RÉCONCILIATION ET MARTYRE
Est 13, 8-11 + 15-17 ; Jn 15, 18-21
St Hippolyte et St Pontien - (13 août 1980)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Sernin : pardon et miséricorde
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ous connaissez l'histoire de ces deux martyrs associés dans le même culte et la même fête puisque c'est le jour du transfert de leurs reliques. C'est une histoire extrêmement bouleversante de l'Église de Rome.
Saint Hippolyte était un conservateur très dur, un fauteur de trouble et de schisme dans l'Église romaine. C'était l'époque où se posaient un certain nombre de problèmes sur la discipline de la pénitence. Le pape saint Callixte avait admis que ceux qui avaient péché gravement après leur baptême, soient réinsérés dans l'Église, alors que, jusque-là, ce n'était pas la tradition de l'Église. Ce que les papes de Rome voulaient manifester, c'est que l'Église n'est pas une sorte d'assemblée de purs, et que dès qu'on sait pécheur, on devait en être exclu sans rémission, sans espoir de retour, mais que l'Église était le lieu de la manifestation de la miséricorde de Dieu. De même que le Christ avait accepté de manger à la table des pécheurs et de les accueillir dans son royaume, de même il fallait que l'Église soit aussi le lieu de la miséricorde et du pardon.
Et Hippolyte, qui connaissait bien la tradition, ne l'entendait pas tout à fait de cette oreille. Il considérait que les papes de Rome menaient une scandaleuse politique pastorale de conciliation et de faiblesse vis-à-vis du monde. Tout cela ne pouvait conduire qu'à la ruine de l'Église. C'est pourquoi saint Hippolyte traitait de très haut le pape et commençait à former son propre parti, son propre schisme.
C'est précisément au moment où il y a eu la persécution que l'opposition entre les deux parties était la plus forte, la plus vigoureuse entre Hippolyte et Pontien, le successeur de Callixte qui suivait la même politique. L'Église de Rome connut alors une persécution très violente, et, de la part de chacun des chefs des partis séparés, ce fut le désir de ne pas voir l'Église accablée sous la persécution qui venait du monde être encore affligée de divisions internes. C'est pourquoi l'un et l'autre renoncèrent à leurs oppositions de chef de file. Pontien accepta de démissionner comme Pape et saint Hippolyte ne se choisit pas de successeur. Presque au même moment, ils furent tous les deux emmenés aux mines de Sardaigne. C'est là qu'ils se réconcilièrent parce qu'ils n'y vécurent pas longtemps, c'étaient des travaux forcés extrêmement durs, dans les mines de plomb et de fer. Hippolyte et Pontien ne tardèrent pas à témoigner de leur foi et de leur fraternité dans la foi, en versant leur sang pour le nom du Christ.
Je crois que ce n'est pas nécessaire de faire l'application à la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui. Il y a encore beaucoup d'Hippolyte ou de partisans d'Hippolyte. Il y a aussi beaucoup de partisans de la miséricorde. Je crois que ce qu'il faut savoir, c'est que ce n'est pas généralement au niveau des idées que les choses se ressoudent et se reforment. C'est au niveau beaucoup plus profond de la reconnaissance du véritable témoignage qui peut aller jusqu'au sang.
Aujourd'hui il est de bon ton de régler les différends entre les Églises, au niveau de la télévision, des mass-media et de la presse. Ce n'est pas la meilleure façon le les résoudre. La meilleure manière de les résoudre, c'est ce désir de plus en plus vif et profond, de cette conversion de notre cœur qui consiste à vouloir vraiment donner notre vie pour le Christ, et cela à quelque prix que cela coûte. L'amour de l'Église, c'est cela, et l'amour du Seigneur c'est cela.
Demandons à ces deux grandes figures de l'Église romaine, que l'un et l'autre intercèdent pour tous les chrétiens, eux qui ont connu ce qu'est la joie de l'épouse, la communion qui va jusqu'au don de sa vie. Qu'ils obtiennent à cette Église qui en plus besoin que jamais, de découvrir ce véritable prix de la communion. Que nous sachions reconnaître, au plus intime de nous-mêmes qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner.
AMEN