LA VIGILANCE EN VUE DU RETOUR DU CHRIST
Os 2, 16-17+21-22 ; Mt 25, 1-13
Ste Claire - (11 août 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Chaource : Sainte Claire
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oilà une parole qu'il est plus facile d'entendre ou de proclamer dans une page d'évangile que de la vivre. Et cependant les saints, tout au long de l'année liturgique nous rappellent que ces paroles qui nous sont données chaque jour et qui viennent de Dieu ne sont pas une sorte d'idéal que nous devrions plus ou moins atteindre, au fur et à mesure que notre vie avance, au fur et à mesure de notre bonne volonté ou de nos efforts. Cette Parole de Dieu, elle est à accepter totalement et immédiatement. Les saints sont des gens, comme vous et moi d'ailleurs, qui ont cru en cette parole dès qu'elle leur a été donnée et qui ont cru de façon qu'elle est devenue pour eux essentielle. Il n'y avait plus à hésiter, il n'y avait plus à discuter sur le présent ou l'avenir de leur propre vie, de la vie de l'Église ou du monde, mais il n'y avait qu'à adhérer pleinement et définitivement à cette parole, cette parole n'étant pas simplement un mot, une idée, une conception du monde, de l'histoire ou même une conception de Dieu, mais étant la présence même de Dieu pour eux, présence de Dieu qu'ils rencontraient. Et c'est vrai que lorsqu'on rencontre Dieu, si de notre côté cette rencontre est sincère, on ne peut pas ne pas y adhérer totalement.
C'est d'ailleurs cela qui est notre propre drame aux uns et aux autres. De fait, nous attendons comme ces dix vierges. De fait, dans le fond de notre cœur, il y a ce désir plus ou moins ardent, cela dépend des jours ou de nos humeurs, mais un désir quand même réel de rencontrer Dieu et de vivre avec Lui dans le face à face, et que, déjà, ce bonheur d'être en sa présence commence aujourd'hui. Mais le problème, c'est que nous ne faisons pas suffisamment de réserves de foi, de réserves de désir, de réserves d'amour pour Dieu, si bien que, lorsque nous nous assoupissons, tout cela disparaît assez vite, et au moment où il faudrait pouvoir compter sur tout ce que Dieu nous donne, nous l'avons plus ou moins dilapidé, nous l'avons plus ou moins laissé de côté, nous ne l'avons pas emmené avec nous-mêmes, dans notre propre cœur, dans notre propre sommeil, et nous nous retrouvons comme ces vierges sottes ou folles, sans rien, et la porte se ferme.
Cela est vrai de la fin de notre vie puisque cet évangile a comme perspective le moment où, pour chacun d'entre nous, dans la nuit, le Christ reviendra comme l'Époux pour épouser l'Église et pour épouser chacun des membres de l'Église que nous sommes, mais cela est vrai aussi pour chaque jour, car le jour de notre mort ne sera pas différent du jour d'aujourd'hui, puisque c'est d'ailleurs peut-être aujourd'hui. Ainsi ce que le Christ nous demande c'est d'entrer dans cette vigilance permanente, Et cette vigilance permanente n'est pas faite pour un retour du Christ, plus tard, demain ou après-demain, ou dans cinquante ans. Mais cette vigilance nous est donnée pour le retour du Christ aujourd'hui, non pas, comme je l'évoquais rapidement que nous pourrions mourir aujourd'hui, mais parce que le Christ vient à chaque instant de notre vie, comme l'Époux, et qu'à chaque instant de notre vie, de toute façon, Il nous trouve endormis. Endormis car nous ne savons pas vivre dans cet éveil complet, dans cet éveil permanent, dans cet éveil de l'amour de Dieu, dans cette attente. Ceux qui attendent vraiment, en définitive ne s'endorment pas. Cela est vrai, même dans notre vie. Quand quelqu'un est absent ou qu'il est en retard, nous ne dormons pas, nous n'ayons pas envie de dormir, et pourtant, avec le Christ, nous ne cessons de nous endormir, probablement parce que notre amour n'est pas suffisamment fort, parce que notre attente n'est pas suffisamment vraie et que tous les petits détails de notre vie reprennent sans cesse le dessus.
C'est chaque jour que cet évangile s'accomplit pour nous, c'est chaque jour que le Christ vient dans notre nuit, c'est chaque jour qu'il nous trouve assoupis. Alors, qu'à la prière de sainte Claire qui, à l'exemple de saint François qu'elle a suivi, qu'elle a aimé dans le Seigneur Jésus et dans sa volonté, nous puissions avoir un cœur sans cesse éveillé. Éveillé non pas par notre propre force, non pas parce que nous en prendrions nous-mêmes les dispositions, mais éveillés parce que l'amour même de Dieu est sans cesse en éveil en nous, Et si parfois, ou souvent, il nous arrive de prendre quelque distance vis-à-vis de cette présence de Dieu par notre péché, par notre oubli, par cette vie qui nous reprend, ce qu'il faudrait c'est immédiatement revenir dans cette présence de Dieu, sans que le remords, sans que le désespoir, sans que nos humeurs psychologiques nous éloignent encore ou agrandissent cette distance que notre péché nous a fait prendre vis-à-vis de cette présence de Dieu. Or, comme le suggérait de façon si délicate le livre du prophète Osée, Dieu nous conduit au désert pour parler à notre cœur. Et le désert, pour Dieu, c'est notre cœur, parce que c'est là qu'Il est présent et c'est là qu'Il nous parle sans cesse. Et c'est de là que, chaque jour, nous entendons ce cri : "Voici l'Epoux qui vient !" Et c'est au plus profond de notre cœur qu'il faut l'écouter, qu'il faut le rejoindre parce que c'est dans notre cœur qu'incessamment son amour est éveillé et que c'est donc notre cœur qui, toujours, à chaque instant de nos journées ou de nos nuits, doit être éveillé dans cet amour.
Que cet évangile, que la prière de sainte Claire nous aident aujourd'hui à attendre, en vérité, le Seigneur, non pas pour demain mais pour aujourd'hui, et ce sera facile de l'attendre demain parce que chaque jour nous l'aurons attendu.
AMEN