous dire que si nous croyons que nous sommes sauvés, si nous croyons que notre âme est sauvée, nous prions trop souvent pour notre âme pour qu'elle soit sauvée, pas assez pour notre corps avec notre âme, donc, si notre âme est sauvée, si nous le croyons et le confessons, nous ne pouvons pas ne pas croire que notre corps est lui aussi sauvé.

Frères et sœurs, Marie, la Mère de l'Église a expérimenté, a vécu comme à l'avance tout ce que nous vivrons nous aussi, elle a enfanté Jésus, le Fils de Dieu, l'Église dont nous sommes les membres enfant elle aussi collectivement des fils de Dieu. Et je dirais qu'à la fin, il en sera de même, comme la Vierge a été ressuscitée, comme elle a été attirée auprès de son Fils, il nous est donné à tous d'espérer de pouvoir vivre cette même expérience de la Vierge. Réjouis­sons-nous de ce que ce don de l'Assomption que Dieu a fait à sa Mère n'est pas réservé uniquement à la Vierge. En effet, le dogme de l'Assomption qui a été défini en 1950 par Pie XII n'a pas été défini le 15 août, c'eût été assez logique de dire que le dogme de l'Assomption soit promulgué le jour où dette fête était déjà instituée. Non, ce dogme a été défini le premier novembre 1950, le jour de la Toussaint, pour montrer cette communion qui existe entre la Vierge, entre sa vie, son Salut et notre propre vie. Réjouissons-nous de l'Assomption de la Vierge et confions nos doutes, parfois notre désespoir à Dieu, afin que nous croyions véritablement en l'Assomption et en la Résurrection des corps.

 

AMEN