DANS L'ATTENTE DE LA VENUE DU CHRIST

Os 2, 16-17+21-22 ; Mt 25, 1-13
Ste Claire - (11 août 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

H

ier la liturgie nous faisait entendre cette pa­role du Christ : "Tenez vos reins ceints et vos lampes allumées, car c'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'Homme viendra. Soyez comme un serviteur qui attend son maître à son re­tour des noces." Le texte de l'évangile d'aujourd'hui prend en quelque sorte le relais avec ce même thème en nous proposant sous forme de parabole l'image de vierges qui attendent le retour de l'Époux.

Dans un cas comme dans l'autre, ce qui nous est proposé c'est d'abord cette forme de l'espérance qui est la tension du désir, qui est l'attente tout entière polarisée par un événement qui est le centre de notre vie, et cet événement, en l'occurrence c'est la venue du Christ. Nous ne pouvons pas comprendre le sens de la vie consacrée, en particulier de la virginité consacrée et plus spécialement le sens de la vie de Sainte Claire, si nous ne le replaçons pas dans ce contexte évangélique fondamental : la vie consacrée, c'est l'attente du Seigneur. Nous disons souvent l'at­tente du retour du Seigneur, faisant allusion aux der­niers jours, à la fin des temps, mais il vaut mieux dire l'attente de la venue du Seigneur car le Seigneur ne se contente pas de revenir un jour à la fin des temps, Il ne cesse de venir. Comme le dit l'Apocalypse : "Il est Celui qui vient !".

Notre relation avec le Seigneur est faite de ce face à face avec quelqu'un qui ne cesse de venir, de venir à notre rencontre, de venir plus profondément dans nos vies, et nous-mêmes qui devrions ne pas avoir d'autres occupations fondamentales, de souci plus fondamental au cœur de nos occupations profes­sionnelles que cette attente de Celui qui vient. Atten­dre le Christ qui vient, cela a de quoi remplir une vie. Sainte Claire, comme ses sœurs, et comme aujour­d'hui encore beaucoup de religieux, de religieuses, de vierges consacrées, mettent au centre de leur vie, pour remplir leur vie, ce grand vide de l'attente du Christ.

Nous parlons souvent de charité, et effecti­vement seul l'amour peut faire que cette attente de quelqu'un qu'on aime remplisse toute la vie, nous parlons souvent de charité, mais il ne faut pas oublier que, pour l'instant, notre charité n'est pas encore com­blée, notre amour du Christ n'est pas encore comblé. Certes le Christ nous est donné, certes Il ne cesse de venir dans notre vie et Il nous aime et son amour est infini, pourtant, nous ne voyons pas encore face à face Celui que nous aimons. Et c'est pourquoi cette charité, cet amour se traduit plutôt par une sorte de creux et de vide au centre de notre vie. Notre vie est comme un grand creux qui aspire vers soi ce qui pourrait le com­bler. C'est dire que l'attente c'est l'orientation tout entière de l'être vers un être aimé, pas encore là, qui nous attire à Lui et qui creuse de plus en plus profon­dément en nous ce désir et cette attente. C'est pour­quoi la vie tout entière des moines ou des religieux et religieuses peut être centrée, polarisée par ce grand vide, ce grand appel, ce grand désir, cette attente qui totalise toute leur vie spirituelle.

Sainte Claire a vécu dans la pauvreté car elle était une fille de saint François, mais la pauvreté ce n'est qu'une autre forme pour parler de ce désir, de cette attente, car si tout notre être est orienté vers l'at­tente et le désir de Celui qu'on aime, les autres réalités du monde perdent de leur importance, et nous nous détachons d'un certain nombre de choses qui sont si peu importantes au regard de l'attente de Celui qui vient. Et c'est ainsi que la pauvreté, et la pauvreté franciscaine tout particulièrement qui est une pauvreté faite de joie et d'allégresse, n'est pas une sorte de pri­vation, de macération, de limitation de notre être, c'est la conséquence d'un élan exultant vers un unique né­cessaire vers l'attente du Christ.

Bien entendu, nous devons nous occuper de beaucoup de choses dans notre vie, de notre travail, de notre famille, de nos obligations, tout cela est in­dispensable, c'est notre devoir d'état, c'est fondamen­tal dans notre vie, mais il faut qu'il y ait, par-dessous tout cela, animant tout cela, donnant une vitalité plus profonde à tout cela, ce grand désir du Christ qui vient. Car toute notre vie, toutes nos occupations, toutes nos relations avec ceux que nous aimons le plus profondément, ne prennent leur sens véritable qu'à partir de cet élan profond de notre vie de ce désir fondamental du Christ, de cette attente de sa venue. Et ce n'est pas une attenté projetée vers un lointain ave­nir hypothétique, c'est une attente de tous les instants, car Il ne cesse de venir. Plus Il vient, plus Il nous promet une venue plus profonde, plus Il vient, plus Il fait grandir en nous l'attente de cette venue qui ne cessera jamais d'être plus profonde.

 

AMEN