ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE

Ap 11, 19- Ap 12, 10 ; 1 Co 15, 20-26 ; Lc 1, 39-56
Assomption de la Vierge Marie – Année B (15 août 1979)
Homélie du Frère Michel MORIN


Si nous sommes rassemblés aujourd'hui en plein milieu de semaine c'est parce qu'en Église nous fêtons Sainte Marie. Mais comme tout rassemblement eucharistique notre présence ici doit être avant tout un acte de foi. Nous devons croire en notre cœur et proclamer sur nos lèvres que Dieu, notre Dieu, est un Dieu vivant et vit dans sa vie trinitaire, Père Fils et Esprit, mais aussi proche de tous les hommes. Car il n'y aurait pas Sainte Marie s'il n'y avait Dieu Père, créateur et donneur de vie, initiateur de toute existence, s'il n'y avait pas Dieu Père qui a aimé, qui a cherché, qui a choisi cette jeune fille d'Israël. Et il n'y aurait pas Sainte Marie s'il n'y avait Dieu, le Fils éternel, le Bien-Aimé du Père, la joie et la gloire du Père. Et s'il n'y avait pas ce Fils unique, envoyé sur la terre, pour sauver l'humanité. Et il n'y aurait pas non plus Sainte Marie s'il n'y avait Dieu, Esprit Saint, Esprit de la puissance de Dieu, Esprit de la présence de Dieu, Esprit de la tendresse de Dieu. Non, nous ne serions pas là aujourd'hui pour fêter Sainte Marie si nous ne croyions pas en Dieu, en Dieu vivant dans l'Église d'aujourd'hui. Et c'est cela que nous a transmis la tradition chrétienne de la prière à Marie, cette prière qui ne peut être posée que dans la foi en Dieu et dont l'incantation, pour être authentique doit être posée dans la foi en Dieu.

Car Marie, Sainte Marie est avant tout au milieu de l'Église de tous les temps, le témoin, le témoignage vivant, la révélation de Dieu. Témoin de Dieu, elle l'a été magnifiquement parce que chérie de Dieu, choisie par Dieu. Dieu qui lui a annoncé sa visite, non pas en l'air, non pas en esprit. Mais Dieu qui est venu la visiter sur notre terre, dans sa maison, dans son esprit et jusque dans sa chair. Sainte Marie, témoin de l'amour pour nous et total de Dieu. Elle que nous disons "comblée de grâce" mais la grâce dont elle est comblée n'est pas une grâce à rendre à elle seule. C'est dans la grâce, c'est dans le don que Dieu fait à l'humanité, ce don de son Fils. C'est dans cette grâce de son Fils donné aux hommes que Marie est comblée de grâces. Marie était dans la grâce de Jésus son Fils avant que Jésus ne devienne son Fils en prenant chair de la chair de Marie. Comme le disait Dante à la fin de la Divine Comédie : "Marie est fille de son Fils !" parce qu'elle existe en sa grâce qu'à cause de la grâce de son Fils qui va être répandue par elle sur l'humanité tout entière et jusqu'à nous.

Ainsi Marie est au milieu de l'Église et de l'histoire et du cosmos ce témoin total de l'amour donné de Dieu. Elle qui a été investie de l'amour de Dieu, de la puissance de Dieu, pas simplement dans son esprit, dans son âme mais dans sa chair, dans sa biologie humaine, elle qui a été investie par la grâce de Dieu, pas simplement au moment de l'incarnation de Jésus mais dès le début de sa vie et jusqu'au terme de sa vie, quand cette grâce inouïe sera manifestée en elle dans la Résurrection, dans la participation de son corps au corps glorieux de son Fils. Ainsi Marie est-elle l'unique créature qui a connu, qui a pressenti, qui a vécu ce que peut être l'amour de Dieu totalement donné et totalement accepté, totalement reçu. Tout en Marie a été de Dieu et tout ce qui est en Marie, jusqu'en sa chair doit nous parler immédiatement de l'amour, de la présence et de la fécondité de Dieu. Sainte Marie est cet arbre greffé sur l'arbre de Jessé son aïeul mais dont les racines ont plongé dans le cœur de la vie et de l'amour de Dieu et dont le feuillage n'a respiré qu'au souffle du vent de Dieu, et dont le fruit a réjoui totalement le cœur de Dieu parce que c'est un fruit qui n'a pas connu l'amertume du péché, l'amertume de la division, l'amertume de la révolte contre Dieu.

C'est cela que nous célébrons aujourd'hui et c'est cela qui est attesté, qui est manifesté dans cet évènement, dans ce mystère de l'Assomption de Marie, ce moment de sa mort qui n'a pas connu de façon permanente la séparation en son âme et en son corps. Parce que, dans son corps même, depuis le début de sa vie, était réalisé, était accompli le Royaume nouveau de Dieu, dans son corps était accomplie cette noce que Dieu vient sceller dans l'Alliance nouvelle entre l'humanité tout entière et Lui-même. La vierge Marie connaît aujourd'hui, dans son âme et dans sa chair, cette chair qui est la même que la nôtre, Marie connaît ce à quoi toute l'humanité, vous et moi, sommes destinés à connaître : la résurrection de Jésus dans notre esprit et dans notre chair, car Dieu nous aime totalement dans notre âme, dans notre cœur et dans notre chair, autrement Il n'aurait pas choisi et donné cette chair de l'humanité à son Fils.

Marie est ce signe grandiose qui nous est apparu et qui a été donné à notre terre où une créature de notre monde repose, corps et esprit, dans la gloire de Dieu parce que, pendant sa vie terrestre, la gloire de Dieu, en la présence de Jésus a totalement reposé dans sa chair. Voilà ce signe grandiose pour l'Église d'aujourd'hui, pour vous, pour votre foi, pour que vous puissiez croire que la promesse de Dieu n'est pas une illusion, que la vie éternelle, que la résurrection de la chair n'est pas une façon de parler ou de nous réconforter trop facilement. Voici ce signe grandiose pour aujourd'hui où Sainte Marie, dans l'extrême conformité de toute sa vie à la vie de Dieu, Sainte Marie dans la suprême conformité de tout ce qu'elle est à la victoire de son Fils sur toute mort, sur tout péché. Et ce signe, ce témoignage discret d'amour nous est donné, nous est transmis par une femme "bénie entre toutes les femmes", par une mère glorieuse en son Fils Jésus, le Fils de Dieu. Et cela pour que nous saisissions pour que nous comprenions tout ce qu'il y a de délicatesse, tout ce qu'il y a de tendresse, tout ce qu'il y a d'inouï, tout ce qu'il y a de maternel dans l'amour du Seigneur Dieu pour l'humanité et pour chacun de nous. La vierge Marie, dans sa simplicité et dans le signe grandiose qui l'illumine vient dire aujourd'hui à notre cœur souvent bouleversé que Dieu nous aime. Et déjà le prophète l'avait senti, l'avait pressenti quand il criait de la part de Dieu : "Une mère oublie-t-elle son fils ? Une mère oublie-t-elle de chérir le fruit de ses entrailles ? et bien, même si cela devait arriver, Moi, Dieu, votre Dieu, jamais je ne vous oublierai." Jamais ! Chaque jour de votre vie, mais surtout "jamais" au jour de votre mort.

 

AMEN