MARIE DANS LA GLOIRE

Ap 11,19-12,10; 1Co 15, 20-26; Lc 1,39-56
Assomption de La Vierge Marie - (15 août 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

A

ujourd'hui nous célébrons une solennité, une grande fête, nous célébrons Marie qui, comme l'a défini Pie XII en 1950, a été éle­vée au ciel en son corps et en son âme. En entourant de tant de faste Marie, femme de Nazareth, ne pen­sons-nous pas peut-être que nous accomplissons un acte démodé ? Pourquoi, au vingtième siècle, l'Église célèbre-t-elle encore aussi pieusement Marie ? Pour­quoi tant de chrétiens ont à cœur de comprendre et d'aimer Marie comme une mère ? Cela n'est-il pas un petit peu nunuche comme le pensent certains ? Ne sommes-nous pas en train de tomber dans un senti­mentalisme qui n'est plus de ce temps ? Pourquoi célébrer ainsi Marie ?

Tout simplement parce qu'en célébrant Ma­rie, nous célébrons et nous honorons son fils Jésus-Christ. En célébrant Marie dans le mystère de son As­somption, nous célébrons la résurrection du Christ. En venant aujourd'hui avec un cœur tout plein de joie rendre grâces à Marie du don de sa personne, nous célébrons le propre don de notre personne, appelée à vivre de la résurrection du Christ. Aujourd'hui Marie nous accompagne dans la joie et l'allégresse pour exulter avec elle dans la reconnaissance que nous sommes des enfants de lumière, des enfants de la ré­surrection.

Et Marie, comme nous le dit l'Apocalypse, nous est donnée comme un signe. En effet, l'Apoca­lypse nous donne deux signes : le signe de la femme et le signe du dragon. Pour saint Jean, lorsque l'on parle de signe, on ne dit pas simplement "coucou, bonjour !", mais c'est quelque chose de plus profond. Le signe est manifestation, le signe dans l'Apocalypse est révélation du mystère même de Dieu. Et cette femme peut paraître étrange. Est-ce Marie ? On la voit entrain d'enfanter dans les douleurs, Elle qui a été préservée de la souillure du péché. Qui est cette femme ? L'Ancien Testament parle d'une femme en­tourée d'étoiles et y voit Jérusalem. Plus exactement la femme c'est Israël, c'est le peuple appelé à donner la vie, appelé à être un peuple de lumière, à être le phare des nations. Dans l'Ancien Testament c'est la mère, c'est Sion idéale où tous ensemble ne font qu'un, où tous viennent reconnaître en Israël cette naissance, cette source de la vie. Dans l'Apocalypse la femme c'est celle qui enfante, qui donne la vie mais dans la souffrance, c'est le peuple de Dieu qui arrive à la révélation du Messie dans les spasmes de l'enfan­tement car il est dur d'accepter et de comprendre le Messie humilié pour connaître la véritable vie, le don d'un corps, le don d'une âme, le don d'une personne qui va être le germe de notre propre vie. Cette femme c'est Marie mais peut-être pas Marie à Bethléem, Ma­rie qui enfante dans la simplicité d'une crèche avec les bergers qui viennent adorer le Messie. La femme c'est plutôt Marie au pied de la croix, femme qui enfante effectivement dans la douleur, femme dont le cœur est transpercé par un glaive, femme qui s'entend dire, de la part de son Fils: "Femme, voici ton fils !" en dési­gnant le disciple Jean, puis : "Fils, voici ta mère." Marie, femme couronnée de douze étoiles, est la fi­gure de l'Église vivant dans la souffrance du temps présent, dans l'enfantement perpétuel qu'est le passage de la mort à la vie. Femme qui est l'Église et qui ainsi vit déjà du poids de la gloire de Dieu.

Il est grand ce mystère de l'Assomption. Il est grand non seulement pour les femmes Réjouissons-nous aujourd'hui avec elles puisque, comme nous l'avons chanté, si par un homme est venue la mort, et vous pensez à Eve cueillant le fruit, nous fêtons cette femme qui a accueilli en son sein le vrai fruit, qui ne l'a pas accaparé mais qui a fait don de sa personne pour recevoir Celui qui donnerait la vie au monde. Le mystère de cette femme couronnée de douze étoiles c'est notre propre mystère, c'est celui de ce peuple de Dieu rassemblé autour de Marie pour signifier que l'Église est une femme, vierge et pure, qui enfante encore et toujours des enfants à la vraie vie.

