TENDRESSE ET DOUCEUR

1 Co 2, 1-10 ; Lc 10, 1-9
St Dominique - (8 août 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

J

e voudrais seulement commenter un des témoi­gnages que donnaient ses frères au procès de canonisation de saint Dominique. Des frères qui l'avaient connu ont employé pour parler de lui cette très belle expression: "il était consolateur de ses frè­res."

Consolateur de ses frères, cela implique un certain nombre de caractéristiques que l'on se plaît à reconnaître chez saint Dominique. Tout d'abord sa douceur, sa proximité des autres, ce que l'oraison ap­pelle sa tendresse. Et puis aussi cette joie dont on nous parle toujours à son propos, joie rayonnante et communicative. Etre consolateur c'est être proche et en même temps communiquer une joie qui permet d'être délivré de la tristesse dans laquelle on se trouve.

Consolateur de ses frères. Consoler vient, je pense, de "cum", avec et "solus", seul. Etre avec ceux qui sont seuls. Si ce n'est pas étymologiquement vrai, c'est sans importance c'est très beau ainsi. Etre avec celui qui est seul, c'est une façon de se rendre proche de sa solitude, de le sortir de cette solitude puisqu'on vient avec lui, et donc de l'aider à ne pas être replié sur soi, sur ses soucis, sur ses épreuves, sur ses souf­frances, à ne pas se complaire dans ce qui fait mal. C'est l'inviter à sortir de soi pour être avec nous comme nous sommes avec lui.

Cette consolation n'est pas seulement dou­ceur, mais c'est quelque chose d'efficace, car consoler quelqu'un c'est lui communiquer un dynamisme, une vie qui lui permet de ne pas se laisser abattre par la souffrance ou par l'épreuve. La consolation est une attitude active même si c'est une attitude extrêmement discrète, pleine de délicatesse et finalement très silen­cieuse. La consolation, saint Paul nous en parle d'une façon admirable au début de la deuxième épître aux Corinthiens. Je vous relis ce passage qui nous permet de mieux comprendre cette épithète attribué à saint Dominique : "Béni soit le Dieu et Père de notre Sei­gneur Jésus-Christ, le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, Lui qui nous console dans toute tribulations, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulations que ce soit. De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi par le Christ, abonde aussi notre consolation. Sommes-nous dans la tribulation ? c'est pour votre consolation et votre salut. Sommes-nous consolés ? c'est pour votre consolation, qui vous donne de supporter avec constance les mêmes souf­frances que nous endurons, nous aussi. Et notre es­poir à votre égard est ferme : nous savons que, parta­geant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation."

Je n'ai pas compté le nombre de fois où le mot consolation ou consoler revient dans ce passage, mais ce qui est très important c'est de bien comprendre ce que dit saint Paul. Dieu est le Dieu de toute consola­tion, autrement dit, c'est Dieu qui se fait proche, dans nos moments de difficultés ou d'épreuves, pour que cette proximité, cette présence, soit une présence agissante, une présence qui touche notre cœur et qui nous remet debout. Seulement cette consolation de Dieu, elle est pour que nous puissions à notre tour consoler les autres consoler nos frères. Il faut que cette présence de Dieu que nous recevons et qui nous permet de vivre nous puissions la communiquer aux autres, pour que, eux aussi, puissent en vivre, et que, de même que la tendresse et la douceur de Dieu sont venues ressusciter notre cœur et nous mettre debout, de même nous puissions transmettre ce dynamisme, cette vie, cette douceur, cette proximité pleine de ten­dresse pour que les autres, à leur tour, ressuscitent dans leur cœur et se mettent debout. Il y a comme une chaîne de consolation qui part du cœur de Dieu pour aller jusqu'au cœur du plus petit de nos frères, du plus délaissé, du plus solitaire, du plus abandonné. Et nous sommes un maillon de cette chaîne. Parce que nous avons reçu la consolation de Dieu, nous pouvons, à notre tour, être consolateur de nos frères.

Saint Dominique puisait dans la contempla­tion de Dieu cette intimité vivifiante, cette présence de Dieu qui le sauvait de toutes ses détresses. Il était ainsi source de vie, de pardon et de résurrection pour ses frères. Ce qui est vrai de saint Dominique pourrait être vrai de chacun de nous si nous savions d'abord être proches de Dieu pour recevoir de Lui une conso­lation véritable qui ressuscite notre cœur et si nous savions aussi être proches de nos frères pour être at­tentifs à leur détresse, à leurs inquiétudes, à leur souf­france et leur pauvreté et qu'ainsi, de notre cœur puisse se répandre dans le leur, cette consolation qui vient de Dieu et qui leur permettra de vivre et de mar­cher encore.

 

 

AMEN