LA CATHÉDRALE, MÈRE NOURRICIÈRE
Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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quoi cela sert-il frères et sœurs, de célébrer cette fête de la dédicace de notre cathédrale ? J'ai envie de dire, cette fête souffre au moins de trois carences. La première, c'est que généralement, les cathédrales de nos pays anciennement chrétiens, se trouvent dans les centres ville, et ne correspondent plus tout à fait à la vie contemporaine, à la vie chrétienne d'aujourd'hui. Certains diocèses environnants, ont ainsi pris le parti de célébrer telle ou telle grande fête du diocèse ou de telle action liturgique particulière, comme l'ordination de prêtres, en-dehors de leur cathédrale tout simplement parce qu'elle est beaucoup trop petite. Une autre carence c'est une sorte de muséification de nos cathédrales. Cela rejoint un peu le premier problème. Le fait que nos églises deviennent de plus en plus des musées, dédiés au culturel plutôt qu'au cultuel, et là aussi, certaines cathédrales se retrouvent à utiliser d'autres lieux pour leur vie cultuelle. Et puis, c'est peut-être lié à notre cathédrale qui elle n'est pas une petite cathédrale, ce sont les aléas du calendrier liturgique, notre fête se retrouve coincée entre d'une part hier, cette très belle fête de la Transfiguration, et demain, la fête de saint Dominique, et peut-être que certains chrétiens pratiquants trouvant qu'il y a trop d'offices ou trop de messes, ont décidé de sacrifier ce qui semblait peut-être moins important.
De fait, là aussi, le problème de la célébration d'une dédicace de la cathédrale, c'est que pour beaucoup de chrétiens, elle semble être prise entre d'une part l'Église universelle, celle à laquelle nous nous accrochons le plus, Rome, le Vatican, le pape. Vous voyez bien que lorsque vous vous présentez comme chrétien auprès de telle ou telle personne, généralement la première chose qu'on vous dit : vous êtes catholiques ? Alors, qu'a dit le pape au Vatican ? Comme si toute notre vie liturgique sacramentelle chrétienne était comme aspirée et vécue à partir de Rome. A l'extrême il y a ceux qui sont tellement investis dans la vie liturgique de leur paroisse, c'est "ma" paroisse et pas celle du curé voisin, pensent que le diocèse n'est pas si important que cela.
Donc, le diocèse se trouve pris entre deux feux : d'une part l'Église très universelle, et l'Église très locale, la paroisse. Une dernière réflexion que je vous soumets frères et sœurs, c'est que je ne sais pas si vous avez fait attention à l'évangile, mais au moment où l'événement se passe, il fait carrément froid à Jérusalem à ce moment-là, c'est le moment de la Dédicace du temple, et Jésus déambule dans les parvis, et ce que les juifs demandent à Jésus, c'est de voir son visage : "Nous voulons voir ton visage". Autrement dit : qui es-tu ? et l'identité qu'est-ce que c'est ? C'est le visage du Christ. Jésus répond par une sorte d pirouette : le but n'est pas que je vous dise que je suis le Fils de Dieu, mais que vous vous laissiez prendre par tous les actes que je pose.
C'est une piste intéressante pour mieux comprendre pourquoi la fête de la Dédicace ne transporte pas les foules. Je crois que nous sommes à la recherche de visages. Il est vrai que lire le visage du Christ dans les évangiles, ou lire l'action de Dieu dans le visage de certains saints, ce n'est pas très compliqué. Je crois que l'église de la cathédrale offre autre chose. Il ne faut pas oublier que pour qu'il y ait un visage, il faut qu'il y ait un corps. C'est assez amusant de voir que dans notre société qui privilégie autant le corps, nous avons un culte incroyable pour notre corps, que nous les chrétiens, nous ne fassions pas plus attention au corps qui est l'Église. Peut-être que la cathédrale ne reflète pas un visage aussi visible que le visage du Christ dans les évangiles, ou le visage de tel ou tel saint, mais qu'est-ce que la cathédrale ? C'est d'abord un corps. Et ce n'est pas n'importe quel corps, c'est le corps de la mère nourricière. Que se passe-t-il à la cathédrale ? on y a engendré et l'on y engendre encore maintenant de chrétiens, c'est le baptistère. C'est en quelque sorte l'utérus de l'Église. C'est là que les chrétiens sont créés, où de jeunes enfants et des adultes sont régénérés et deviennent chrétiens.
On n'y donne pas uniquement la vie, il faut aussi nourrir cette vie, l'entretenir, il faut la faire grandir. C'est la parole de l'évêque quand il est assis sur sa cathèdre, qui est le fauteuil d'où l'évêque préside son assemblée, c'est là aussi que l'évêque nourrit son peuple chrétien. Cette nourriture n'est pas uniquement le commentaire et la prédication de Dieu, c'est aussi la messe chrismale, ce moment où une fois dans l'année, l'évêque bénit les saintes huiles qui vont nourrir au cœur des paroisses, telle ou telle action sacramentelle avec l'onction de l'huile des malades, et puis bien sûr, le saint chrème pour les baptêmes et aussi pour les ordinations. Car là aussi, et c'est le dernier aspect de l'Église mère et nourricière, c'est que c'est à la cathédrale que sont célébrées les ordinations, c'est-à-dire que l'Église se donne des ministres dans le but de faire croître son corps.
Peut-être que nous n'avons pas tellement envie de contempler ce corps, et que nous préférons contempler le visage des saints, ou le visage du Christ, et pourtant, on ne peut pas faire l'économie de ce corps. J'étais il y a quelques semaines en pèlerinage à Jérusalem, et je regardais toutes ces femmes orientales, dont le corps, on ne peut pas dire est aussi bien entretenu que le corps de certaines occidentales, je vous assure que le retour ici a été un peu bizarre pour moi, je crois que le corps de ces femmes, et même de très jeunes femmes, est vraiment donné pour leurs enfants, le corps est là pour enfanter.
Frères et sœurs, même si ce corps, cette cathédrale ne nous plaît pas complètement, nous sommes invités à travers la fête de la Dédicace, à méditer et surtout à rendre grâces pour cette Église locale, elle qui est notre mère nourricière, elle qui par l'évêque veut nous faire grandir dans la foi en écoutant et en comprenant la Parole de Dieu, et elle aussi qui nous donne de grandir et de nous nourrir de cette huile que certains reçoivent régulièrement au cours de cette année. Je pense bien sûr à nos frères malades, et pour ceux qui rentrent dans la vie chrétienne, je parle des baptisés.
Frères et sœurs, que nous prenions soin de ce corps qui est le nôtre, nous sommes le prolongement du corps du Christ, que nous ayons à cœur de prendre soin de ce corps qui est l'Église qui est notre cathédrale.
AMEN