Et quel est le centre de cette célébration ? C'est la résurrection. Marie ouvre la porte du paradis qu'Eve avait fermée. Elle ouvre à tous les hommes cette gloire qui nous est donnée dans le baptême, dont nous resplendissons déjà en ce monde et qui nous transfigurera lorsque nous verrons le Fils. Mystère de la Résurrection qui se vit en chacun de vous, en cha­cun de ceux qui sont renés de l'eau et de l'Esprit, mystère de la Résurrection qui appelle notre âme et notre corps à vivre éternellement, comme Marie, au­près de Dieu, de la vie même de Dieu. Voila, il est grand et il est beau ce mystère de l'Assomption ! Il est notre propre fête. Il est notre propre illumination.

Alors je nous pose simplement une question. Que faisons-nous du mystère de la résurrection ? Que faisons-nous de ce mystère de l'Assomption dans no­tre propre vie ? Comment considérons-nous notre propre corps et notre âme. Ce n'est pas une seule par­tie de nous -même qui est appelée à vivre de la vie même de Dieu. Rien de notre humanité ne peut échapper à la puissance de résurrection du Fils, car le Fils a vaincu la mort en ressuscitant.

Et l'Église combat dans ce monde, avec le Fils, avec la protection de Marie, pour que le deuxième signe qui nous est donné dans l'Apocalypse soit effectivement réalisé. "Mort, où est ta victoire ?" Mal, où viens-tu te cacher ? Où cherches-tu à dispa­raître, loin du Seigneur ? Avons-nous encore des ar­canes où nous nous réfugions loin de cette illumina­tion que représente pour nous le don de la vie de Dieu sur la croix ? le don du Christ qui va jusqu'à la mort pour nous faire vivre ? Pour nous faire vivre aujour­d'hui de la même puissance de résurrection dans l'Église que préfigure Marie. Marie couronnée de douze étoiles, couronnée des douze apôtres, couron­née de tous ceux qui ont été baptisés et qui sont nés ainsi à la vie de Dieu. Oui, que faisons-nous de la résurrection ?

Je suis sidéré en lisant des sondages, je vois qu'il y a 90% de catholiques, mais seulement 5% de pratiquants et parmi eux un bon nombre qui ne croient pas à la résurrection. Dans ce cas-là, nous n'avons plus rien à espérer. Si nous ne croyons pas que notre âme et notre corps seront rendus à leur beauté pre­mière, à retrouver ce paradis perdu, cette ressem­blance de Dieu qu'étaient Adam et Eve, si nous ne croyons pas cela notre espérance est vaine. Nous n'avons plus rien à annoncer.

Et c'est pour cela qu'il n'y a pas, dans l'Église, de demi-mesure. On reproche à l'Église de s'occuper de choses qui ne la regardent pas. On préférerait qu'elle s'occupe simplement de spiritualité ou d'an­noncer son message. Et quand elle dit : le bonheur, c'est cela, c'est d'être auprès de Dieu et pour cela il y a des moyens qu'on appelle la morale, alors on frémit. Quand elle parle de sexualité, on ne veut plus l'enten­dre. Et pourtant, si elle a à cœur d'annoncer un tel message, une telle morale, c'est tout simplement parce qu'elle garde au cœur et devant ses yeux ce message de la résurrection qui affirme que ce sont nos corps qui ressusciteront. Non pas des corps qui après des purifications successives ou des réincarnations se­raient devenus aptes à aller vers Dieu.

Non, c'est notre corps, le lieu vivant de notre personne, le reflet de notre âme, notre corps qui de­vient le lieu de l'alliance avec Dieu, c'est ce corps-là qui est appelé à la résurrection. C'est pourquoi, dans l'Église, on s'intéresse au corps, on s'intéresse à l'hu­manité, car tout ce qui est corps est beau en tant que reflet de la beauté de Dieu, du Fils le plus beau des enfants des hommes qui nous a appelés à accueillir le don de sa vie, à respecter notre corps afin que nous puissions vivre de la résurrection qui doit transformer notre corps en la figure resplendissante d'enfants de Dieu, d'enfants de lumière.

C'est ce que nous vivons aujourd'hui dans le mystère de l'Assomption. Marie monte au ciel en son corps et en son âme. Elle est préservée de la corrup­tion. Elle monte avec toute sa personne près de Dieu pour être accueillie dans le sein de la Trinité, elle qui a accueilli le Fils de Dieu dans la pureté de sa chair.

Nous aussi et surtout Charline qui va être baptisée, qui va être plongée dans la mort et la résur­rection du Christ, est appelée en ce qu'elle a en elle de plus intime, à vivre cette union, ce sacrement de Dieu dans l'amour éternel qui resplendit sur la face de Ma­rie, et donc sur cette femme de l'Apocalypse qui est l'Église, vivant de la vie de Dieu, de sa résurrection.

 

 

AMEN