UN SAINT JOYEUX
1 Co 2, 1-10 ; Lc 10, 1-9
St Dominique - (8 août 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
F |
rères et sœurs, la plupart du temps, quand nous faisons mémoire des saints, et en particulier des saints fondateurs, ce qui les caractérise c'est l'autorité, une très forte personnalité, quelquefois un peu écrasante, par exemple un saint Bernard, ou même sainte Thérèse d'Avila. Beaucoup de saints aussi se caractérisent par l'ascèse, la pénitence, ils sont constamment confrontés à la lutte contre le péché, contre Satan, pensons à saint Antoine le père des moines, ou aux Pères du désert. Je trouve que c'est un bonheur en célébrant saint Dominique, de célébrer un saint heureux, un saint qui ne se caractérise pas d'abord par l'ascèse, même s'il l'a beaucoup vécue, mais d'abord par la joie et la lumière. Tous les témoignages qui nous sont rapportés sur saint Dominique sont unanimes dans ce sens.
"Devant les hommes, disait un témoin, on l'a toujours vu joyeux". Il était plein de douceur et vous l'avez entendu tout à l'heure, une des mots qui caractérise saint Dominique, c'est la tendresse. L'oraison du début de l'eucharistie demandait que saint Dominique intercède pour nous avec toute sa tendresse. Ce n'est pas un mot courant dans la liturgie, et c'est probablement une des rares oraisons de la messe dans laquelle la tendresse est mise au premier rang.
Pour parler de saint Dominique, on parle aussi de lumière, du rayonnement qui émanait de lui. C'est finalement très heureux qu'un saint soit aussi humain, on va même jusqu'à nous dire qu'il était beau, qu'il avait de beaux yeux, de belles mains; je trouve très émouvant que nous puissions aimer un saint qui était si proche de notre sensibilité.
Saint Dominique n'ignorait pas pour autant la difficulté d'annoncer le royaume de Dieu. On nous dit aussi qu'il était caractérisé par sa compassion, c'est-à-dire une proximité pleine de miséricorde avec tous ceux qui sont dans la peine, tous ceux qui sont dans l'épreuve et en particulier avec les pécheurs. On nous dit que saint Dominique passait toute la nuit en prière dans la chapelle, il fermait la porte de l'église, et "au cours et à la fin de ses prières, il avait même accoutumée de proférer des cris et des paroles dans le gémissement de son cœur". Il ne pouvait se contenir et ses cris sortant avec impétuosité s'entendaient même dans le couvent au-dessus de la chapelle.
On nous dit aussi que "sa compassion était si grande qu'elle s'étendait jusqu'aux damnés de l'enfer". C'est un paradoxe qui prouve que pour saint Dominique il n'y avait pas de limites à la miséricorde de Dieu dont il était envahi, il priait pour tous les pécheurs même ceux qui étaient en enfer, ceux qui évidemment ne pouvaient pas en sortir pour autant !
Sa hantise, c'était de demander à Dieu une charité véritable et efficace. Il sentait l'insuffisance de l'amour de son cœur, il demandait cette charité "pour qu'il puisse procurer le salut de tous les hommes. Il pensait qu'il ne deviendrait vraiment membre du Christ que le jour où il pourrait se donner tout entier avec toutes ses forces à gagner les âmes comme le Seigneur Jésus avait été le sauveur de tous les hommes, se consacrant tout entier à notre salut". C'est pourquoi aussi saint Dominique avait une vocation missionnaire qu'il voulait étendre jusqu'aux limites du monde entier. "Il désirait le salut de toutes les âmes, aussi bien de tous les païens qu'il avait rencontré lors de ses voyages, des Sarrasins aussi bien que des chrétiens". Il avait une formule pour désigner ainsi l'extension des hommes à qui il voulait parler, il voulait spécialement aller évangéliser les "Cumans" ! Je ne crois pas que saint Dominique savait très bien où résidaient les Cumans, ni nous-mêmes non plus d'ailleurs, mais c'était une manière de vouloir pousser sa prédication jusqu'aux extrémités du monde.
Voilà donc le visage de saint Dominique, lumière rayonnante, joie communicative, attention aux autres. On nous dit cette très belle formule : qu'il était le consolateur de ses frères. Aussi cette compassion s'étendant à tous les hommes, spécialement aux pécheurs, à tous les hommes et en particulier aux païens, car sa charité n'avait pas de limites, et s'il demandait qu'elle soit encore plus grande, elle s'étendait déjà à tous les hommes connus et inconnus.
Que cette figure de saint Dominique nous invite à être des chrétiens joyeux, heureux, rayonnants, lumineux, passionnément épris de leurs frères, consolateurs, pleins de compassion pour tous ceux qui sont dans la peine, et aussi pour tous ceux qui à cause de leur péché, sont encore séparés de Dieu. Que notre charité soit missionnaire au sens le plus fort du terme, c'est-à-dire qu'aucun des hommes que nous connaissons ou que nous ne connaissons pas ne soit étranger à notre prière, à notre intercession auprès de Jésus qui veut que tous les hommes soient sauvés.
AMEN