PARLER DE DIEU ET AVEC DIEU

1 Co 2, 1-10 ; Lc 10, 1-9
St Dominique - (8 août 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Saint Maximin : détail des stalles du choeur
Saint Dominique

S

aint Dominique, à la différence de saint François n'a rien écrit. Nous n'avons aucun texte de sa main et pourtant nous pouvons le connaître assez bien grâce au témoignage de ceux qui l'ont connu et qui ont témoigné à son procès de canonisation. Je voudrais simplement évoquer trois traits fondamentaux qui sont comme le résumé de tout ce qu'il est.

Saint Dominique était avant tout un homme de Dieu, un homme de prière. Toute sa vie s'enracine dans la prière. Avant de fonder l'ordre des Dominicains, saint Dominique était chanoine de la cathédrale d'Osma en Espagne et il a vécu une vie de communauté contemplative pendant de nombreuses années. Un trait définit en peu de mots cette attitude d'intimité exclusive avec Dieu. On nous dit de saint Dominique que "il ne parlait que de Dieu ou avec Dieu." Dieu est donc le tout de sa vie. Il s'entretenait avec lui soit la nuit, pendant de longues heures de prière, saint Dominique n'avait pas de cellule à lui et il passait sa nuit dans l'église du couvent où il se trouvait. Saint Dominique passait de longues heures avec Dieu dans la nuit et, dans la journée au cours de ses déplacements, parlant et chantant les louanges de Dieu. Dominique parlait avec Dieu ou de Dieu car quand il quittait la prière pour parler avec les autres c'était toujours à partir de cette rumination de la présence de Dieu. C'est pourquoi, plus tard, on pourra définir la vocation que saint Dominique a voulue pour ses frères : "Contempler et transmettre aux autres ce qu'on a contemplé." Donc Dominique est d'abord un homme de prière, un homme de Dieu qui ne quittait jamais la présence de Dieu.

       Saint Dominique a été aussi un homme fraternel. Il a voulu non pas être tout seul pour accomplir sa vocation, mais rassembler autour de lui un grand nombre de frères, une fraternité qui, en grandissant, est devenue un ordre. Il a conçu sa vie comme une vie en communauté. On nous dit qu'il était consolateur de ses frères. Cet homme si passionné de Dieu, cet homme qui a parcouru les routes d'Europe, savait deviner, toutes les fois qu'un de ses frères avait besoin d'être aidé, savait être consolateur. Dans l'oraison de saint Dominique, nous disions tout à l'heure "qu'il vienne à nous avec toute sa tendresse". Ce n'est pas un mot très fréquent dans la liturgie et parler de tendresse je ne sais pas si cela se dit à propos d'autres saints, mais cela se dit à propos de saint Dominique. C'était donc une de ses caractéristiques. Le rayonnement de saint Dominique était d'abord le rayonnement de cette proximité fraternelle, de cette simplicité avec laquelle il était le frère de tout le monde, de ses frères en communauté, mais aussi de tous les hommes qu'il rencontrait. On parle de la bonté de son visage qui était la beauté de son sourire, la beauté de cette joie communicative, non pas une joie éthérée ou intemporelle, mais cette joie communicative qui se faisait consolation pour les affligés.

       Le troisième qui résume et achève de peindre le visage de saint Dominique, c'est sa passion pour les pécheurs. Comme Jésus Lui-même, saint Dominique était passionnément épris des hommes pécheurs. Il pleurait longuement pendant la nuit et il criait devant Dieu : "Que vont devenir les pécheurs ?" C'était son obsession. Que vont devenir ces hommes qui ne connaissent pas la joie, qui ne connaissent pas le visage de Dieu, qui ne connaissent la paix entre les mains de Dieu ? Que vont-ils devenir ? Comment faire pour qu'ils soient heureux ? Comment faire pour les ramener au vrai sens de leur vie ? Que vont devenir les pécheurs ? C'était cette question, sans cesse répétée et à laquelle il n'y a pas de réponse, si ce n'est le fait qu'il est allé sur toutes les routes d'Europe et il aurait voulu aller plus loin encore. Il était passionné par l'idée d'aller évangéliser les Cumans, on ne sait pas très bien où se trouvaient ces Cumans, les uns les situent près de la Mer Noire, d'autres en Scandinavie, en tout cas, c'étaient des populations éloignées, c'était les Missions étrangères de l'époque. Dominique n'a jamais pu réaliser son rêve, mais il a voulu toujours aller partout où il y avait des hommes qui ne savaient pas qu'ils étaient aimés par Dieu, qu'ils étaient sauvés.

       Voilà toute la vie de saint Dominique. Cette passion de Dieu qui le renvoie sans cesse à la passion des hommes, et la passion des hommes qui le renvoie sans cesse à la passion de Dieu, le tout vécu, non pas dans la solitude mais dans la communion fraternelle avec ceux qu'il a rassemblés autour de lui, dans cette même passion de Dieu et cette même passion des hommes. Que cette double passion, qui n'en fait qu'une au fond, car si nous sommes habités de la présence de Dieu, Dieu, Lui, est passionnément habité par le désir de nous sauver. Si nous voulons vraiment aimer les hommes, que pourrions-nous leur apporter d'autre que l'amour de Dieu qui les aime infiniment plus que nous ne serons jamais capables de les aimer ? Que cette double passion qui n'en fait qu'une et qui habitait le cœur de Saint Dominique soit au cœur de chacun de nous.

       AMEN