SEIGNEUR, JE TE BÉNIS DE M'AVOIR CRÉÉE
Ex 32, 15-24 + 30-34 ; Mt 17, 24-27
Ste Claire - (11 août 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Assise : Cloître du monastère sainte Claire
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uisque c'est le temps des vacances et que nous fêtons aujourd'hui sainte Claire, cette grande figure féminine du Moyen-Age, vous me permettrez de vous paraître peut-être un peu léger, ou même peut-être un peu frivole si je vous parle de la femme au Moyen-Age.
Ce qui me plaît beaucoup dans le statut de la femme au Moyen-Age, c'est qu'elles n'avaient pas besoin d'un ministère à la condition féminine, elles n'avaient pas besoin d'une année de la femme, pour être vraiment des femmes. Dieu sait pourtant que les institutions médiévales ne sont pas tendres, ni pour l'homme d'ailleurs, ni pour la femme. C'est vrai que lorsque sainte Claire a décidé d'épouser la pauvreté, elle s'est trouvée, tout d'un coup, tondue par François d'Assise lui-même, puis envoyée dans un petit monastère si misérable qu'il ressemblait plus à une crèche qu'à un monastère et que là elle a mené une vie très dure, avec une forme de vie, une institution extrêmement austère et sévère.
Et pourtant, ce qui est très beau, c'est qu'elle ne s'est pas plainte des institutions qu'il fallait réformer sans arrêt, elle a simplement existé et la grâce de Dieu a resplendi dans sa féminité. Voilà ce que je trouve de si beau. C'est que ces hommes étaient rudes, que ces personnes qui vivaient sous ce soleil d'Ombrie extrêmement vigoureux, cette lumière très crue, très belle mais très forte, qui vivaient dans ce paysage extrêmement géométrique comme nous apprendront à le voir plus tard les peintres de Sienne ou de Florence, ces gens qui vivaient dans un climat, et Florence et la Toscane étaient en plein bouillonnement économique et social, dans un climat extrêmement dur où l'on ne craignait pas de manifester la violence et de faire couler le sang, ces gens avaient suffisamment de richesse intérieure, ils étaient suffisamment souples et ouverts à la grâce, pour que, malgré la dureté des temps et la dureté des institutions dans lesquelles ils vivaient, et qui formaient leur cadre réel de vie, pour que malgré tout, ne soit pas étouffée cette très grande spontanéité, cette très grande joie de vivre, de vivre comme homme et de vivre comme femme, dans une véritable différence de l'un et de l'autre, et d'y trouver une joie profonde.
Pourquoi cela ? Je crois que c'est parce que, dans cette société-là, on avait coutume de se méfier du levain des pharisiens. C'est-à-dire qu'on savait que notre cœur, notre sensibilité, notre manière d'être et nos cultures sont sans cesse capables d'être récupérées par ce levain qui fait monter les fruits, qui fait germer des choses qui ne sont pas bonnes. On avait un véritable sens du péché, de la fragilité humaine. On n'avait pas peur de le voir en face. Mais, en sachant cela, on savait aussi qu'il y avait un autre levain, qu'il y avait cette grâce de Dieu, qui pouvait pénétrer et qui pouvait transfigurer l'être tout entier jusque dans notre condition charnelle, jusque dans notre condition d'être d'homme ou de femme, et que si l'être humain était vraiment sous cette mouvance de la grâce, sous cette mouvance de la lumière et de la tendresse de Dieu, alors ces hommes et ces femmes pouvaient vivre leur vie dans cette très grande spontanéité qui fait le charme de la vie de saint François et sainte Claire d'Assise.
Au cours de cette eucharistie, demandons au Seigneur, par leur intercession, de nous faire redécouvrir cette très grande spontanéité de la grâce. Ce ne sont pas des réformes d'institutions qui changeront quoi que ce soit à notre véritable bonheur de vivre. Les institutions ne feront jamais notre bonheur. Ce n'est pas vrai. La seule chose qui pourra vraiment faire le bonheur au plus intime de nous-même, c'est ce sens de la présence de Dieu, cette joie de la présence de l'Esprit et cette transfiguration très lente, même s'il elle très dure et dans des conditions très éprouvantes, cette transfiguration de tout notre être spirituel et charnel dans la joie d'être aimé de Dieu et d'appartenir à Celui qui nous a aimés le premier.
AMEN