LA TRADITION APOSTOLIQUE
Est 13, 8-11 + 15-17 ; Jn 15, 18-21
St Hippolyte et St Pontien - (13 août 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN
|
P |
lus important que les différents théologiques qui ont pu opposer le pape saint Pontien et le prêtre saint Hippolyte au début du troisième siècle, plus important est le petit livre que nous avons reçu de saint Hippolyte, par la tradition de l'Église. Petit livre qui s'intitule la Tradition apostolique, qui a été découvert récemment puisque nous ne l'avons que depuis le début de ce siècle, ce qui est une chose intéressante non pas parce qu'il fut découvert tardivement à travers des compilations de manuscrits très anciens, mais parce qu'on peut s'informer et s'apercevoir de la fidélité quasiment exacte de l'Église du vingtième siècle avec ce que célébrait l'Église du début du troisième siècle.
Ce petit livre est un ensemble de remarques, de descriptions très spirituelles et en même temps extrêmement concrètes de la vie de l'Église à Rome, donc probablement de la vie de l'Église depuis ses origines à la mort des apôtres à la fin du premier siècle jusqu'aux décennies précédant la persécution de Maximin en l'an 235. Ce petit livre n'est pas un traité sur l'Église mais une sorte de rituel de la célébration centrale de l'Église dont le personnage principal est l'évêque. Cet ouvrage commence par le choix et la consécration de l'évêque comme chef de son peuple, comme nouveau grand-prêtre dans le nouveau temple de Dieu qui est l'Église. Puis se déroule tout ce qui concerne la vie de l'Église depuis l'oblation des offrandes par les fidèles à l'occasion de la célébration présidée par l'évêque, du rôle des prêtres et des diacres dans cette célébration, et l'on va s'étendre ainsi à une description très succincte mais très vive des différents membres qui composent cette Église, comme les vierges, les veuves et surtout les catéchumènes que l'évêque doit enseigner et qu'il reçoit dans l'Église par le saint baptême en la nuit de Pâques. Il y a également beaucoup de renseignements sur les repas à prendre dans l'action de grâces, sur les prières, sur la bénédiction des fruits, et des choses plus simples comme le lieu de la sépulture où doivent être inhumés les chrétiens.
L'ensemble nous manifeste une Église très structurée mais en même temps vivante, une Église qui n'est pas enfermée dans ses structures et qui repose beaucoup plus sur l'enseignement reçu des apôtres que sur des pratiques trop vite ritualisées et donc un petit peu nécrosées. Voici quelques passages concernant la prière : "Tous les fidèles, hommes et femmes, quand ils se lèvent le matin de leur sommeil, avant d'entreprendre quelque travail, se laveront les mains et prieront Dieu. Et ainsi ils se mettront à leur travail. S'il y a quelque instruction de la Parole, chacun préférera y aller, estimant en lui-même que c'est Dieu qu'il entend en celui qui instruit, car celui qui prie à l'Église pourra éviter la malice du jour. Celui qui est pieux pensera que c'est un grand mal que de ne pas aller là où se donne l'instruction, surtout s'il sait lire ou si le docteur vient (le docteur c'est-à-dire le prédicateur, l'évêque). Personne parmi vous ne sera en retard à l'église, lieu où l'on enseigne la doctrine. Alors il sera donné à celui qui parle de dire ce qui est utile à chacun, et tu entendras des choses que tu ne connaissais pas, et tu profiteras de ce que l'Esprit Saint te donnera par celui qui fait l'instruction. De cette manière, ta foi s'affermira sur ce que tu auras entendu. On te dira aussi là-bas, ce qu'il te faut faire chez toi. Aussi, chacun s'empressera d'aller à l'église, lieu où l'Esprit fleurit. Si c'est un jour où il n'y a pas d'instruction, quand chacun est rentré chez soi, il prendra un livre saint et il y fera une lecture suffisante qui lui paraîtra profitable."
Vous voyez donc ce style qui est à la fois très spirituel, très engageant et très concret puisqu'il concerne la vie des gens dans leur Église. A partir de cette "Tradition apostolique", nous pouvons remarquer que les rites les gestes sacramentels de l'Église d'aujourd'hui sont les mêmes que ceux qu'Hippolyte rapporte, et cela est extrêmement intéressant car, pendant dix-neuf siècles, nous ne connaissions pas cet ouvrage. Ceci est manifeste par exemple pour la consécration des évêques dont la Préface consécratoire est inspirée de celle que nous donne Hippolyte. Ceci est vrai de tout le rituel qui entoure la préparation des catéchumènes et le sacrement du baptême, Ceci est vrai de la Prière eucharistique, celle que nous allons utiliser aujourd'hui (N°2) est inspirée, dans sa majeure partie, de la prière d'action de grâces que disait l'évêque quand il présidait l'eucharistie à Rome au début du troisième siècle. Également la prière que nous chantons, le soir, après l'offrande de l'encens, prière de bénédiction à Dieu qui nous a donné sa lumière et sa miséricorde, c'est une prière du prêtre Hippolyte.
Vous voyez donc que l'Église d'aujourd'hui, même si ses rites se sont développés, même si certains sont venus s'ajouter, à sa racine sacramentelle, à sa racine gestuelle et symbolique dans cette tradition extrêmement ancienne, que nous a rapportée saint Hippolyte. Et ceci est pour nous très important car l'Église d'aujourd'hui n'est pas celle que les hommes ont inventée au cours des siècles, ou qu'ils ont aménagée selon leur gré ou leurs fantaisies, mais c'est celle que nous avons reçue des apôtres, qui nous ont transmis l'enseignement du Christ Lui-même.
Célébrer la fête de saint Hippolyte et de saint Pontien, c'est croire que, malgré les divisions des hommes entre eux (puisque Hippolyte fut momentanément un anti-pape) l'Église se transmet de génération en génération par ce qu'elle a de meilleur, c'est-à-dire sa liturgie, sa prière de louange, ses gestes, ses rites, car dans cette prière, dans ces gestes, dans ces rites, c'est toujours la même grâce qui nous est donnée, c'est toujours le même salut, c'est toujours la même Église qui vit, dont le signe visible, le signe apostolique est la présence de l'évêque qui dirige son peuple au nom même du Christ.
Au cours de cette eucharistie, nous demanderons à Dieu de rester unis à cette Église, de rester attachés à ce qu'elle nous a appris, non pas pour les rites en eux-mêmes, mais pour ce qu'ils nous transmettent : la vie, la Pâque et le salut de Dieu.
AMEN