FÉCONDITÉ DISCRÈTE

Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Fontaine du baptême

 

F

rères et sœurs, nous voici donc aujourd'hui invités à méditer sur cette fête de la Dédicace de la cathédrale Saint Sauveur, cathédrale du diocèse d'Aix et d'Arles. J'aurais voulu avec vous, méditer plus particulièrement sur la dimension de la fécondité.

Généralement, l'Eglise se laisse voir d'abord à travers ses monuments, puisque maintenant beaucoup de touristes ne retiennent avant tout de l'Église que le bâtiment, la manière dont il a été construit, ses proportions, les œuvres artistiques qui sont à l'intérieur. Et puis, ce que l'on retient généralement de l'Église même sans avoir beaucoup de culture religieuse, ce sont aussi des figures de saints. Souvent la fécondité de l'Église se présente à nous à travers des histoires, et qui n'a pas en tête un des plus belles histoires de saints qui est celle de saint François d'Assise, de saint Dominique, dont nous ferons mémoire demain dimanche ?

C'est vrai, la fécondité de l'Église pour beaucoup d'entre nous, passe avant tout par des hommes et des femmes qui ont su à un moment donné susciter un élan dans la société humaine. Très souvent il faut en convenir, la fête que nous célébrons en ce jour passe à la trappe dans le cœur de beaucoup de chrétiens. Beaucoup de bons chrétiens ne connaissent absolument rien sur l'histoire de leur cathédrale, et même sur l'importance de la cathédrale qui généralement d'ailleurs est au niveau d'une paroisse, on parle de "la paroisse cathédrale".

Mais ce que nous avons à retenir de cette fête, c'est de reprendre à un moment donné la phrase que dit Jésus dans l'évangile que nous avons entendu. Jésus est à Jérusalem, on célèbre la fête de la Dédicace du Temple, c'était l'hiver, et ce qui intéresse avant tout les juifs, et d'ailleurs nous aussi aujourd'hui, c'est l'identité : "Es-tu oui ou non, le Christ ? Jusqu'à quand vas-tu nous faire languir. Si tu es le Christ dis-le nous clairement ?" La question qui se pose est donc une question d'identité et d'appartenance. Jésus se dérobe en leur expliquant que le plus important ce n'est pas avant tout le visage de Messie qui s'offre à eux, mais c'est de savoir si oui ou non il y a fécondité. "Je vous l'ai dit, mais vous ne croyez pas, les œuvres que je fais au nom de mon Père me rendent témoignage".

Ce qui pose difficulté avec la fête que nous célébrons aujourd'hui, notamment l'importance clé des saints, c'est que la fécondité de l'Église cathédrale de chaque diocèse est beaucoup plus discrète et beaucoup plus mystérieuse. Elle est à comparer au travail secret qui se fait dans le sein d'une femme dans lequel l'enfant grandit petit à petit, à l'écart de toute visibilité vis-à-vis du monde, et dont on ne soupçonne la présence dans le ventre de la mère que par certains signes extérieurs de la femme qui va un peu grossir, et puis le ventre va s'arrondir, etc … Mais cette œuvre reste secrète et à un moment donné, il y aura naissance. L'identité de l'enfant alors prend sa place par rapport à la mère.

En fait, la grandeur de la cathédrale, c'est d'enfanter les chrétiens. Oui, saint François d'Assise a été baptisé et quand on entre dans l'église à Assise, on voit le baptistère à droite en entrant, dans lequel saint François a été baptisé. Oui, il est devenu ce qu'il est parce qu'il a été plongé dans les eaux maternelles de l'Église, maternelles dans le sens où à un moment donné elle était prête à s'effacer pour laisser l'enfant grandir et prendre toute la mesure et l'ampleur de sa vie et quelquefois même avoir une relation plus forte avec le Père, par rapport à l'Église notre mère.

Frères et sœurs, c'est cela que nous célébrons aujourd'hui : la maternité discrète et pour autant extrêmement puissante et vraiment fécondante, la maternité de l'Église locale sans laquelle il n'y aurait pas de visages d chrétiens à contempler.

 

 

AMEN