JOIE ET LARMES DE SAINT DOMINIQUE

1 Co 2, 1-10 ; Lc 10, 1-9
St Dominique - (8 août 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l y a beaucoup de choses à dire sur saint Domini­que, j'essaierai de vous épargner le contenu ex­haustif, je retiendrai simplement un trait de ca­ractère de saint Dominique tel que les premiers té­moins en ont fait le récit, ce qui a été l'objet de la lecture des vigiles hier soir.

C'est dans une sorte de paradoxe qu'on le dé­crit, pleurant très souvent, ayant beaucoup de larmes et en même temps, étant très joyeux. Cela dit, cette perspective n'est pas à considérer d'abord comme de quelqu'un qui aurait des sautes d'humeur, ayant un caractère changeant, puisque ses larmes, ses pleurs, ses lamentations même avec les cris qu'il poussait, s'entendaient lorsqu'il priait, lorsqu'il s'adressait à Dieu dans une prière pour tous les hommes, pour le salut de tous ceux à qui il avait à annoncer la Parole. Ses pleurs sont pour les pécheurs, pour la misère des hommes de son époque. En revanche, la joie, c'est celle de la communauté partagée, la joie qui transfi­gure le visage de Dominique comme nous venons de le chanter dans l'antienne du psaume, c'est une lu­mière, reflet de sa lumière intérieure qui vient d'ail­leurs de sa prière. C'est la joie du rayonnement de la mission, la joie de l'évangélisation, et de parler non plus à Dieu, mais de parler de Dieu, ce qui pour Do­minique est la même activité. C'est donc la joie de l'évangile.

En effet, quand on dit cela, peut-être que pour nous il y a à reconsidérer la manière dont on conçoit notre lecture de l'évangile, ou plus encore comment nous concevons l'histoire même du Salut, ou du chris­tianisme. Car le mot évangile veut dire "Bonne Nou­velle". Ce n'est pas un oracle de mauvaise augure, ce n'est pas une litanie sans fin de tristesses, l'évangile est une Bonne Nouvelle, une nouvelle heureuse rem­plie de joie. C'est exactement ce que le Christ Lui-même a voulu laisser, c'est cette joie qui s'est mani­festée à la Pentecôte, lorsque les apôtres sont partis et à partir de Jérusalem ont évangélisé le monde. C'est cette joie qui a donné à des hommes et à des femmes ces martyrs des premiers siècles de l'Église chré­tienne, non seulement d'entrer dans la joie du Sei­gneur, mais d'aller au martyre bien souvent avec joie. C'est cette joie qui venait de l'évangile, parce que Jé­sus Lui-même annonce la joie. C'est d'ailleurs aussi cette joie de la crèche, de l'Incarnation, c'est la joie de Marie qui part en hâte vers les collines pour rejoindre sa cousine Elisabeth, et du Magnificat au Gloria des anges, c'est la joie de la naissance du Fils de Dieu. Mais c'est la joie qu'annonce aussi Jésus : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, le Royaume de Dieu est annoncé à tous et aux pauvres en premier, et c'est une Bonne Nouvelle. C'est cette joie aussi qui transfigurera tout au long de l'évangile et qui culminera dans le petit matin de la Résurrection : allez annoncer à toutes les nations. C'est la joie de l'évangile du kérygme.

Cela n'enlève pas l'aspect dramatique bien sûr, de l'homme perdu, de l'homme blessé, de l'homme égaré et que Jésus va marquer du signe de la croix, pour le garder près de Lui. Certes, le drame n'est pas effacé, mais on n'en reste pas à ce drame puisque toute la Bonne Nouvelle, c'est d'annoncer la vie, la grâce, la résurrection. Et ça, c'est un message heureux ! Et je crois que dans un époque troublée, dans laquelle beaucoup de choses ont été remises en question et saint Dominique a eu à faire face au catharisme, qui n'était pas toujours très heureux comme annonce du salut, parce que c'est une religion sous l'emprise de la peur, du mépris des réalités terrestres, peur de cette chair et de ce monde. Dominique, a contrario, va annoncer combien l'évangile est pour ces hommes et ces femmes qui attendent simplement le bonheur. C'est la charte de béatitudes : bienheureux !

Peut-être pouvons-nous aujourd'hui nous ar­rêter sur le fait que nous aussi nous devons annoncer cette Bonne Nouvelle, annoncer ce qui est heureux dans la foi chrétienne. Cela ne nie pas le drame, mais notre christianisme, c'est vrai est grave, mais il n'est pas un christianisme qui enferme, ce n'est pas un christianisme qui doit ratatiner, notre christianisme est moral parce qu'il s'adresse à la vie, mais il n'est pas janséniste, il n'est pas moralisateur. Notre christia­nisme sait ce que c'est que l'homme pécheur, qui sait ce qu'est la croix parfois, et la souffrance, mais il n'en­ferme pas. Au contraire, note christianisme ouvre à la foi, à l'espérance et à l'amour. saint Dominique nous a laissé là un bien précieux pour notre monde dont on dit souvent qu'il est désenchanté, mais qui a bien be­soin de la simple joie de l'évangile.

 

 

AMEN