LE MYSTÈRE DE LA DÉDICACE D'UNE ÉGLISE
Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Croix de dédicace d'une église
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rères et sœurs, au début de cette eucharistie, il y a eu un peu de désordre, parce que tout le monde a été surpris que la messe ne soit pas celle du dix-neuvième dimanche du temps ordinaire, mais celle de la Dédicace de la cathédrale Saint Sauveur à Aix. L'explication est la suivante. La fête de la Dédicace d'une église est une fête du Christ, et les fêtes du Christ méritent d'être célébrées le dimanche parce qu'elles ont trait à l'essentiel du mystère. C'est donc le Christ lui-même que nous célébrons en fêtant la Dédicace de la cathédrale Saint Sauveur, et dans toutes les églises du monde, il y a trois fois dans l'année, la fête d'une dédicace. Il y a la fête de la dédicace de l'église locale, celle dans laquelle nous nous trouvons et que nous célébrons le 4 mai, il y a la fête de la dédicace de la cathédrale de notre diocèse et c'est aujourd'hui, et puis, il y a la fête de la dédicace de la cathédrale des cathédrales, c'est-à-dire la cathédrale de Rome, l'église par excellence qui réunit tous les chrétiens du monde entier, et qu'on célèbre au début de novembre.
Le mystère de la dédicace est le mystère de la construction de l'Église. Vous l'avez entendu, le Christ se présente comme celui qui construit l'Église, comme celui qui donne la vie à l'Église. L'évangile est rempli d'images qui se recoupent. Dans l'évangile de saint Jean, on nous présente l'Eglise comme les sarments qui reçoivent la sève et donc la vie, la vigueur du cep qui est le Christ. C'est l'image bien connue de la vigne. Saint Paul préfère l'image du corps. L'Église est le Corps du Christ, elle est constituée par des croyants qui sont les membres de ce Corps, tous différents les uns des autres, tous complémentaires les uns des autres.
Aujourd'hui, nous avons une nouvelle image, celle de l'Église comme construction. Elle se fonde sur le mot même d'église qui veut dire rassemblement, qui désigne donc la communauté que nous constituons au cours de cette messe, qui consiste dans le rassemblement proposé par l'Église chaque dimanche, rassemblement, et en même temps le mot église désigne aussi ce bâtiment dans lequel noue nous trouvons et qui retentit de nos chants, de nos louanges, de nos prières. Il est important que nous comprenions que ce bâtiment est fait de pierres vivantes comme le dit saint Pierre, des pierres vivantes, c'est-à-dire des éléments qui se complètent les uns les autres, et qui constituent un édifice. Cet édifice, c'est l'Église union de tous les chrétiens, l'Église qui rassemble tous les hommes dans un seul mystère.
Nous célébrons donc le mystère de l'Église c'est-à-dire le mystère de nous-mêmes. Nous sommes l'Église. Saint Augustin dans une homélie que nous lisions hier soir aux Vigiles, insiste : nous sommes un corps vivant. Nous ne sommes pas simplement les numéros d'une liste, nous sommes des pierres vivantes. L'édifice qui est l'Église ne pourra être vivant que si chacun de nous, pour sa part, est vivant. C'est donc notre vie additionnée à celle des autres qui constitue l'Église qui est couronnée par le Christ qui en est tout à la fois la tête, la pierre fondamentale, le cep, qui en est l'Époux. Le mystère de l'Église et du Christ s'accomplit dans cette découverte : l'Église, c'est-à-dire nous, sommes l'Épouse du Christ. Nous sommes centrés sur cet amour qui, comme dans un mariage, unit le Christ aux membres de son Corps, unit le Christ à tous ceux qui constituent le Corps de Jésus, c'est-à-dire l'Église.
Vous voyez l'importance de cette fête. Ce n'est pas simplement une dévotion ou une idée théologique, il s'agit là du mystère même de notre propre vie. Nous sommes le Corps du Christ. Nous sommes l'Épouse du Christ. Nous sommes la vigne de Dieu. Nous sommes la cité du grand roi. Tout cela est vrai et se résume dans cette fête que nous célébrons en union avec tous les chrétiens du diocèse d'Aix et Arles, car notre communion n'est pas simplement celle de l'assemblée que nous formons ce matin dans cette église, mais elle est celle de tout le diocèse qui tout entier doit, dans la ville qui est la sienne, manifester la présence du Christ. Nous sommes donc membres du Corps du Christ représenté par notre communauté, par toute la communion de ce diocèse, de ces chrétiens rassemblés sous la conduite d'un pasteur, l'évêque qui est le "tenant lieu", le "lieutenant" de Dieu.
Il faut que nous ayons conscience d'être appelés ainsi à compléter le Corps du Christ par notre propre adhésion à ce Corps, à la fois pour que vive notre communauté locale, notre communauté paroissiale, notre communauté diocésaine. Le diocèse n'est pas simplement une entité administrative, c'est le lieu où le Christ épouse l'Église, c'est le lieu où l'Église se rassemble autour de son pasteur l'évêque.
Laissons-nous envahir par ce mystère si profond et essentiel de notre appartenance à la vigne, au Corps du Christ, à la construction du temple de Dieu. Laissons-nous prendre par ce mouvement de grâce car Dieu nous a créé par amour et pour l'amour, pour que nous soyons capables d'aimer comme lui-même nous a aimés. C'est là tout le mystère de l'Église : "le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle" afin qu'elle vive et qu'elle répande la vie autour d'elle. Nous sommes donc des messagers de la vie du Christ, des messagers de l'unité de l'Église, des messagers de tout ce mystère caché qui nous fait membres du Christ, membres les uns des autres, qui nous fait uns dans cette présence du Christ au milieu de nous, car "là où deux ou trois sont rassemblés, à plus forte raison, là où deux cents ou trois cents sont rassemblés en mon nom dit le Christ, je suis au milieu d'eux".
AMEN